La Biélorussie vient de recevoir un nouveau lot de systèmes de missiles de défense aérienne Tor-M2, livrés par la Russie dans le cadre de la coopération technique et militaire entre les deux pays au sein de l’État de l’Union, a annoncé l’agence de presse biélorusse BelTA, citant le ministère de la Défense.
Cette nouvelle livraison confirme la volonté de Minsk et Moscou de bâtir une architecture régionale intégrée de défense aérienne et antimissile le long du flanc oriental de l’OTAN, alors que les drones, les missiles de croisière et les munitions guidées de précision redéfinissent le spectre des menaces aériennes. En renforçant une brigade déjà équipée et entraînée au sein de la famille Tor-M2, la Biélorussie démontre que la défense aérienne à courte portée et haute mobilité reste une capacité prioritaire pour la protection de ses infrastructures militaires et stratégiques clés.
Le Tor-M2 fourni à la Biélorussie est la variante Tor-M2K, montée sur un châssis à roues MZKT-6922 6×6 de fabrication biélorusse. Cette configuration combine un système russe de missiles sol-air à courte portée, conçu par Almaz-Antey, avec une plateforme locale offrant une grande mobilité, illustrant ainsi une division du travail bien établie entre les deux pays.
La famille Tor-M2 est conçue pour intercepter un large spectre de menaces aériennes à basse et moyenne altitude : avions à voilure fixe ou rotative, missiles de croisière, bombes guidées, et tout particulièrement les véhicules aériens sans pilote (UAV). Le châssis MZKT-6922 permet des vitesses sur route avoisinant 80 km/h pour un poids total d’environ 30 tonnes, tout en offrant protection contre les tirs d’armes légères et les éclats d’obus à l’équipage et aux équipements embarqués.
Doté d’un système moderne de contrôle de tir numérique, de missiles à lancement vertical et d’une couverture radar à 360°, le Tor-M2 peut toucher des cibles situées à 12-15 km et à des altitudes allant jusqu’à 10 km, selon la variante du missile utilisée. Le système est capable de suivre simultanément plusieurs menaces et de guider plusieurs missiles en parallèle, une caractéristique cruciale dans le contexte actuel d’attaques massives par drones et missiles.
Selon les autorités biélorusses, le personnel de la brigade maîtrise désormais le système et a validé ses compétences lors d’exercices de tir réel, un élément essentiel compte tenu de la complexité des opérations modernes de défense aérienne à courte portée.
Le système de défense aérienne Tor bénéficie d’une longévité opérationnelle remarquable face aux autres systèmes modernes à courte portée. Initialement développé en Union soviétique dans les années 1980 sous la désignation 9K330 Tor (nom OTAN : SA-15 Gauntlet), il a fait l’objet de nombreuses améliorations donnant naissance aux variantes Tor-M1 et Tor-M2.
Ces évolutions ont permis d’améliorer la portée radar, la rapidité de réaction, l’automatisation ainsi que la capacité à engager plusieurs cibles simultanément. La version Tor-M2K marque une avancée supplémentaire en remplaçant le châssis chenillé par une plateforme à roues MZKT-6922. Cette configuration confère une meilleure mobilité sur route et une logistique plus efficiente en temps de paix, en phase avec l’expertise biélorusse dans la production de véhicules militaires lourds.
D’un point de vue capacitaire, le Tor-M2K offre à la Biélorussie une solution de défense aérienne courte portée dont la philosophie diffère de celle d’autres systèmes comme le Pantsir-S1 ou ses équivalents occidentaux NASAMS et IRIS-T SLM.
Le Pantsir associe armes à tir rapide et missiles sur un camion 8×8, optimisé pour la défense cinétique et missile à très courte portée, particulièrement adapté contre des essaims de drones, mais plus lourd et complexe à opérer. NASAMS et IRIS-T, quant à eux, emploient des missiles à guidage infrarouge semi-actif ou par image dérivés d’armes air-air, destinés à la protection à moyenne portée de sites fixes, avec une intégration poussée des capteurs en réseau plutôt qu’une solution tout-en-un. Le Tor-M2K, en revanche, intègre radar, calculateur de tir, lanceur et missiles sur un châssis blindé unique, avec un lancement vertical « à froid » et une capacité de couverture rapide à 360°, parfaitement adaptée à la défense d’unités mobiles ou d’actifs critiques déplaçables. Sa capacité à détecter les cibles à plus de 30 km et à engager simultanément plusieurs menaces à courte distance lui confère un avantage contre les volées mixtes de petits drones et de munitions guidées, une menace récurrente dans les conflits en Syrie et en Ukraine.
Historiquement, le Tor a également bénéficié d’améliorations progressives fondées sur le retour d’expérience en combat, notamment en Syrie où les forces russes ont perfectionné les algorithmes et tactiques pour contrer efficacement des drones à faible coût et aux profils imprévisibles. Ce niveau d’adaptation n’est pas toujours atteint par les autres systèmes traditionnels de courte portée.
Pour les pays de l’OTAN observant les évolutions près de la frontière biélorusse, ce renforcement témoigne d’un environnement de défense aérienne sur le flanc oriental qui se densifie et se sophistique. Toute crise future pourrait se dérouler sous un parapluie rapproché de systèmes russes et biélorusses à courte portée, conçus précisément pour interdire l’espace aérien aussi bien aux avions pilotés qu’aux plateformes sans pilote.
Teoman S. Nicanci