Le Conseil des ministres belge, réuni le 26 juillet, a officiellement confirmé l’intention d’acquérir une nouvelle flotte d’hélicoptères de transport moyens et lourds afin de respecter les engagements de l’OTAN et de combler les lacunes actuelles en matière de mobilité aérienne.
Ce projet, doté d’un budget de 1,289 milliard d’euros, prévoit un premier financement à partir de 2033. Il s’inscrit dans le cadre des opérations spéciales, au sein de la catégorie « Unité de Tâches Aériennes des Opérations Spéciales – Hélicoptères de Transport Moyens/Lourds ».
Ces hélicoptères auront pour missions principales le transport des forces spéciales et de leur équipement, les évacuations médicales héliportées ainsi que le soutien aux opérations de lutte contre les incendies sur le territoire belge. Contrairement à des recommandations antérieures non contraignantes, la Vision Stratégique 2025 qualifie ce projet d’objectif capacitaire concret, accompagné d’une trajectoire budgétaire de défense basée sur un maintien du budget à 2 % du PIB jusqu’en 2033, avec un accent sur les résultats au sein de l’OTAN et l’intégration de la défense collective.
Cette évolution intervient après la décision de retirer la flotte de NH90 TTH, en service depuis un peu plus de dix ans. Actuellement, la Belgique exploite quatre NH90 TTH à des fins de transport tactique, mais leur coût opérationnel élevé, leur disponibilité limitée et leur faible historique de déploiement ont conduit à cette décision. Le premier exemplaire sera retiré du service en septembre 2025.
Les rapports du Composant Aérien belge indiquent que le NH90 TTH n’a été déployé qu’une seule fois à l’étranger, au Mali en 2018 dans le cadre de la MINUSMA. Le coût par heure de vol était estimé entre 10 000 et 15 000 euros, parfois supérieur à celui du F-16. La Belgique a donc choisi de se séparer entièrement de cette flotte et de s’appuyer sur un contrat multinational de soutien au NH90 avec la France et l’Allemagne pour assurer les besoins résiduels avant leur retrait. Ce choix crée une brèche dans les capacités de transport moyen et lourd, que la Vision Stratégique vise à combler par l’acquisition future d’hélicoptères plus lourds.
La Base Aérienne de Beauvechain, située en Brabant flamand, est pressentie pour accueillir cette nouvelle capacité, bien que la localisation officielle ne soit pas encore confirmée. Cette base opère comme centre des hélicoptères belges depuis 2010 et bénéficie déjà d’investissements dans ses infrastructures. En juin 2025, le gouvernement a validé une enveloppe de 96 millions d’euros pour préparer cette base à recevoir 15 hélicoptères légers multifonctions Airbus H145M et cinq appareils de décollage et atterrissage courts destinés aux forces spéciales.
Le premier H145M destiné au Composant Défense devrait arriver en avril 2026. En mai 2024, la Belgique avait confirmé la commande de 17 H145M via l’Agence de Soutien et d’Acquisition de l’OTAN, dont deux fuselages seront affectés à la Police Fédérale. Cette livraison comprendra la formation, les pièces détachées et un support technique sur cinq ans, permettant une mise en service prévue pour 2027. Ces appareils remplaceront les Agusta A109 Hirundo, en service depuis les années 1990, ainsi que les NH90 TTH, et assureront des missions légères de transport utilitaire, de reconnaissance et de soutien, sans capacités de transport lourd.
Lors des débats parlementaires du 2 juillet 2025, le ministre de la Défense Theo Francken a annoncé que la Belgique vise l’acquisition de 11 hélicoptères, alors que le plan STAR initial prévoyait entre huit et dix appareils. Le ministre a précisé qu’aucun modèle n’avait encore été choisi, mentionnant cependant le Boeing CH-47F Chinook comme une possibilité, parmi d’autres options.
La Direction Générale des Ressources Matérielles belge a souligné la nécessité opérationnelle de transporter en un seul vol une unité parachutiste de la taille d’une compagnie, soit plus de 100 hommes, ce qui correspond à la capacité des hélicoptères lourds. La décision finale reste toutefois subordonnée à une étude approfondie et à des consultations politiques. En l’absence d’hélicoptères européens dans cette catégorie, les plateformes américaines représentent les seules options actuellement disponibles, avec en tête le Boeing CH-47F Chinook et le Sikorsky CH-53.
