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La Biélorussie vient d’accueillir deux nouveaux chasseurs multifonctions Sukhoi Su-30SM2 Flanker-H à la base aérienne de Baranovichi, portant à huit le nombre total d’appareils livrés à ce jour. Cette nouvelle livraison marque la première de l’année et s’inscrit dans la continuité d’un programme soutenu de modernisation des capacités de défense aérienne de Minsk.

Le ministère de la Défense biélorusse a confirmé avoir réceptionné ces deux nouveaux Su-30SM2 le 29 janvier. Fabriqués par la société russe United Aircraft Corporation (UAC), ces appareils ont été affectés à la 61e base aérienne de chasseurs, située dans l’oblast de Brest. Avec cette livraison, la flotte de Flanker-H biélorusse atteint la taille d’un escadron complet, conformément à la structure standard de l’armée de l’air.

Ces avions viennent renforcer le 1er escadron de la 61e base aérienne à Baranovichi, où cohabitent deux variantes du Flanker-H : la version Su-30SM d’ancienne configuration et la version améliorée Su-30SM2.

Historique du Su-30SM2 en Biélorussie

La coopération entre la Biélorussie et le Su-30SM russe débute en février 2016 avec la signature d’un accord préliminaire entre Minsk et Moscou pour l’exportation d’un nombre non divulgué de Flanker-H vers la force aérienne biélorusse. Le 20 juin 2017, lors du Salon aéronautique de Paris, un contrat de 600 millions de dollars est signé pour l’achat de 12 Su-30SM de la première génération.

Initialement prévues pour 2018, les premières livraisons ont été retardées jusqu’en novembre 2019 en raison des sanctions occidentales visant l’approvisionnement en composants de ces chasseurs. Le second lot de quatre avions a lui aussi accusé un retard, finalement livré en 2021 au lieu de 2020.

Au total, huit Su-30SM ont été réceptionnés avant que le contrat ne soit modifié pour inclure la variante plus récente Su-30SM2, dotée de capacités accrues et alignée sur celle en service dans les Forces aérospatiales russes (FARu).

Minsk a reçu son premier Su-30SM2 modernisé à Baranovichi le 27 mai, suivi d’un second lot de deux appareils le 14 août, puis d’un troisième paquet de deux chasseurs le 26 décembre. Bien que les photos officielles publiées par le ministère biélorusse de la Défense floutent les numéros de série, la communauté des observateurs a confirmé les identifiants des avions : ’09 Red’, ’10 Red’, ’11 Red’, ’12 Red’, ’13 Red’, ’14 Red’, ’15 Red’ et ’17 Red’.

La flotte de Flanker-H est attendue pour croître à 19 ou 20 unités début 2026. La Biélorussie exploite déjà 16 exemplaires, répartis équitablement entre les deux versions, avec de nouvelles livraisons de Su-30SM2 prévues. Il reste incertain si les premiers Su-30SM seront reconfigurés à la norme SM2, mais la force aérienne biélorusse prévoit de former deux escadrons complets mixtes Su-30SM/SM2.

Un effort de modernisation pour remplacer une flotte héritée de la Guerre froide

L’acquisition du Su-30SM/SM2 s’inscrit dans la volonté de Minsk de renouveler ses capacités aériennes de combat. Avant de se tourner vers le Flanker-H, la Biélorussie avait acheté 12 avions d’entraînement et légers Yakovlev Yak-130, livrés entre 2015 et 2019. Ces appareils sont actuellement déployés à la 116e unité d’aviation d’attaque, basée à Lida dans l’oblast de Grodno.

Sur ces 12 Yak-130, 11 restent opérationnels, un exemplaire ayant été perdu dans un accident à Baranovichi, causant la mort des deux pilotes à bord.

Les Yak-130 assurent la formation des futurs pilotes de chasse biélorusses tout en complétant la flotte vieillissante de Sukhoi Su-25 Frogfoot, appareils d’assaut au sol issus de l’ère soviétique.

Avant l’arrivée des Su-30SM en 2019, la composante aérienne de combat de la Biélorussie reposait essentiellement sur les MiG-29BM/UB Fulcrum, chasseurs conçus à l’époque soviétique. Minsk exploitait aussi des Sukhoi Su-27UBM1 Flanker, retirés du service en décembre 2012 pour des raisons économiques liées à leurs coûts d’exploitation élevés.

Le Su-30SM2, une vitrine technologique russe

Le Su-30SM2 figure parmi les chasseurs les plus performants développés par la Russie ces dernières années. Il est propulsé par deux turboréacteurs à postcombustion AL-41F-1S, offrant une poussée accrue, une meilleure consommation et une accélération optimale par rapport à la version précédente Su-30SM.

Grâce à sa capacité de vectorisation de poussée tridimensionnelle, cette plateforme bénéficie d’une maniabilité exceptionnelle, lui permettant d’exécuter des manœuvres à angles d’attaque très élevés à faible vitesse.

Son radar multimode à balayage électronique passif (PESA) Irbis-E, dérivé du Su-35S Flanker-E, confère au Su-30SM2 des capacités avancées de détection et de suivi. Par ailleurs, il est équipé d’un système sophistiqué de guerre électronique (EW) ainsi que de récepteurs d’alerte radar améliorés.

Le Su-30SM2 peut emporter jusqu’à 10 500 kg d’armements sur 12 points d’emport. Son arsenal comprend notamment les missiles air-air R-27, R-37M, R-73 et R-77, ainsi qu’un large éventail d’armes air-sol tel que les missiles Kh-31PM, Kh-38MT, Kh-29/59, et les bombes guidées par laser KAB-500/1500.

Par Khalem Chapman