La Corée du Sud prévoit de transférer gratuitement son premier sous-marin opérationnel, le ROKS Jang Bogo (SS-061), à la Pologne d’ici fin 2025. Cette initiative s’inscrit dans un effort plus large pour soutenir les chantiers navals sud-coréens engagés dans la compétition autour du programme polonais d’acquisition Orka, qui prévoit la livraison de jusqu’à quatre sous-marins.
Ce transfert potentiel intervient après le dernier parcours cérémoniel du sous-marin depuis la base navale de Jinhae le 19 novembre 2025, en présence de son premier et de son dernier commandant, marquant la fin de ses 34 ans de service actif. Le ministère sud-coréen de la Défense précise que le sous-marin servira à appuyer les exportations de défense et la coopération industrielle, bien que les procédures administratives formelles ne soient pas encore finalisées.
Les modalités précises de coopération avec Varsovie n’ont pas encore été communiquées publiquement, mais cette opération s’inscrit dans un contexte de renforcement des relations défensives entre les deux pays. Pour la Corée du Sud, la donation symbolique et pratique de son premier sous-marin à la Pologne constitue un atout majeur dans la compétition actuelle liée au programme Orka.
Un sous-marin emblématique et robuste
Le ROKS Jang Bogo est le premier véritable sous-marin de taille significative développé par la Corée du Sud. Construit par HDW en Allemagne, il a été lancé en septembre 1991, puis acquis en 1992 et mis en service en 1993 sous le numéro de coque SS-061. Son nom rend hommage à une figure maritime du royaume de Silla au IXe siècle. Durant sa carrière, il a parcouru environ 633 000 kilomètres, soit l’équivalent de plus de quinze tours du globe, et participé à des exercices majeurs tels que Silent Shark, Pacific Reach et RIMPAC, où il a réalisé des simulations d’attaques et des entraînements dans diverses conditions.
En 2024 et 2025, ses missions se sont principalement limitées à la formation de nouvelles recrues et au soutien d’ateliers de maintenance, la vétusté du bâtiment limitant son engagement dans des opérations à haute intensité. La mise hors service du Jang Bogo marque la fin d’une époque marquée par le développement significatif des capacités sous-marines sud-coréennes.
Caractéristiques techniques
Basé sur le Type 209-1200 allemand, le Jang Bogo est propulsé par quatre moteurs diesel MTU de la série 396 et un moteur électrique Siemens, totalisant environ 5 000 chevaux sur un seul arbre d’hélice. Il déplace environ 1 200 tonnes en surface et jusqu’à 1 400 tonnes en plongée, suite aux améliorations apportées incluant l’allongement de la coque sur certains exemplaires. Sa longueur initiale est de 55,9 mètres pour une largeur d’environ 6,3 mètres. Il peut atteindre des vitesses d’environ 11 nœuds en surface et 21 nœuds en immersion, avec une autonomie de 50 jours. Sa profondeur d’essai est de 500 mètres.
La structure est constituée d’un coque en acier HY80 pressurisé, abritant une équipage typique de cinq officiers et 26 marins. Des programmes réguliers de modernisation, réalisés tous les 8 à 12 ans, incluent la découpe et la ressoudure de la coque, ainsi que le remplacement des moteurs, batteries, équipements de navigation et systèmes de combat afin d’assurer la continuité opérationnelle. Le développement de batteries lithium-ion vise à tripler l’endurance par rapport aux batteries plomb-acide d’origine, renforçant ainsi les capacités globales de la classe.
Armement et systèmes
La classe Jang Bogo, également désignée KSS-I, est équipée de huit tubes lance-torpilles de 533 mm à proue, capables de lancer jusqu’à quatorze torpilles lourdes, notamment les SUT allemands et, plus tard, les torpilles sud-coréennes Baek Sang Eo. Certaines unités bénéficient d’une modernisation pour le lancement de missiles anti-navires UGM-84 Sub Harpoon, tandis que la classe peut déployer jusqu’à vingt-huit mines navales selon la mission.
