Plus d’un an avant l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, la Royal Navy britannique offrait déjà un aperçu du futur de la guerre en lançant, depuis un porte-avions, une attaque surprise avec des bombardiers-torpilleurs contre la marine italienne, infligeant des dégâts et détruisant plusieurs navires.

Aujourd’hui, l’Ukraine et Israël ont démontré que de petits drones, déployés depuis l’arrière des lignes ennemies, possèdent le potentiel de dévaster les systèmes d’armes les plus précieux d’un adversaire.

Le Pentagone a récemment annoncé une série de nouvelles initiatives destinées à propulser l’armée américaine au premier plan de la guerre des petits drones. Mais le Département de la Défense a, pour le dire franchement, un très long chemin à parcourir.

Actuellement, l’armée américaine est loin derrière l’Ukraine en termes de capacité à produire et utiliser massivement de petits drones, mais cette comparaison n’est pas totalement juste, explique un ancien responsable de la défense.

Selon lui, tant l’Ukraine qu’Israël font face à une menace existentielle. « Rien ne concentre l’esprit comme la perspective d’être tué. Vous prenez l’outil dont vous disposez, et vous l’utilisez. Et si cela ne fonctionne pas, vous le jetez sans vous soucier du coût », ajoute-t-il.

Les récentes évolutions annoncées par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth concernant la façon dont l’armée américaine acquiert et déploie les petits drones pourraient marquer une avancée dans la capacité de l’industrie américaine à produire des drones à grande échelle, à l’image de l’Ukraine.

Dans une note datée du 10 juillet, Hegseth a demandé que chaque escouade soit équipée de « drones peu coûteux et consommables » d’ici la fin 2026, avec une priorité donnée aux unités de combat dans la région indopacifique. Il précise qu’en rupture avec la classification traditionnelle, ces petits drones « ressemblent plus à des munitions qu’à des avions haut de gamme », et doivent donc être considérés comme des consommables.

Cela signifie que les troupes peuvent désormais traiter ces petits drones comme des munitions plutôt que comme des aéronefs, ce qui permettra à l’armée américaine d’en acquérir beaucoup plus, souligne Caitlin Lee, experte au sein de la RAND Corporation.

« Je pense que cette décision de considérer les petits drones comme des munitions reconnaît le fait que nous n’avons pas besoin de subir quatre restrictions de la FAA (Federal Aviation Administration) sur ces petits drones », précise-t-elle. « Nous n’avons pas besoin d’une triple redondance logicielle ou matérielle. Ce sont des systèmes sans pilote, donc n’entravons pas leur développement avec une réglementation lourde. La frontière entre drone, munition en vol stationnaire (loitering munition) et missile devient de plus en plus floue, et cette décision en reflète la réalité. »

Un soldat manœuvre un petit drone avant une attaque à la grenade M67 lors d’un exercice dans la zone d’entraînement de Grafenwoehr, Allemagne, le 25 juin 2025.

Dans un conflit à venir, les petits drones permettraient aux alliés et partenaires des États-Unis de freiner une invasion, gagnant ainsi du temps pour que l’armée américaine déploie ses systèmes d’armes plus avancés, explique Caitlin Lee.

L’armée américaine intègre depuis plusieurs années des enseignements liés aux petits drones dans ses centres d’entraînement. Ainsi, à Hohenfels, en Allemagne, les soldats s’entraînent depuis 2016 contre une force adverse équipée de drones, tirant parti des premières leçons tirées de la première invasion de l’Ukraine par la Russie, survenue deux ans plus tôt, indique le général de division retraité Ben Hodges, ancien commandant de l’armée américaine en Europe.

« Quand on veut vraiment faire évoluer les choses dans l’armée, on commence par le centre d’entraînement, car tout le monde cherche à battre la force adverse, appelée OPFOR », note Ben Hodges. « Et si l’OPFOR a des drones — ce qui est le cas — alors il faut apprendre à les contrer et à utiliser des drones soi-même. »

La grande question reste désormais de savoir si l’armée américaine sera capable de produire et de déployer rapidement ces petits drones pour s’adapter aux nouvelles réalités du champ de bataille, ou si elle sera prise de court par un adversaire beaucoup plus avancé dans la mise en œuvre des capacités offertes par les attaques de petits drones.