L’intelligence artificielle révolutionne non seulement notre vie sur Terre, mais ouvre aussi de nouvelles perspectives d’exploration spatiale. Soutenant les opérations humanitaires, le suivi environnemental et la prévision des catastrophes, elle devient un outil clé pour mieux anticiper et gérer les crises à l’échelle mondiale.
Le Bureau des Nations unies pour les affaires de l’espace extra-atmosphérique (UNOOSA) veille à ce que ces technologies soient développées de manière responsable et profitent équitablement à tous les pays.
Comment l’intelligence artificielle améliore-t-elle les activités dans l’espace ?
L’IA propose de nouvelles méthodes pour collecter, traiter et interpréter les données, améliorant ainsi la connaissance de la situation et les temps de réaction. Les algorithmes d’IA facilitent l’analyse des données sur les activités humaines, les changements environnementaux et les catastrophes naturelles, renforçant ainsi la préparation et la réponse aux urgences. Ils permettent également de surveiller les paramètres des satellites, détecter les anomalies, prédire les pannes et optimiser les performances des systèmes. Selon l’UNOOSA, l’IA peut traiter d’immenses volumes de données et fournir des images quasi instantanées. Elle filtre les images inutilisables, priorise les données pertinentes et coordonne les actions plus rapidement, contribuant souvent à sauver des vies et des ressources.
Aarti Holla-Maini, directrice de l’UNOOSA, explique : « Des téraoctets de données arrivent depuis l’espace. Une grande partie reste inutilisée, archivée ou n’a pas la résolution nécessaire. L’IA permet de les valoriser. Par exemple, nous utilisons l’intelligence géospatiale (GeoIA) pour transformer les données satellitaires ouvertes en outils de gestion des catastrophes. »
Cette GeoIA est exploitée dans le cadre du programme UN-SPIDER (United Nations Platform for Space-based Information for Disaster Management and Emergency Response).
Hamid Mehmood, responsable du bureau UN-SPIDER à Pékin, précise : « Nous aidons les pays à transformer l’observation terrestre et l’IA en services comme la cartographie des inondations et sécheresses, l’évaluation rapide des dégâts ou le suivi de la santé des cultures, avec formations et outils dédiés. » En combinant les données de satellites, drones et capteurs, les experts améliorent les systèmes d’alerte précoce et les évaluations post-catastrophe. UN-SPIDER promeut aussi un accès équitable, notamment par la diffusion de données ouvertes ou de jeux de données adaptés à l’IA.
Aarti Holla-Maini souligne également l’usage croissant des jumeaux numériques, des modèles virtuels 3D réalisés par IA à partir d’images satellitaires. Ces représentations permettent aux autorités de simuler des catastrophes ou tester des politiques environnementales : « On peut simuler des inondations, des vagues de tempête, des crues soudaines, identifier les infrastructures vulnérables et évaluer les plans d’intervention avant la survenue d’une catastrophe. »
Hamid Mehmood insiste sur le rôle de l’IA pour prolonger la durée de vie des satellites et prévenir les débris spatiaux : « L’IA embarquée filtre les images de mauvaise qualité, anticipe les anomalies et active le mode sécurisé avant qu’une panne ne devienne critique. Au sol, l’IA aide à réduire les risques de collision et la consommation de carburant. Elle est aussi essentielle pour la gestion des débris, en ciblant les priorités et en guidant la navigation par vision. »
Encadrer les risques liés à l’IA dans l’espace :
Si le potentiel de l’IA dans l’exploration spatiale est important, il soulève aussi des défis éthiques et de gouvernance majeurs. L’autonomie conférée par l’IA facilite la surveillance, le contrôle satellite, l’évitement de collisions et la mitigation des débris. Mais sans règles claires, son usage peut engendrer des risques et poser des questions éthiques et pratiques.