Le dispositif sensoriel regroupe notamment l’ordinateur de gestion de combat ISUS d’Atlas Elektronik, le sonar coque CSU 83 et, dans une phase ultérieure, le sonar remorqué TB-1K, améliorant la détection en basses fréquences. Des mises à jour ont également inclus l’intégration de nouveaux périscopes et équipements optiques, ainsi que des contre-mesures électroniques, notamment contre les torpilles acoustiques, développées par LIG Nex1.

Le rayon d’action du Jang Bogo est d’environ 11 000 milles nautiques à 10 nœuds en surface, 8 000 milles nautiques à 10 nœuds en plongée avec schnorchel, et environ 400 milles nautiques à 4 nœuds en immersion complète sur batteries.
Le programme Orka et la modernisation de la flotte polonaise
En Pologne, le programme Orka vise à remplacer les sous-marins vieillissants du Projet 877E de la marine polonaise par quatre nouveaux bâtiments. Trois d’entre eux, d’une classe de 3 000 tonnes, formeront le socle de la future force sous-marine nationale. L’objectif est d’améliorer la sécurité maritime, renforcer la dissuasion et restaurer les capacités de déni d’accès, de patrouille à longue distance et de collecte du renseignement dans la mer Baltique et ses environs.
Les futurs sous-marins seront dotés d’armements modernes, torpilles lourdes et missiles anti-navires, ainsi que de systèmes de combat, capteurs et communications compatibles avec les normes OTAN. Le coût global du programme, incluant maintenance, réparations et révisions sur la durée de vie des navires, est estimé à environ 8 000 milliards de wons, soit près de 6 milliards de dollars.
La coopération industrielle joue un rôle clé dans ce processus. Les entreprises sud-coréennes ont proposé des offres qui privilégient la production locale, le transfert technologique et le soutien à long terme. Hanwha Ocean a proposé un package basé sur la classe KSS-III, comprenant des options de leasing, la cession d’anciens bâtiments, une collaboration avec les chantiers navals polonais et la création de centres de maintenance soutenus par d’importants investissements.
HD Hyundai Heavy Industries propose également des sous-marins de 2 300 et 3 000 tonnes développés en Corée du Sud, insistant aussi sur la participation industrielle locale. Côté européen, les concurrents principaux sont TKMS (Allemagne), Fincantieri (Italie) et Saab (Suède), tous avec des designs éprouvés en service auprès de marines européennes. La préférence politique et industrielle de l’Union européenne pour ses propres fournisseurs constitue un facteur important qui pourrait avantager ces compétiteurs.
Polonaise impose aux fournisseurs étrangers de s’aligner sur sa politique industrielle, ce qui inclut des engagements en matière de construction navale locale, formation des personnels et intégration des entreprises polonaises dans la chaîne mondiale d’approvisionnement. Les candidats doivent soutenir la production nationale en impliquant des chantiers polonais dans l’assemblage des sections de coque ou du sous-marin complet, ainsi que dans la création d’installations de maintenance et de modernisation à long terme afin de favoriser les évolutions futures.
Cette stratégie permettrait à la Pologne de mener des actions de formation, de tests et d’évaluations avant la réception des nouvelles unités, offrant un avantage pratique quelle que soit la décision finale. L’importance de cet aspect dépendra des négociations à venir, chaque candidat adaptant ses offres aux exigences spécifiques polonaises.
Des liens renforcés entre la Pologne et la Corée du Sud
Ce transfert s’inscrit aussi dans un contexte de relations défensives croissantes entre Varsovie et Séoul, accélérées depuis 2022 avec l’acquisition importante de chars K2, d’obusiers K9 et d’avions FA-50. Ces achats ont établi un cadre de coopération à long terme incluant livraisons échelonnées, participation industrielle et projets de production locale pour des systèmes clés.
Si les fournisseurs européens restent des concurrents solides, la démarche sud-coréenne combine le développement de nouvelles constructions avec la cession d’équipements anciens, des engagements industriels et un soutien logistique étendu. Le choix final de la marine polonaise prendra en compte des considérations stratégiques, l’interopérabilité avec les alliances, la planification à long terme de la maintenance, ainsi que des facteurs financiers et politiques.
En conclusion, le transfert du Jang Bogo de la marine sud-coréenne vers un éventuel service naval polonais représente un jalon symbolique fort pour la Corée du Sud, tout en constituant un élément concret dans le cadre d’un important programme européen d’armement naval.