La Corée du Sud a choisi L3Harris pour équiper sa prochaine génération d’avions de surveillance et de contrôle aérien avancé. Le choix s’est porté sur une solution basée sur le Bombardier Global 6500, intégrant le radar israélien ELTA EL/W-2085, avec une commande de quatre avions pour un montant de 3,0975 trillions de wons, soit environ 2,2 milliards de dollars.
Cette décision, annoncée initialement par l’agence Yonhap le 30 septembre en se fondant sur l’évaluation de l’Administration du Programme d’Acquisition de Défense (DAPA), tourne le dispositif sud-coréen vers une plateforme plus compacte, comparable à un avion d’affaires, promettant des coûts opérationnels réduits tout en capitalisant sur un radar à balayage électronique intégral à 360 degrés.
Il s’agit également d’un changement marqué par rapport à l’extension pure et simple de la flotte actuelle de Boeing E-737, acquise il y a une dizaine d’années dans le cadre du programme Peace Eye.
Au cœur de cette offre, le radar EL/W-2085 est une famille éprouvée d’antennes à balayage électronique actif (AESA) combinant des antennes conformales latérales, augmentées par des antennes supplémentaires au niveau du nez et de la queue, afin de garantir une couverture azimutale complète. Cette configuration, déjà déployée sur des plateformes israéliennes, italiennes et singapouriennes, remplace le rotodome dorsal traditionnel par un élément moins aérodynamique et offre de meilleures performances en altitude, parfaitement adapté à la vitesse de croisière subsonique élevée et à l’autonomie de long rayon d’action du Global 6500.
Le système retenu est un radar AESA double bande en nitrure de gallium, permettant une détection à longue portée tout en maintenant une haute précision sur des cibles petites et à basse altitude. Associé à des systèmes modernes d’identification ami-ennemi (IFF), de guerre électronique (ESM) et de liens de données sécurisés, le dispositif permet à l’Armée de l’air sud-coréenne de disposer d’un nœud de commande multisensoriel capable d’identifier et de gérer une situation aérienne complexe dans un espace contesté.
Le choix d’un jet d’affaires comme base offre aussi plus de souplesse pour les opérations, notamment grâce à des besoins réduits en longueur de piste et une empreinte au sol moindre comparée à un avion de transport de type E-7, ce qui facilite la dispersion et améliore la survie en cas de crise.
Bien que la Corée du Sud ait auparavant étudié une solution basée sur le Gulfstream à la mi-2000 avant d’adopter le Boeing E-737, la combinaison du Global 6500 et du radar EL/W-2085 représente une évolution moderne de ce principe, avec une plateforme en production active et un système radar mature.
DAPA prévoit la livraison des quatre avions d’ici 2032, avec un calendrier clair pour leur intégration aux réseaux de commandement et contrôle existants.
L3Harris a surpassé le suédois Saab, qui proposait le radar Erieye ER, également sur la plateforme Global 6500 sous l’appellation GlobalEye. Selon l’évaluation de DAPA mentionnée par Yonhap, les performances des deux radars sont similaires, mais L3Harris a obtenu une meilleure note en adéquation opérationnelle, contribution à l’industrie nationale et coûts projetés d’exploitation et de maintenance, tandis que Saab dominait sur le critère d’acquisition.
Les antennes principales latérales peuvent se concentrer sur des secteurs d’intérêt sans les contraintes du balayage mécanique d’un rotodome, tandis que les antennes de queue et de nez comblent les angles morts pour fournir une couverture continue à 360 degrés. Cette architecture permet à l’équipage de construire en temps réel une image précise de la situation aérienne, et de transmettre des données de ciblage à des chasseurs, des batteries Patriot, L-SAM ainsi qu’à des groupes navals via des réseaux de type Link.
Sur le Global 6500, tant le radar que le système de mission s’appuient sur des marges modernes de puissance et de refroidissement, avec une cabine dédiée accueillant les consoles de surveillance, de gestion de combat et de fusion de données, faisant de cet avion un véritable poste de commandement aéroporté.
Une flotte de quatre avions AEW&C-II donnera à la Force aérienne sud-coréenne (ROKAF) une capacité crédible d’assurer une couverture continue durant les phases d’alerte maximale et de multiplier les orbitages superposés sur les deux côtes de la péninsule lorsque les tensions montent.
La combinaison de patrouilles à haute altitude et de faisceaux radar à guidage électronique est particulièrement adaptée face à l’évolution des menaces nord-coréennes, notamment les missiles de croisière, les drones volant à basse altitude et les petits essaims de systèmes aéronefs sans pilote (UAS) exploitant le camouflage topographique et présentant de faibles surfaces radar.
Ce choix illustre la perception sud-coréenne du renforcement des menaces aériennes et balistiques dans la région. La Corée du Nord poursuit ses essais de missiles de croisière tout en déployant une artillerie à longue portée et des drones, tandis que l’activité aérienne accrue de la Chine autour de la péninsule teste la résilience des systèmes radar et la capacité de commandement. En diversifiant sa flotte au-delà des seuls E-737, Séoul limite le risque industriel et ouvre une voie modulaire pour des mises à jour futures, y compris des modes radar définis par logiciel et des capacités d’assistance au suivi via intelligence artificielle.
Le risque technique est contenu grâce à la maturité de la famille EL/W-2085 et au solide historique d’intégration de L3Harris sur diverses plateformes de missions spéciales. Avec des livraisons prévues jusqu’en 2032, Séoul vise à déployer le premier appareil à court terme, tout en mettant en place les formations, la maintenance et les infrastructures d’intégration de données.
Si les performances et la disponibilité répondent aux attentes de DAPA, le programme AEW&C-II renforcera considérablement la défense aérienne sud-coréenne et pourra servir de modèle à d’autres forces aériennes de taille moyenne envisageant des systèmes AEW&C basés sur des jets commerciaux face à des solutions plus lourdes.
Face à des menaces combinant basse altitude et frappes de précision à longue portée, la capacité anticipative et la gestion tactique assurée par un nœud aérien efficace et robuste seront de nature à faire une différence stratégique.