Au lendemain des tensions exacerbées par l’opération Sindoor, un intense affrontement aérien et de missiles entre l’Inde et le Pakistan en mai 2025, Kiev a tenu à démentir avec fermeté que des drones ukrainiens aient été utilisés par le Pakistan. Cette déclaration, adressée discrètement mais avec insistance à New Delhi, balaie les rumeurs qui prétendaient que les essaims de drones pakistanais seraient équipés de technologies venues d’Europe de l’Est. Dans un contexte où les véhicules aériens sans pilote (UAV) redéfinissent les modes de combat, ce démenti représente plus qu’une simple clarification : il témoigne des liens croissants entre l’Ukraine et l’Inde, dans un contexte de concurrence stratégique avec la Russie.
L’opération Sindoor, déclenchée le 7 mai 2025, constituait la riposte de l’Inde à l’attaque terroriste du 22 avril à Pahalgam, qui avait coûté la vie à 26 personnes, en majorité des touristes, lors d’un assaut mené par Lashkar-e-Taiba. Ce qui avait commencé par des frappes précises contre neuf camps terroristes situés au Pakistan et au Cachemire contrôlé par Islamabad s’est rapidement transformé en un duel technologique intense : des Rafale et Su-30MKI indiens affrontant des F-16 pakistanais, des batteries S-400 ciblant les pistes des bases de Jacobabad et Bholari, et des vagues de munitions autonomes détruisant des centres de commandement. Cependant, le véritable facteur perturbateur était la présence au-dessus de la ligne de contrôle (LoC) et de la frontière du Pendjab de plus de 500 drones à bas coût déployés par le Pakistan en quatre salves successives, composés de drones kamikazes FPV simples et de drones ISR rudimentaires, qui ont sondé les défenses indiennes de Baramulla à Barmer.
À l’image des barrages de drones Shahed russes en Ukraine, la tactique pakistanaise visait à épuiser les systèmes d’interception coûteux comme les Akash-1 et Barak-8 en les submergeant de cibles peu coûteuses, forçant ainsi l’Inde à dépenser massivement en munitions pendant que l’artillerie pakistanaise bombardait la LoC.
C’est dans ce contexte que des rumeurs ont émergé : des briefings militaires indiens et des images satellites laissaient supposer une présence de technologies ukrainiennes dans ces essaims. Les analyses techniques des drones abattus auraient révélé des éléments d’avionique et des matériaux composites similaires à ceux utilisés par les hexacoptères Baba Yaga ou les munitions autonomes AQ-400 Scythe, des drones ukrainiens qui se sont illustrés dans la destruction de blindés russes dans le Donbass. Des sources proches de la défense à New Delhi évoquaient des ventes clandestines, potentiellement transitant par des intermédiaires turcs (comme pour les drones Asisguard Songar acquis par le Pakistan après le conflit du Haut-Karabakh en 2020), voire des transferts directs pour compenser le déficit en drones pakistanais après Balakot.
Le secteur ukrainien des drones, stimulé depuis 2022 par des startups comme Vyriy ou Skyeton, a vu une croissance rapide, produisant des appareils allant de quadricoptères suicides à 500 dollars jusqu’à des munitions de croisière à longue portée, avec des exportations destinées à financer la guerre. Pour l’Inde, un des principaux importateurs de céréales ukrainiennes et fervent soutien de la souveraineté de Kyiv, voir la technologie ukrainienne dans les mains de son adversaire historique aurait été un véritable coup dur.
Pourtant, la réaction ukrainienne a été claire et catégorique : aucun transfert, aucune autorisation, aucun arrangement sur un marché gris. « À aucun moment, l’industrie ukrainienne des drones, ni les autorités politiques, n’ont autorisé la vente de drones militaires au Pakistan », a déclaré un haut responsable militaire lors d’un échange discret avec des diplomates indiens, selon un rapport publié le 10 décembre 2025.
Cette clarification fait écho à une autre intervention dans The New Indian Express, où la même source a souligné que, bien que la technologie ukrainienne suscite un intérêt mondial – venant d’Europe, du Moyen-Orient et même du Pakistan post-Sindoor – aucun accord n’a été conclu avec Islamabad. Ce démenti survient à un moment symbolique, alors que le Premier ministre indien Narendra Modi se prépare à accueillir le président Volodymyr Zelenskyy début 2026, avec en vue la signature possible d’accords de défense incluant la co-développement d’essaims de drones indigènes adaptés aux opérations himalayennes.
La vérification indépendante reste toutefois difficile, notamment dans le brouillard des conflits. L’examen des drones pakistanais après Sindoor, largement médiatisé lors des briefings de l’ISPR (Inter-Services Public Relations), mettait en avant des versions « indigènes » des Wing Loong chinois et des CH-4, renforcés par des copies turques, sans le moindre numéro de série ukrainien détecté. Du côté indien, les rapports post-combat, dirigés par le maréchal de l’air A.K. Bharti, attribuaient l’essentiel des menaces aux drones tactiques Asisguard Songar, neutralisés en masse grâce aux systèmes électroniques de commandement de la défense aérienne (IACCS), aux brouilleurs électroniques et aux systèmes anti-drones laser.
Pour New Delhi, ce démenti va au-delà d’une simple assurance : il s’inscrit dans le grand jeu géopolitique des drones. L’opération Sindoor a révélé des vulnérabilités importantes, les offensives de drones pakistanais, bien que rudimentaires, ayant épuisé les stocks d’intercepteurs et provoqué des coupures de courant dans des villes comme Ludhiana et Jammu. Elles annoncent une nouvelle ère de menaces hybrides où des UAV bon marché peuvent surpasser des systèmes anti-aériens traditionnels.