Les États-Unis ont récemment inscrit le groupe The Resistance Front (TRF), reconnu comme un relais du Lashkar-e-Tayyiba (LeT) basé au Pakistan, sur leur liste des organisations terroristes étrangères (Foreign Terrorist Organization – FTO) et comme terroriste mondial spécialement désigné (Specially Designated Global Terrorist – SDGT) le 18 juillet 2025.
Cette décision intervient après l’attaque meurtrière de Pahalgam, dans la région du Jammu-et-Cachemire, le 22 avril, qui a coûté la vie à 26 personnes. Le TRF avait d’abord revendiqué cette attaque avant de se rétracter, alors que les tensions entre l’Inde et le Pakistan s’exacerbaient.
Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a souligné que cette inscription était une réaction directe à cet attentat sanglant et s’inscrivait dans la volonté du président Donald Trump de rendre justice aux victimes. Pour l’Inde, il s’agit d’une avancée diplomatique majeure, témoignant du renforcement de la coopération indo-américaine dans la lutte antiterroriste.
Le gouvernement indien a salué cette décision, qui confirme la position de longue date de New Delhi : le TRF agit comme un « front et proxy » du LeT, organisation interdite et connue pour avoir orchestré plusieurs attaques violentes, dont celles de Mumbai en 2008.
La réaction de la Chine, quant à elle, s’est voulue plus mesurée. Tout en condamnant l’attentat de Pahalgam et en réaffirmant son opposition ferme à toutes formes de terrorisme, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Lin Jian, s’est abstenu de critiquer directement le Pakistan ou de soutenir explicitement l’initiative américaine. Pékin a plutôt appelé les pays de la région à renforcer leur coopération antiterroriste afin de préserver la sécurité et la stabilité régionales. Cette posture prudente s’inscrit dans la continuité de la diplomatie chinoise vis-à-vis des problématiques terroristes régionales.
L’inscription du TRF est appelée à avoir des répercussions au sein du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU), notamment au sein du Comité des sanctions 1267, qui coordonne les mesures globales contre les groupes terroristes. Le TRF, en tant que filiale du LeT, pourrait faire l’objet de mesures internationales supplémentaires, telles que le gel des avoirs, des interdictions de voyage et des embargos sur les armes — sanctions déjà appliquées au LeT, Jaish-e-Mohammad (JeM), Jamaat-ud-Dawa (JuD), ainsi qu’à des figures clés comme Hafiz Saeed et Masood Azhar.
Cependant, l’histoire récente a montré que les tentatives pour faire inscrire le TRF et d’autres groupes terroristes basés au Pakistan au Conseil de sécurité se heurtent régulièrement à des oppositions et blocages de la part de la Chine, souvent à la demande du Pakistan, ce qui complique la riposte internationale et entrave la reconnaissance globale de ces groupes comme menaces terroristes majeures.
Par exemple, suite à l’attaque de Pahalgam, le Conseil de sécurité avait publié une condamnation ferme le 25 avril, mais sans mentionner explicitement le TRF ou le LeT, en raison des objections du Pakistan et de la Chine.
En parallèle, l’Inde a lancé l’opération Sindoor le 7 mai, visant les infrastructures terroristes au Pakistan et au Jammu-et-Cachemire sous contrôle pakistanais. Après une escalade marquée par des échanges de drones et de missiles, un cessez-le-feu a été établi le 10 mai grâce à une médiation diplomatique rapide entre New Delhi et Islamabad.
La désignation américaine du TRF vient donc illustrer un changement notable dans la politique antiterroriste internationale vis-à-vis de l’Asie du Sud. Saluée par l’Inde et susceptible d’influencer les discussions dans les enceintes internationales, cette décision met néanmoins en lumière les défis persistants liés aux jeux géopolitiques et à la réticence de certains acteurs régionaux comme la Chine, rendant difficile une réponse coordonnée et unifiée contre le terrorisme dans la région.
