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La Corée du Nord a officiellement livré cinquante lance-roquettes multiples KN-25 de 600 mm aux unités de combat de l’Armée populaire avant la tenue du IXe Congrès du Parti du Travail de Corée. Cette remise très visible illustre la modernisation accélérée de l’artillerie nord-coréenne et souligne l’importance politique accordée au développement d’armes stratégiques.

L’événement mêlait dimension militaire et message politique, mettant en avant le rôle clé du système dans la campagne de modernisation des forces armées nord-coréennes. Le KN-25 occupe une position intermédiaire entre l’artillerie traditionnelle à roquettes et les missiles balistiques à courte portée, offrant un meilleur rayon d’action et une précision supérieure aux systèmes d’artillerie classiques.

Pyongyang décrit systématiquement le KN-25 comme un système de lance-roquettes multiples de grande taille. En revanche, les forces américaines stationnées en Corée du Sud le classent comme un missile balistique à courte portée, en raison de son gabarit, de son autonomie et de son profil de vol quasi-balistique.

Testé pour la première fois le 25 août 2019, ce système a démontré une portée de près de 380 kilomètres. Au cours de cet essai initial, depuis la côte est nord-coréenne, deux projectiles ont volé environ 380 kilomètres en atteignant une altitude maximale d’environ 97 kilomètres avant d’impacter la mer du Japon. Les essais suivants, menés en septembre, octobre et novembre 2019, ont confirmé des portées comprises entre 330 et 380 kilomètres, avec des apogées variables, attestant une trajectoire plus haute et plus longue que celle des roquettes d’artillerie classiques.

Le KN-25 est estimé être un missile à propergol solide à un étage, d’un diamètre de 600 mm et d’une longueur d’environ 8,6 mètres. Par son calibre, il se rapproche davantage d’un missile balistique tactique que d’un lance-roquettes multiple traditionnel. Le missile est équipé de quatre ailerons fixes à l’arrière et de quatre surfaces de contrôle à l’avant, suggérant une capacité de manoeuvre en vol et un guidage vers la cible. Bien que les données précises sur la précision ne soient pas disponibles, les références nord-coréennes évoquent un système de guidage autonome de haute précision combinant navigation inertielle, probablement assistée par des corrections satellitaires, ainsi que des dispositifs anti-brouillage électronique.

Le système est monté sur un lanceur mobile à roues, généralement doté de quatre tubes, positionnés sur un châssis routier lourd multiprise. Cette mobilité améliore la survie du système en permettant un repositionnement rapide après tir. Les intervalles observés lors des tests de 2019, avec des salves espacées de seulement 30 secondes le 28 novembre et 20 secondes le 2 mars 2020, témoignent de la capacité à effectuer des tirs rapides et successifs. Cette tactique de tir puis déplacement complexifie la détection par contre-batterie et le ciblage anticipé, surtout lorsque les lanceurs opèrent depuis des positions dispersées et préalablement préparées.

Tandis que la Corée du Sud et le Japon qualifient les tirs du 28 janvier de missile balistique, les médias officiels nord-coréens présentent l’événement comme un essai effectué par l’Administration générale des missiles afin de vérifier un nouveau système amélioré de lance-roquettes multiples de gros calibre doté de technologies avancées.

Selon le récit officiel, Kim Jong-un a personnellement assisté à l’essai, mettant en avant les améliorations en termes de mobilité, précision et résistance aux interférences extérieures, liant ce programme aux objectifs de dissuasion nucléaire. Le rapport d’État affirme que quatre projectiles ont atteint leur cible maritime à une distance de 358,5 kilomètres, chiffre conforme aux données sud-coréennes publiquement citées, et ce alors que le système KN-25 opérait en dessous de sa capacité maximale.

Le KN-25 offre à l’Armée populaire une capacité d’attaque en couches, entre l’artillerie à tubes longue portée et les missiles balistiques tactiques traditionnels. Avec une portée allant de 350 à 380 kilomètres, il permet d’atteindre bases aériennes, centres logistiques et postes de commandement sur une grande partie du territoire sud-coréen, en fonction du lieu de lancement.

La combinaison d’une charge utile lourde et d’un vol quasi balistique guidé permet des frappes dévastatrices, notamment la création de cratères sur les pistes d’aérodrome, la destruction de dépôts de carburant ou l’attaque de structures fortifiées.

La remise simultanée de cinquante lanceurs lors d’une seule cérémonie signifie une montée en puissance industrielle, plutôt qu’une production sporadique. Cela indique que le KN-25 est passé de la phase de tests à un déploiement organisé au sein des unités de roquettes ou de missiles de l’Armée populaire. Au-delà de la péninsule, l’expansion continue de l’artillerie à roquettes guidées de gros calibre complexifie les équilibres sécuritaires régionaux.

En estompant la frontière entre lance-roquettes multiples et missiles balistiques tactiques, la Corée du Nord multiplie les options d’attaque en situation de crise. Pour la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis, cet arsenal en évolution renforce l’exigence d’adapter les systèmes de défense antimissile, les réseaux d’alerte précoce et la planification des ripostes dans un environnement où les signaux politiques et la capacité opérationnelle sont chaque jour davantage intriqués.

Alain Servaes