Après avoir acquis trente-six hélicoptères d’attaque AH-64E Apache/Guardian, l’armée sud-coréenne envisageait d’en commander trente-six supplémentaires auprès de Boeing. En août 2024, la Defense Security Cooperation Agency (DSCA), chargée des exportations militaires américaines, avait donné son feu vert à cette possible acquisition, estimée alors à 3,5 milliards de dollars, incluant 76 moteurs GE T700, 36 systèmes de visée AN/ASQ-170 et plusieurs centaines de missiles, dont 456 AGM-114R2 Hellfire et 152 missiles air-sol AGM-179A JAGM (Joint Air-to-Ground Missile).
Cependant, quelques semaines plus tard, le quotidien Chosun Ilbo a révélé que le projet serait suspendu, le chef d’état-major sud-coréen entamant une révision des « évolutions des tactiques de combat » à la lumière des enseignements tirés du conflit en Ukraine. « Les responsables militaires réévaluent le rôle des hélicoptères d’attaque au fur et à mesure que les drones gagnent en importance », expliquait la source.
Des considérations budgétaires sont également à l’origine de cette remise en cause, puisque le coût unitaire des AH-64E avait augmenté, passant de 27,5 à 47,9 millions d’euros depuis la signature du premier contrat en 2013.
La presse locale rapporte que l’état-major sud-coréen avait finalement validé le projet en mai dernier, sous réserve d’étudier la possibilité d’une combinaison entre hélicoptères et véhicules aériens sans pilote. Toutefois, le Parlement a pris une décision contraire le 8 juillet, en réduisant fortement les crédits alloués à l’achat des AH-64E supplémentaires.
« Dans la mesure où l’armée américaine envisage d’utiliser des drones avancés, il est positif que le projet d’extension de la flotte Apache soit revu en profondeur », a commenté le député Yoo Yong-won, membre du principal parti d’opposition. « Au lieu de s’accrocher aux plateformes traditionnelles coûteuses, nous devons investir dans des capacités adaptées à l’avenir de la guerre », a-t-il insisté.
Face à cette restriction budgétaire, The Chosun Daily souligne que « la probabilité d’annulation du projet a considérablement augmenté » et précise que cette révision intervient dans un contexte de scepticisme croissant quant à l’efficacité des hélicoptères d’attaque sur le champ de bataille, à la lumière du conflit russo-ukrainien.
Comme l’a rappelé le député Yoo, cet esprit critique est partagé par l’armée américaine. Le général Joseph Ryan, un de ses hauts responsables, a récemment indiqué que les AH-64E étaient sur le point de « devenir inefficaces » en combat. Par ailleurs, le Pentagone a annulé le programme FARA (Future Attack Reconnaissance Aircraft), destiné à remplacer les hélicoptères d’attaque OH-58D Kiowa et AH-64D. « Après examen du programme FARA au regard des nouveaux progrès technologiques, de l’évolution du champ de bataille et des prévisions budgétaires actuelles, il a été conclu que les capacités accrues envisagées pouvaient être obtenues de manière plus économique et efficace par une combinaison de moyens différents », avait expliqué l’armée américaine en février 2024.