La Chine relance un concept aéronautique soviétique en développant un nouvel ekranoplan à réaction de grande taille. Ce véhicule singulier, inspiré des appareils « effet de sol », combine la vitesse d’un avion avec la capacité de navigation proche de la surface de l’eau. Ce programme marque une avancée notable, inédite depuis plusieurs décennies, dans la conception de ces machines hybrides.

Les ekranoplans, également appelés appareils à Wing-in-Ground Effect (WIG), sont des avions conçus pour voler à très faible altitude au-dessus de la surface de l’eau, tirant parti d’un phénomène aérodynamique qui leur offre portance et stabilité accrues. Cette configuration leur permet de naviguer plus rapidement que les navires tout en restant difficilement détectables par les radars classiques, positionnés plus haut. Historiquement, l’Union soviétique a été à la pointe dans le développement de ces engins, avec des modèles emblématiques comme le célèbre « Monstre de la mer Caspienne » et le « Lun », équipé de missiles.

Alors que certains modèles soviétiques étaient de véritables géants, les autres ekranoplans produits dans le monde ont généralement eu des tailles plus modestes. Le récent dévoilement en Chine d’un appareil de grande envergure pourrait donc constituer une véritable renaissance de cette catégorie aéronautique.

Une image publiée sur les réseaux sociaux chinois montre un ekranoplan peint en gris, dont la silhouette intrigue par sa taille et sa configuration. Les spécialistes militaires confirment qu’il s’agit d’un nouveau modèle, jamais présenté jusqu’ici, dont les détails comme le nom, la désignation exacte ou le constructeur restent secrets.

Avec la fin de la Guerre froide et l’effondrement de l’URSS, la conception d’énormes ekranoplans s’était arrêtée, malgré de nombreuses prédictions sur leur retour possible. Plusieurs projets ont vu le jour depuis, rarement passés du stade conceptuel. Ce modèle chinois représente donc l’ekranoplan le plus ambitieux construit depuis des décennies.

Le « Monstre de la mer de Bohai » – L’ekranoplan chinois

L’appareil se caractérise par une coque inspirée des bateaux volants ainsi qu’une queue en T avec deux stabilisateurs verticaux, une configuration peu courante chez les avions classiques mais typique des ekranoplans, y compris certains modèles chinois antérieurs. L’engin présente une envergure relativement courte associée à une grande surface de queue, éléments typiques de cette catégorie d’aéronefs.

Quatre moteurs à réaction sont montés sur l’aile, munis de tuyères légèrement aplaties, suggérant un angle de poussée orienté vers le bas, typique d’une conception WIG. Il est possible que chaque moteur dispose d’une seconde tuyère supérieure, mais cette caractéristique reste difficile à confirmer en raison de l’angle de prise de vue.

La peinture grise discrète indique une vocation militaire. Les ekranoplans sont particulièrement adaptés au transport rapide, notamment dans un contexte d’opérations amphibies. Certains modèles soviétiques visait précisément à acheminer rapidement des troupes et des véhicules blindés sur une plage ennemie. Cette capacité complète les fonctions des nombreux aéroglisseurs de la marine chinoise (PLAN). Ainsi, ce nouvel appareil pourrait bien remplir un rôle de transport d’assaut.

Une fonction probable

La Chine mène plusieurs projets aéronautiques ambitieux, parmi lesquels le gigantesque hydravion AVIC AG600, destiné aux opérations de recherche et sauvetage ainsi qu’à la lutte contre les incendies. Le nouvel ekranoplan pourrait venir compléter ce catalogue d’appareils spécialisés.

Ce projet rappelle également l’essor des avions-cargos sans pilote en phase d’expérimentation en Chine. Une hypothèse plausible est que cet ekranoplan soit conçu pour des missions de transport rapide, assurant le ravitaillement des garnisons insulaires ou le soutien aux opérations amphibies.

H I Sutton