À l’ère des technologies numériques omniprésentes, quasiment rien n’échappe aujourd’hui aux caméras de télévision. L’exemple récent d’un cadet de l’École militaire interarmes (EMIA), qui a continué à défiler sans sourciller malgré une blessure à l’oreille causée par son sabre lors du défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées, illustre parfaitement cet état de fait. Un simple gros plan a suffi à faire de cet incident un sujet médiatique.
Toutefois, à l’exception de membres de certaines unités sensibles telles que les forces spéciales, le ministère français des Armées n’envisage pas d’imposer à ses soldats le port du visage couvert durant les défilés au nom de la sécurité opérationnelle (OPSEC), contrairement à son homologue belge.
Les militaires belges appelés à défiler en Belgique lors des fêtes nationales devront, eux, obligatoirement porter un voile tactique couvrant leur visage. Seuls les élèves des écoles militaires seront exemptés de cette mesure, décidée par Theo Francken, ministre belge de la Défense, et ce pour des raisons de sécurité.
Selon le bureau du ministre, cette mesure vise à contrer la menace croissante du cyberespionnage : « Le ministre entend protéger le personnel militaire contre la reconnaissance faciale et l’intelligence artificielle. Le défilé sera filmé, et les images pourraient ensuite servir à identifier nos soldats », a-t-on précisé.
« Ce n’est pas un simple effet de mode, mais une mesure de sécurité mûrement réfléchie. À l’ère de l’intelligence artificielle et des technologies avancées de vidéo, la discrétion est littéralement devenue une question de survie », a insisté Theo Francken, comme rapporté par le média belge DHnet.
Yves Huwart, président du syndicat militaire ACPM/CGPM, estime que cette décision est excessive : « Je suspecte qu’une recommandation des services de renseignement militaire est à l’origine. Comme si le président russe Vladimir Poutine s’intéressait à l’armée belge. Il ne faut pas céder à la paranoïa », a-t-il déclaré, ajoutant que les soldats français ne portaient ni cagoule ni foulard lors de leur défilé sur les Champs-Élysées. « Je ne comprends pas pourquoi ils le font », a-t-il précisé au journal Het Nieuwsblad.
Par ailleurs, après le défilé, les soldats auront la liberté de choisir s’ils souhaitent rester discrets lors de la fête organisée dans le populaire parc Warande de Bruxelles.
Il convient de noter que ce n’est pas la première fois qu’une telle mesure est appliquée : lors du Belgian Cenotaph Parade organisé chaque année à Londres en hommage aux soldats tombés lors des deux guerres mondiales, la plupart des militaires belges participant au défilé, aux côtés de leurs homologues britanniques, portaient également un masque.
Laurent Lagneau