Certains analystes évoquent également l’Airbus H225M Caracal, qui, bien que plus léger, pourrait théoriquement être envisagé. Sa charge utile de 5 700 kilogrammes est cependant environ moitié moindre que les 10 000 kilogrammes de capacité interne offerte par le Chinook.
Le Boeing CH-47F Chinook est un hélicoptère de transport lourd caractérisé par une configuration à rotors en tandem, éliminant le besoin d’un rotor de queue et distribuant la puissance moteur entièrement à la sustentation et la propulsion. La version Bloque II, en production, bénéficie d’un fuselage renforcé, d’une transmission redessinée et d’un système de carburant amélioré, augmentant la masse maximale de l’appareil d’environ 1 800 kilogrammes ainsi que son autonomie en mission. Ses équipements comprennent un système de contrôle de vol automatique digital (DVT), un système avionique commun (CBA) avec écrans en verre, ainsi qu’un système reconfigurable de chargement/déchargement permettant un passage rapide entre configurations passagers et fret.
Le Chinook dispose d’un dispositif de triple crochet externe autorisant le transport simultané d’une, deux ou trois charges suspendues indépendantes. Sa capacité standard indique un transport possible de 10 000 kilogrammes en interne ou en externe selon les besoins de la mission. Le ravitaillement en vol est également intégré pour soutenir des opérations de longue portée, ce qui en fait un vecteur adapté au transport de troupes, d’équipements et à l’évacuation médicale dans les opérations nationales comme alliées.
Sur le plan régional, l’acquisition du Chinook semble favorable : l’Allemagne a sélectionné le CH-47F Bloque II en 2023 pour remplacer sa flotte de CH-53G, tandis que les Pays-Bas exploitent déjà 20 Chinook dans le cadre de leur programme de renouvellement et modernisation. Ces pays, avec le Royaume-Uni, l’Espagne, la Grèce et l’Italie, sont des opérateurs de ce type d’appareil au sein de l’OTAN, offrant un avantage d’interopérabilité à la Belgique si elle choisit cette plateforme.
Le contrat allemand porte sur 60 hélicoptères pour une valeur de 6,27 milliards d’euros, avec des coûts additionnels liés à l’infrastructure et à la maintenance qui portent le total du projet à environ 8 milliards d’euros. L’achat belge s’inscrit donc dans une dynamique OTAN plus large d’homogénéisation des capacités de transport lourd, particulièrement en l’absence d’offres industrielles européennes.
Le plan STAR de la Belgique mentionnait explicitement l’ambition d’acquérir un hélicoptère de transport lourd certifié pour les opérations spéciales, avec des spécifications techniquement proches de celles du Chinook, bien que les responsables gouvernementaux insistent sur le fait qu’aucune décision finale n’a encore été prise.
La Vision Stratégique 2025 inscrit ce projet dans une vaste modernisation des Forces Armées belges entre 2026 et 2034. Outre le transport lourd, la Belgique va acquérir des hélicoptères légers H145M utilitaires, quatre nouveaux hélicoptères de recherche et sauvetage pour libérer des NH90 NFH affectés aux missions navales, et moderniser sa flotte maritime de NH90 dans le cadre de la coopération BENESAM avec les Pays-Bas.
La stratégie intègre également la coordination entre équipements pilotés et non-pilotés, où les hélicoptères légers pourraient fonctionner conjointement avec des drones pour des missions de reconnaissance, d’appui et tactiques, étendant leurs fonctions au-delà des usages traditionnels. Dans ce contexte, la future flotte de transport moyen-lourd vise à assurer la mobilité stratégique, compléter les modèles légers, restaurer la capacité perdue avec le retrait des NH90, et garantir que la Belgique puisse répondre aux exigences de l’OTAN. Alors que le financement est acté et le calendrier fixé à 2033 pour le début des engagements, les gouvernements à venir devront confirmer et préserver ce calendrier pour assurer la réalisation du programme.