Article de 768 mots ⏱️ 4 min de lecture

Une émission de la chaîne turque d’État TRT World a ciblé le groupe indien Tata, l’accusant de soutenir les opérations militaires israéliennes à Gaza via des liens commerciaux étroits. Pourtant, le reportage passe sous silence un rapport onusien contemporain pointant la Turquie elle-même, dont les ports seraient utilisés pour le transfert d’armes et de carburant vers les forces israéliennes.

Alors que la Turquie affirme soutenir la cause palestinienne sur la scène internationale, son média critique un acteur économique indien pour un prétendu soutien indirect à Israël, ignorant toutefois que l’infrastructure turque facilite le maintien du blocus et des bombardements sur Gaza. Cette approche, selon certains observateurs, illustre la complexité des discours internationaux sur le conflit israélo-palestinien, qui dure depuis les attaques du Hamas en octobre 2023.

Publié le 25 octobre, l’article de TRT World présente Tata comme un acteur central de l’« alliance Inde-Israël ». Les filiales du groupe, telles que Tata Advanced Systems et Tata Consultancy Services (TCS), seraient impliquées dans la fourniture de composants avioniques et d’infrastructures informatiques à des entreprises de défense israéliennes, notamment Israel Aerospace Industries (IAI) et Rafael Advanced Defense Systems. S’appuyant sur le rapport d’un collectif militant basé à New York, South Asia Left (SALAM), intitulé “Architects of Occupation: The Tata Group, Indian Capital, and the India-Israel Alliance”, le texte affirme que ces collaborations facilitent des opérations qualifiées de « génocidaires » dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, impliquant des systèmes de surveillance par drone et de guidage de missiles.

SALAM, qui se décrit comme une organisation politique promouvant la gauche sud-asiatique, a lancé ce document de 50 pages le 21 octobre dans le cadre d’une campagne « Tata Bye Bye », visant à retirer le soutien du groupe Tata au marathon de New York. Le collectif accuse le conglomérat d’« complicité multiforme », notamment via des coentreprises produisant des drones Hermes et des missiles Barak, responsables – selon eux – de plus de 70 000 morts palestiniens depuis 2023.

Les militants ont appelé les organisateurs du marathon à ne plus associer TCS à l’événement, dénonçant un « profit de l’occupation ». TRT relaye ces critiques en soulignant également le rapprochement diplomatique entre l’Inde et Israël, incarné par un contrat de défense de 2 milliards de dollars signé en 2024 sous le gouvernement de Narendra Modi. L’article cite SALAM : « Le groupe Tata a été accusé de soutenir l’occupation israélienne de la Palestine à travers ses partenariats dans la défense ». Il mentionne aussi le rapport de la Rapporteuse spéciale de l’ONU, Francesca Albanese, du 20 octobre, qui recense l’Inde parmi 26 pays ayant exporté des armes vers Israël après octobre 2023, sans pour autant replacer ces faits dans un contexte plus large.

Ce rapport onusien, “Gaza Genocide: A Collective Crime”, remis au Conseil des droits de l’homme le 20 octobre 2025, décrit un « réseau mondial » soutenant les opérations israéliennes, qu’il s’agisse des ventes directes d’armes ou des infrastructures logistiques. Une section clé, discrètement ignorée par TRT, identifie des ports utilisés pour le transbordement de pièces de F-35, d’armes, de carburant et d’autres matériels indispensables à Israël.

« Des ports, dont ceux de Turquie, ont facilité le transbordement de composants de F-35, d’armes, de carburant pour avions, de pétrole et d’autres matériaux », affirme clairement le rapport, s’appuyant sur des manifests de navigation et des images satellite couvrant la période d’octobre 2023 à octobre 2025. Il souligne encore que, malgré l’embargo commercial proclamé en mai 2024 par Erdogan contre Israël, la Turquie continue d’offrir des accès portuaires clés, en particulier à Istanbul et Mersin, souvent utilisés pour rediriger des cargaisons chypriotes ou grecques afin d’éluder les sanctions.

Ces infrastructures permettent, selon Albanese, de soutenir la flotte israélienne de F-35, impliquée dans plus de 1 000 frappes sur Gaza, tout en maintenant le blocus dépendant au carburant. Le mode opératoire inclut des itinéraires camouflés en « contournements humanitaires » qui ont ainsi acheminé des millions de litres de carburant alors même que Gaza subit des coupures énergétiques sévères.

Le gouvernement turc, qui a également accueilli des dirigeants du Hamas et encouragé des manifestations mondiales, est confronté à une opposition interne. En 2024 et 2025, des militants ont tenté de bloquer certains ports pour faire appliquer le boycott, sans succès. Cette situation reflète les critiques adressées à l’Inde concernant le contrôle inefficace de ses propres exportations vers Israël.