La coalition dirigée par l’Arabie saoudite a annoncé avoir visé mardi une importante cargaison d’armes et de véhicules de combat destinés aux forces séparatistes, alors qu’ils étaient en cours de déchargement dans un port du Yémen, en provenance des Émirats arabes unis.

Le Yémen est en proie à un conflit dévastateur, opposant des factions armées, majoritairement regroupées sous le gouvernement soutenu par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, mais également en lutte entre elles.

Le Conseil de transition du Sud (STC), appuyé par les Émirats et qui revendique la restauration de l’ancien État indépendant du Sud-Yémen, a récemment pris le contrôle de vastes territoires, chassant les forces gouvernementales et leurs alliés.

La coalition menée par Riyad a averti samedi qu’elle soutiendrait le gouvernement yéménite dans toute confrontation militaire avec les forces séparatistes et les a appelées à se retirer « paisiblement » des provinces récemment conquises.

« À 4h du matin, nous avons reçu un appel pour évacuer le port d’al-Mukalla un quart d’heure avant la frappe », a indiqué un responsable du port yéménite, sous couvert d’anonymat, n’étant pas autorisé à communiquer avec la presse.

« L’évacuation a été réalisée, et la frappe a eu lieu quinze minutes plus tard dans une zone non aménagée du port. Le feu est toujours actif », a-t-il ajouté.

Selon l’agence de presse officielle saoudienne SPA, la coalition a ciblé deux navires transportant « une grande quantité d’armes et de véhicules de combat pour soutenir les forces du Conseil de transition du Sud ».

« En raison du danger et de l’escalade engendrés par ces armes… les forces aériennes de la coalition ont conduit ce matin une opération militaire limitée visant des armes et des véhicules de combat récemment déchargés des deux navires dans le port d’al-Mukalla », a-t-elle précisé.

Les navires venaient du port de Fujairah, situé sur la côte est des Émirats arabes unis, a indiqué SPA, ajoutant que l’opération a été menée dans le respect du droit international humanitaire sans dommages collatéraux.

Des images aériennes diffusées par SPA montrent les navires amarrés ainsi qu’un grand nombre de véhicules circulant dans le port.

Un contexte « sensible »

Cette attaque survient quelques jours après des frappes aériennes saoudiennes rapportées contre des positions séparatistes dans la province yéménite d’Hadramawt, alors que Washington appelait à la retenue face à l’escalade rapide du conflit.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré : « Nous appelons à la retenue et à la poursuite de la diplomatie en vue d’aboutir à une solution durable. »

Le ministre saoudien de la Défense, Khalid bin Salman, a publié samedi sur le réseau X un message exhortant les forces du STC à « remettre pacifiquement » deux gouvernorats régionaux au gouvernement.

« Il est temps », a-t-il écrit, « en ce moment sensible, de laisser raisonner la raison en se retirant pacifiquement de ces deux provinces ».

Cependant, le STC avait annoncé vendredi qu’il ne serait pas dissuadé après des frappes attribuées à l’Arabie saoudite ayant touché ses positions, suite à sa prise de larges portions de territoire dans les provinces d’Hadramawt et de Mahrah.

Depuis cette avancée, les partisans des séparatistes se rassemblent régulièrement dans plusieurs villes, dont Aden, pour demander la déclaration d’indépendance, à travers notamment des rassemblements hebdomadaires le vendredi.

Samedi, des centaines de tribus yéménites se sont réunies à Aden pour exhortez les dirigeants du STC à proclamer l’indépendance du Sud-Yémen, selon la chaîne indépendante d’Aden affiliée aux séparatistes.

Cette chaîne a diffusé des images montrant une foule importante défilant en brandissant le drapeau indépendantiste du Sud-Yémen aux côtés du drapeau des Émirats arabes unis.

Un responsable militaire yéménite a indiqué vendredi qu’environ 15 000 combattants soutenus par l’Arabie saoudite étaient massés près de la frontière saoudienne, sans avoir reçu d’ordres d’avancer sur les territoires tenus par les séparatistes.

Les zones où ils sont déployés correspondent aux marges des territoires récemment conquis par le STC soutenu par les Émirats.

Le gouvernement yéménite est aujourd’hui un ensemble hétéroclite de groupes, incluant les séparatistes, unis principalement par leur opposition commune aux Houthis soutenus par l’Iran.

Ces derniers ont chassé le gouvernement de la capitale Sanaa en 2014, contrôlant depuis la majeure partie du nord du pays.