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Des informations récentes suggèrent que plus de 100 militaires pakistanais ont perdu la vie lors de « l’Opération Sindoor », selon le Directeur général des opérations militaires (DGMO) indien, le lieutenant-général Rajiv Ghai. Si Islamabad reste officiellement silencieux, une fuite dans les médias pakistanais confirme que 155 soldats ont reçu des décorations à titre posthume dans le cadre d’une campagne interne distincte, « l’Opération Banyan Ul Marsoos », révélant ainsi indirectement l’ampleur des pertes que l’armée pakistanaise cherche souvent à dissimuler.

Ce n’est pas la première fois que l’armée pakistanaise est accusée de cacher ses pertes sur le champ de bataille. Depuis longtemps, les forces armées du pays pratiquent une suppression ou une manipulation des données relatives aux pertes humaines, une démarche motivée à la fois par des raisons politiques intérieures et la préservation de leur prestige militaire.

Une culture du secret bien établie

L’armée pakistanaise, qui exerce une influence considérable sur l’appareil politique et sécuritaire de l’État, protège fréquemment ses vulnérabilités internes de la visibilité publique. Les rapports officiels sur les pertes en combat sont rares, soigneusement censurés ou simplement jamais publiés.

Les experts militaires identifient deux motifs principaux à cette opacité :

  1. Maintenir le moral et la réputation :
    L’armée pakistanaise construit une image d’invincibilité et de rigueur, fondamentale pour sa légitimité en tant qu’institution la plus puissante du pays. Reconnaître publiquement un nombre important de pertes, en particulier lors d’opérations aux résultats limités, risquerait de ternir cette image et d’affaiblir le moral des troupes.
  2. Contrôler le récit public :
    L’armée gère strictement le discours national sur les questions de sécurité via la censure et l’intimidation. Les reportages indépendants sur les opérations militaires au Baloutchistan, au Khyber Pakhtunkhwa ou le long de la ligne de contrôle (LoC) sont souvent supprimés, ce qui permet à l’institution militaire de maintenir une narration de succès malgré des pertes importantes.

Cette affaire s’inscrit dans une tendance constante. Pendant le conflit de Kargil en 1999, le Pakistan avait initialement nié l’implication de ses troupes régulières, affirmant que les infiltrés étaient des militants kashmiris, jusqu’à ce que des prisonniers pakistanais et l’accumulation de corps rendent impossible le déni.

Dans les conflits récents contre le Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP) et les insurgés baloutches, les chiffres officiels publiés par la division Inter-Services Public Relations (ISPR) paraissent fréquemment sous-estimés par rapport aux évaluations indépendantes. Des documents fuités et des reconnaissances non officielles ont par la suite confirmé des bilans nettement plus lourds.

Au sein même du Pakistan, des parlementaires se sont plaints de ne pas avoir accès aux chiffres réels des pertes, l’armée affirmant que divulguer ces données « pourrait démoraliser les troupes ».

Alors que l’Opération Sindoor, évoquée par le DGMO indien, semble avoir causé des pertes substantielles aux forces pakistanaises, le silence d’Islamabad contraste avec la reconnaissance partielle liée à l’Opération Banyan Ul Marsoos, où 155 décorations à titre posthume ont été rendues publiques par des fuites médiatiques.

Cette révélation, probablement involontaire, suggère des pertes humaines plus importantes et illustre comment l’establishment pakistanais ne reconnait les sacrifices de ses soldats qu’en interne, loin du regard de l’opinion publique. Les analystes pensent que ces récompenses ont été attribuées pour honorer les troupes sans déclencher un débat public sur le coût réel des engagements militaires prolongés.

La réticence du Pakistan à admettre ses pertes ne relève pas uniquement de considérations morales, mais constitue une véritable stratégie politique de survie. La réputation de l’armée comme rempart ultime de la nation justifie son budget conséquent, son poids politique et son emprise sur la politique de sécurité nationale.

Dévoiler l’ampleur réelle des pertes pourrait :

  • Soumettre le commandement militaire à un examen public quant à ses erreurs tactiques et stratégiques.
  • Affaiblir la dominance de l’armée dans le jeu des rapports pouvoirs civils-militaires.
  • Mettre en lumière le coût humain des opérations secrètes ou transfrontalières contredisant les récits officiels.

Les révélations des médias pakistanais confirmant les distinctions posthumes lors de l’Opération Banyan Ul Marsoos, conjuguées aux déclarations indiennes sur les lourdes pertes lors de l’Opération Sindoor, mettent une nouvelle fois en exergue la politique systématique de dissimulation des pertes militaires au Pakistan.