Parmi les principaux défis figurent :
- Équité et inclusion. L’IA s’appuie sur les données d’entraînement. Si ces données proviennent d’une région spécifique, elle peut mal interpréter d’autres contextes. L’accès aux données d’observation terrestre de qualité, à la puissance de calcul et aux experts reste inégal, laissant de nombreux pays en marge. Il est donc essentiel de diversifier les données et d’étendre l’accès aux outils et formations.
- Résilience climatique et durabilité. L’IA et l’observation de la Terre sont des leviers pour adapter les pays au changement climatique, réduire les émissions et suivre les progrès. Cependant, le développement et l’exploitation de l’IA spatiale doivent eux-mêmes être durables, notamment concernant la consommation énergétique et les impacts environnementaux tout au long de leur cycle de vie.
- Intégrité des données. L’IA facilite aussi la modification ou la mauvaise interprétation des données géospatiales, augmentant les risques de désinformation. Il faut donc garantir une propriété claire, une gestion rigoureuse des licences, tout en protégeant les informations sensibles et favorisant un usage responsable.
Aarti Holla-Maini met en garde : « Si les images satellitaires sont manipulées, les conséquences pourraient être dramatiques. Nous ne pouvons pas prendre le risque que les images fournies aux secours aient été altérées, la sécurité en dépend. C’est pourquoi nous prônons une IA responsable dans l’espace. »
Hamid Mehmood souligne aussi : « Une autonomie opaque et une supervision humaine faible peuvent mener à des actions risquées. Les biais et la mauvaise adaptation des modèles à différentes régions portent préjudice, notamment dans le Sud global, si les modèles ne sont pas correctement entraînés et audités. Enfin, il faut maîtriser l’empreinte énergétique élevée des grands modèles d’IA. »
L’UNOOSA recommande de mettre en place des cadres garantissant une IA fiable, inclusive et durable, fondée sur l’éthique, la transparence et le contrôle humain, tout en assurant l’intégrité des données pour prévenir les manipulations.
Comment l’UNOOSA veille-t-elle à ce que l’IA spatiale profite à toute l’humanité ?
Lors du Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA en 2025, le Secrétaire général des Nations unies António Guterres a insisté : « L’évolution de l’intelligence artificielle dépendra de notre capacité à écouter, nous adapter et coopérer – au-delà des frontières et des disciplines. »
Aarti Holla-Maini rappelle : « Au niveau du système des Nations unies, nous connectons les cas d’usage spatiaux aux débats mondiaux sur la gouvernance de l’IA pour aligner les politiques sur les besoins opérationnels réels. »
L’UNOOSA et le Comité des Nations unies pour l’utilisation pacifique de l’espace extra-atmosphérique (COPUOS) examinent la coopération internationale dans le domaine spatial pacifique et explorent les activités spatiales à mener à l’échelle de l’ONU. Ils encouragent des normes globales de sécurité, transparence et contrôle humain, soulignant que la coopération internationale est indispensable pour prévenir les usages abusifs et garantir la responsabilité.
Par ailleurs, avec son initiative « Accès à l’espace pour tous », l’UNOOSA propose des formations et webinaires pour montrer comment l’IA, associée aux technologies spatiales, peut aider les pays à bénéficier pleinement des sciences spatiales.
En conclusion
L’intelligence artificielle et l’espace conjuguent un potentiel immense et de lourdes responsabilités. Ils renforcent la préparation aux catastrophes, soutiennent le développement durable et permettent d’anticiper les crises humanitaires.
Hamid Mehmood rappelle : « Nous avons besoin d’un code de conduite pour l’IA spatiale, garantissant son explicabilité, le contrôle humain, des vérifications de sécurité et un apprentissage après incident. Un accès équitable et une traçabilité claire sont essentiels pour que l’IA dans l’espace serve tous, pas seulement les acteurs les plus avancés. »
Pour l’avenir, le Secrétaire général de l’ONU appelle à des normes renforcées afin que l’IA soit plus sûre, inclusive et responsable, au service de l’humanité. Le contrôle humain, la cohérence, la transparence, le renforcement des capacités et l’accès équitable seront les clés permettant à l’IA spatiale de devenir un outil commun de résilience et de coopération, et non une source de division.