Un consortium européen piloté par le Royaume-Uni a dévoilé un programme ambitieux visant à développer un avion spatial réutilisable capable d’atteindre la vitesse Mach 5, avec un premier vol prévu dès début 2031.

Appelé INVICTUS, ce projet de 7 millions d’euros, financé par l’Agence spatiale européenne (ESA), a pour objectif de préparer les bases du lancement spatial horizontal grâce à une propulsion hypersonique à air comprimé.

Présenté avant la conférence spatiale britannique, le programme INVICTUS est dirigé par Frazer-Nash et regroupe des acteurs industriels et académiques majeurs tels que Spirit AeroSystems et l’Université Cranfield, ainsi qu’un ensemble de PME.

Au cours des 12 prochains mois, l’équipe finalisera un concept ainsi qu’une conception préliminaire partielle du système complet de vol, incluant les exigences, les analyses et la planification du développement.

Au cœur du projet se trouve l’utilisation d’une propulsion alimentée par hydrogène précooling, une technologie portée depuis longtemps par Reaction Engines Ltd (REL). Le système exclusif de précooling de cette entreprise permet de refroidir l’air hypersonique entrant avant son admission dans le moteur, ouvrant la voie à une opération prolongée à des vitesses extrêmes, bien au-delà des capacités des moteurs à réaction conventionnels.

Bien que Reaction Engines ait cessé ses activités en 2024 faute de soutien financier, son héritage perdure. Frazer-Nash a intégré une équipe d’experts issus de REL, conservant ainsi un savoir-faire précieux accumulé au cours d’une décennie de recherche et de tests expérimentaux en propulsion.

L’effondrement de REL a constitué un coup dur pour le programme britannique Hypersonic Air Vehicle Experimental (HVX), où l’entreprise jouait un rôle central. Son travail sur le moteur SABRE (Synergetic Air Breathing Rocket Engine) et la technologie de précooling était essentiel aux ambitions britanniques en matière de systèmes hypersoniques réutilisables.

Mach 5, soit cinq fois la vitesse du son, dépasse largement les performances du SR-71 Blackbird ou du Concorde. Des essais antérieurs de REL ont validé l’intégration du système de précooling aux moteurs à réaction dans ces conditions, constituant une démonstration fondamentale de faisabilité.

« Le vol hypersonique n’est pas seulement une nouvelle frontière pour l’aérospatiale, c’est la porte d’entrée vers un nouveau paradigme de mobilité, de défense et d’accès à l’espace », a déclaré le Dr Tommaso Ghidini, responsable du département mécanique de l’ESA. « Avec INVICTUS, l’Europe saisit l’opportunité de prendre la tête dans les technologies qui redéfiniront notre façon de nous déplacer sur la planète et au-delà. En maîtrisant une propulsion réutilisable à air comprimé, nous posons les fondations d’appareils capables de décoller comme des avions et d’atteindre l’orbite comme des fusées, révolutionnant ainsi les transports terrestres et orbitaux. »

Sarah Wilkes, directrice générale de Frazer-Nash, a ajouté : « INVICTUS représente une opportunité passionnante d’apporter des technologies avancées pour l’espace et d’améliorer les capacités dans le domaine de la défense. Avec un solide soutien industriel et une expertise approfondie en ingénierie et aérospatiale, notamment grâce à nos collègues issus de dix ans d’expérience en propulsion, nous disposons de tous les atouts pour concrétiser cette ambitieuse vision. »

Tony Forsythe, responsable de la technologie spatiale au sein de l’Agence spatiale britannique, a souligné : « Ce projet enthousiasmant, rendu possible par nos investissements à l’Agence spatiale européenne, a un potentiel considérable pour s’appuyer sur les technologies avancées de refroidissement et de propulsion hypersonique développées depuis des années par les ingénieurs britanniques. Nous sommes impatients de suivre l’évolution de ce travail et les opportunités qu’il offre pour stimuler la croissance économique et la sécurité nationale. »