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La Corée du Nord a tiré une dizaine de missiles balistiques en direction de la mer du Japon, a annoncé samedi l’état-major interarmes de Séoul, quelques jours après que Pyongyang a menacé de « conséquences terribles » en réponse aux exercices militaires conjoints en cours entre la Corée du Sud et les États-Unis.

Pyongyang a récemment dissipé les espoirs d’un rapprochement diplomatique avec Séoul, allié sécuritaire de Washington, qualifiant les dernières tentatives de paix de « farce maladroite et trompeuse ».

Selon l’état-major sud-coréen, les militaires ont détecté « environ dix missiles balistiques lancés depuis la région de Sunan en Corée du Nord en direction de la mer de l’Est (mer du Japon) vers 13h20 locales (04h20 GMT) ».

Les missiles ont parcouru une distance d’environ 350 kilomètres, précise le communiqué, ajoutant que les autorités sud-coréennes et américaines analysent actuellement leurs caractéristiques exactes.

La Corée du Sud affirme être prête à « répondre de manière écrasante à toute provocation », a souligné l’état-major.

Le ministère japonais de la Défense a également confirmé que la Corée du Nord avait lancé plusieurs missiles balistiques atteignant une altitude maximale d’environ 80 kilomètres, qui sont retombés en dehors de la zone économique exclusive du Japon, le long de la côte est de la péninsule coréenne.

La présidence sud-coréenne a condamné ces tirs comme « une provocation violant les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies » et a exhorté Pyongyang à cesser immédiatement de tels actes.

Elle a aussi ordonné aux agences concernées de maintenir une vigilance accrue, le lancement se produisant dans le contexte des exercices militaires conjoints sino-américains en cours.

Ces tirs ont eu lieu quelques heures après que le Premier ministre sud-coréen, Kim Min-seok, a déclaré que le président américain Donald Trump jugeait qu’une rencontre avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un serait « positive ».

Washington mène depuis des décennies les efforts pour démanteler le programme nucléaire nord-coréen, mais les sommets, sanctions et pressions diplomatiques ont jusqu’ici eu peu d’impact.

L’administration Trump a récemment cherché à relancer les pourparlers de haut niveau avec Pyongyang, envisageant un sommet avec Kim Jong Un cette année, potentiellement lors d’une visite de Trump à Pékin prévue fin mars.

En octobre, lors d’un déplacement en Asie, Donald Trump avait affirmé être « 100 % » prêt à rencontrer Kim Jong Un, déclaration restée sans réponse de la part de Pyongyang.

Après avoir longtemps ignoré ces signaux, Kim Jong Un a récemment indiqué que les deux pays pourraient « coexister » si Washington reconnaissait le statut nucléaire de la Corée du Nord.

« Conséquences terribles »

Les experts ont souligné que le nombre de missiles tirés samedi était inhabituel et que le moment choisi était significatif.

« L’attention mondiale est actuellement concentrée sur la guerre au Moyen-Orient, et la Corée du Nord a historiquement mené des provocations militaires quand elle souhaite rappeler sa présence », a indiqué Hong Sung-pyo, chercheur principal à l’Institut coréen pour les affaires militaires, à l’AFP.

« Ce motif est probablement à l’origine de ce lancement », a-t-il ajouté.

Les manœuvres militaires printanières « Freedom Shield » ont débuté ce lundi, impliquant environ 18 000 soldats sud-coréens, et se poursuivront jusqu’au 19 mars.

Le Nord, possesseur de l’arme nucléaire et qui a attaqué son voisin en 1950 déclenchant la guerre de Corée, qualifie depuis longtemps ces exercices de répétitions d’invasion.

Plus tôt cette semaine, Kim Yo Jong, une proche conseillère de son frère Kim Jong Un, avait averti que ces manœuvres « pourraient entraîner des conséquences terribles inimaginables ».

Elle a ajouté que ces exercices surviennent « à un moment critique où la structure de sécurité mondiale s’effondre rapidement et où des guerres éclatent à divers endroits du globe ».

Pyongyang a également condamné l’attaque américano-israélienne contre l’Iran comme un « acte illégal d’agression », dénonçant le caractère « voyou » des États-Unis.

La Corée du Nord a par ailleurs récemment mené des essais de missiles depuis le destroyer naval Choe Hyon, affirmant que le pays est en train d’« armer sa marine avec des armes nucléaires ».

« La Corée du Nord consacre davantage de ressources à sa marine, probablement avec l’aide de la Russie. Mais Kim a sans doute remarqué que les États-Unis ont pu anéantir la majeure partie de la marine iranienne en moins d’une semaine », explique Leif-Eric Easley, professeur à l’université Ewha de Séoul.

« Ainsi, Pyongyang devrait poursuivre ses tests et sa rhétorique sur les systèmes nucléaires de commandement, contrôle et de lancement pour laisser entendre qu’elle pourrait infliger des dégâts insupportables si sa marine était attaquée. »