Alliant patrimoine historique et défense de pointe, la célèbre ville-temple de Khajuraho, reconnue pour ses sculptures érotiques datant du Xe siècle et son statut au patrimoine mondial de l’UNESCO, s’apprête à vivre une transformation majeure. Le ministère de la Défense indien a lancé les premières démarches pour construire ici la plus grande base aérienne de l’Inde, s’étendant sur 1 000 acres aux abords de l’aéroport existant de Khajuraho. Ce projet ambitieux, confirmé par le député BJP du Madhya Pradesh Vishnu Dutt Sharma, vise à renforcer la présence stratégique du site tout en augmentant la portée opérationnelle de l’Armée de l’air indienne face aux menaces régionales en évolution.
Autrefois un lieu paisible attirant les touristes fascinés par les chefs-d’œuvre de l’époque Chandela, Khajuraho devient un pilier essentiel de la structure défensive indienne. La procédure d’acquisition des terres, prévue pour débuter en 2026 sous réserve d’approbations, permettra à la base d’accueillir des chasseurs ainsi que des avions de transport lourd, dynamisant ainsi les capacités du secteur central de l’IAF. Comme l’a souligné le député Sharma dans ses échanges avec le ministre de la Défense Rajnath Singh, ce développement « renforcera significativement non seulement la pertinence stratégique de Khajuraho mais aussi l’infrastructure de défense du Madhya Pradesh. »
Le choix de Khajuraho n’est pas le fruit du hasard. Sélectionné parmi quatre sites étudiés – Prayagraj, Jhansi, Gwalior et Khajuraho – cette dernière a été jugée la plus sûre et viable opérationnellement. Plusieurs facteurs géographiques et logistiques expliquent cette décision.
Le faible densité de population de la région offre de vastes espaces pour une extension sans entrave et des essais sécurisés, loin des risques pour les civils. Le terrain plat, associé à un climat majoritairement sec et à un trafic aérien limité, crée des conditions idéales pour l’allongement des pistes, les manœuvres de gros appareils et la formation des pilotes. Sa position équidistante de la frontière pakistanaise, ni trop proche pour risquer des frappes préventives, ni trop éloignée pour empêcher un déploiement rapide, facilite le lancement immédiat de missions et renforce la dissuasion sur le front occidental.
La connectivité achève de convaincre : l’aéroport international existant, renforcé par un réseau routier solide et la proximité d’hôtels et de chaînes logistiques, simplifie la gestion du personnel et du matériel. Cette synergie avec la base aérienne voisine de Gwalior, où sont stationnés des Mirage 2000 et des systèmes S-400, créera un corridor de défense robuste dans le Madhya Pradesh, facilitant les rotations d’appareils et les exercices conjoints.
Pour l’IAF, confrontée à un déficit d’escadrons et à la nécessité de diversifier ses implantations face à la concurrence régionale, Khajuraho représente un multiplicateur de force. Les 1 000 acres disponibles pourraient abriter des escadrons de Tejas Mk-1A, Rafale, ou même les futurs chasseurs furtifs AMCA, ainsi que des C-17 Globemaster et IL-76 pour des déploiements rapides de troupes et d’équipements. Dans un contexte de frappes de précision et d’espaces aériens disputés, cette base allègerait la pression sur des sites occidentaux saturés comme Ambala ou Jodhpur, répartissant les risques et augmentant la capacité d’intervention sous tension.
Les retombées vont au-delà des pistes : une couverture radar renforcée, des réseaux intégrés de défense aérienne et des centres de simulation permettront de former la prochaine génération de pilotes, tout en s’inscrivant dans le cadre du plan d’acquisition du ministère de la Défense indien, d’un montant de 79 000 crores de roupies, dédié aux missiles et drones. Les analystes anticipent une réduction des délais de réaction face aux tensions sur la Ligne de Contrôle (LAC) ou aux crises maritimes, faisant de Khajuraho un pilier central dans l’orientation stratégique vers l’est du commandement aérien central.
La double identité de Khajuraho – centre spirituel et futur pôle militaire – suscite des interrogations légitimes, mais des mesures de protection sont intégrées. Le cœur culturel, qui attire environ 500 000 visiteurs par an, sera préservé, la base se situant à la périphérie des zones patrimoniales. Le député Sharma prévoit une croissance harmonieuse : les investissements en défense pourraient stimuler des industries annexes, comme la maintenance et la réparation aéronautique (MRO), outre la création d’emplois qualifiés et un apport économique local estimé entre 5 000 et 10 000 crores de roupies sur dix ans.