Le marquage terroriste américain du TRF renforce la position de l’Inde au FATF après le blocage chinois au Conseil de sécurité
La décision des États-Unis de qualifier le TRF d’organisation terroriste étrangère et de terroriste mondial spécialement désigné représente une avancée diplomatique importante pour l’Inde dans sa lutte contre les groupes terroristes pakistanais.
Intervenue après l’attaque du 22 avril 2025 à Pahalgam, dont le bilan s’élève à 26 civils tués, cette mesure doit renforcer la campagne internationale indienne visant à tenir le Pakistan responsable du terrorisme transfrontalier, notamment en vue des prochaines discussions cruciales au sein du Groupe d’action financière (GAFI) prévues en août 2025. Le GAFI est l’autorité mondiale chargée de superviser la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
À la suite de l’attaque, l’Inde avait demandé que le TRF soit explicitement mentionné dans les déclarations du Conseil de sécurité, en insistant sur ses liens directs avec le Lashkar-e-Taiba, groupe déjà inscrit sur la liste des Nations unies. Cependant, grâce à son influence au sein du Conseil, la Chine a soutenu la démarche pakistanaise visant à éviter cette mention officielle, permettant à Islamabad d’échapper à un contrôle international accru malgré les preuves établissant son lien avec le TRF et son rôle de proxy du LeT.
La désignation formelle du TRF par le Département d’État américain s’oppose à ces manœuvres. Elle gèle les actifs du groupe à l’échelle mondiale, limite son accès aux financements et expose ses membres à des sanctions internationales, confirmant ainsi la thèse indienne selon laquelle le TRF est un simple « front » du LeT et que le Pakistan continue de protéger et faciliter ces proxies.
Le ministre indien des Affaires étrangères, S Jaishankar, a salué cette décision comme un « pas important et opportun » et une « forte affirmation » de la coopération indo-américaine en matière de lutte antiterroriste. De son côté, Marco Rubio a réitéré la détermination de Washington à rendre justice aux victimes de Pahalgam et à combattre les menaces terroristes d’origine étatique, préservant ainsi la sécurité régionale et mondiale.
Le timing de cette mesure américaine est particulièrement stratégique à l’approche du plénier du GAFI, où l’Inde entend utiliser cette désignation et les preuves des flux financiers et opérationnels du TRF liés au Pakistan pour réclamer le retour d’Islamabad sur la « liste grise », celle des juridictions soumises à une surveillance renforcée en matière de lutte contre le financement du terrorisme.
Après avoir réussi à sortir de cette liste en démontrant une conformité partielle, le Pakistan voit aujourd’hui sa situation remise en cause au regard des activités avérées du TRF, du financement transfrontalier récent et des liens persistants avec les dirigeants du LeT basés au Pakistan. Les autorités indiennes collectent par ailleurs des éléments visant à prouver la non-conformité continue d’Islamabad, notamment quant au gel des avoirs et à la poursuite judiciaire des responsables de groupes sanctionnés par l’ONU.
Cette désignation américaine fragilise donc les tentatives pakistano-chinoises de protéger le TRF au Conseil de sécurité, tout en renforçant la position de l’Inde dans les instances internationales. En s’alignant avec Washington, New Delhi pourra désormais exiger des mesures concrètes du Conseil et du GAFI, allant du gel des fonds et des interdictions de déplacement à une pression diplomatique et économique accrue sur les États complices du financement terroriste.
Ce développement témoigne également d’une synergie opérationnelle croissante entre l’Inde et les États-Unis dans la lutte antiterroriste, affirmant leur engagement commun pour une politique de tolérance zéro face au terrorisme au Sud de l’Asie et au-delà.
En perspective, la constitution par l’Inde d’une coalition internationale plus large visant à isoler les groupes proxies pakistanais pourrait ouvrir la voie à une action multilatérale plus vigoureuse contre le terrorisme d’État et par procuration, en particulier dans les zones marquées par des rivalités géopolitiques et des discours concurrents.
Le marquage terroriste américain du TRF expose non seulement l’utilisation par le Pakistan de groupes proxies, mais renforce aussi considérablement le dossier indien auprès du GAFI, réduisant l’influence de la Chine dans la protection de ces formations sur la scène internationale.
Ce contexte est susceptible de favoriser un consensus mondial renforcé dans la lutte contre le terrorisme transfrontalier et d’améliorer les mécanismes de responsabilisation des États soutenant ces réseaux.
Présentation de The Resistance Front, désigné groupe terroriste par les États-Unis
Créé en octobre 2019, peu après l’abrogation de l’article 370 accordant un statut particulier à Jammu-et-Cachemire, The Resistance Front (TRF) est apparu via des plateformes de communications chiffrées en prétendant être un « groupe de résistance indigène ». Toutefois, les évaluations des services de renseignement indiens, ainsi que le South Asia Terrorism Portal (SATP), concluent qu’il s’agit d’une organisation « fantôme » ou proxy du Lashkar-e-Taiba (LeT), groupe terroriste pakistanais tristement célèbre inscrit par l’ONU.
La structure de commandement du TRF emprunte largement aux cadres du LeT, et ses méthodes opérationnelles et logistiques témoignent du même niveau de sophistication. Le commandant identifié du TRF est Sajjad Gul.
Son mode opératoire repose sur une utilisation intensive des communications numériques et chiffrées pour la propagande, le recrutement et la coordination des attaques. Le TRF cherche à maximiser son ancrage local en valorisant une « résistance indigène » et en évitant les références islamiques explicites, déviant ainsi du discours traditionnel du LeT pour s’adresser à un public plus large en proie à des griefs régionaux.
Outre les attaques directes, le groupe s’illustre par des menaces contre les civils, en particulier les Pandits du Cachemire, les travailleurs migrants, et les forces de sécurité. Il exploite également des technologies modernes, notamment en recourant à des drones pour livrer des armements et en utilisant des engins explosifs improvisés.
Le TRF coordonne ses actions avec d’autres groupes terroristes régionaux tels que Jaish-e-Mohammed (JeM), Hizbul Mujahideen et le People’s Anti-Fascist Front (PAFF), sous l’égide du United Jihad Council, une coalition de formations terroristes soutenues par le Pakistan.
Parmi ses attaques majeures figurent l’attentat du 22 avril 2025 à Pahalgam, le plus meurtrier contre des civils en Inde depuis 2008, avec 26 touristes tués, ainsi que des attaques à Ganderbal (octobre 2024), Reasi (juin 2024) et Srinagar (février 2020), ciblant civils et forces de l’ordre.
À la suite du massacre de Pahalgam, les États-Unis ont pris la mesure inédite d’inscrire le TRF sur leur liste terroriste, assortissant cette désignation de sanctions légales et financières sévères à l’encontre de toute aide à ce groupe.
De son côté, l’Inde avait interdit le TRF dès janvier 2023 en vertu de la loi sur la prévention des activités illégales (Unlawful Activities Prevention Act) et a régulièrement dénoncé ses activités devant les instances internationales, soulignant que ce groupe sert de façade pour protéger le LeT des pressions du GAFI.
Malgré des preuves impliquant des ressortissants pakistanais, le Pakistan nie officiellement tout soutien ou financement des terroristes au Cachemire.
En résumé
Le TRF illustre l’évolution des groupes terroristes par procuration en Asie du Sud : il localise les récits du conflit, masque les soutiens étrangers et exploite les technologies modernes pour le recrutement et les opérations, tout en servant d’outil stratégique au Lashkar-e-Taiba. Sa désignation par les États-Unis comme groupe terroriste international marque une étape importante dans la réponse coordonnée globale contre le terrorisme transfrontalier et ses réseaux de soutien.