Article de 850 mots ⏱️ 4 min de lecture

La force nucléaire sous-marine indienne s’apprête à franchir une nouvelle étape avec l’arrivée prochaine des troisième et quatrième sous-marins lanceurs d’engins balistiques (SNLE) indigènes : l’INS Aridhaman (S4) et son jumeau encore non nommé, désigné S4* (S48 Star). Prévue pour début 2026, la mise en service du S4 pourrait être rapidement suivie par celle de son sistership, attendu fin 2026 ou début 2027. Selon des sources proches du dossier, les retards dans les essais intensifs du S4 ont permis à la construction du S4* de se caler sur ce calendrier, les leçons tirées des premières difficultés ayant été rapidement intégrées au programme parallèle, assurant à ces deux mastodontes de 7 000 tonnes un saut qualitatif en furtivité et en puissance de feu.

Issus d’une évolution poussée du concept initial de l’Arihant, les sous-marins de classe S4 représentent une avancée majeure dans l’ingénierie navale indienne. Leur coque allongée vise à augmenter la capacité en missiles balistiques tandis que leur réacteur à eau pressurisée (REP) de 83 MW a été optimisé pour une meilleure efficacité énergétique. Arborant près de 75 % de composants locaux, ils reflètent la volonté du Commandement des Forces Stratégiques de consolider la capacité de seconde frappe autonome dans un contexte de tensions croissantes dans la région indo-pacifique.

Développés simultanément dans le cadre du projet secret Advanced Technology Vessel (ATV) au chantier naval de Visakhapatnam, S4 et S4* ont été construits à quelques mois d’intervalle seulement. Ils partagent une architecture quasi-identique, avec toutefois quelques perfectionnements progressifs sur le second exemplaire. L’INS Aridhaman (S4), pionnier de cette série, a rencontré des défis lors de ses essais en mer prolongés, notamment l’intégration d’un système de gestion de combat (CMS) modernisé et la compatibilité avec plusieurs variantes du missile balistique K-4. Ces contraintes ont décalé sa mise en service initialement prévue fin 2025 à début 2026.

Ces obstacles ont toutefois profité au S4*. « Les problèmes rencontrés sur le S4 ont été corrigés et les mêmes correctifs ont été appliqués sur le S4* », ont indiqué les sources, soulignant que le développement parallèle a permis un transfert de savoir-faire en temps réel. Les essais des deux sous-marins sont en cours, mais la montée en puissance du S4* s’accélère grâce à l’emploi de technologies déjà validées sur son prédécesseur. Lancé discrètement en octobre 2024, ce vaisseau, 1 000 tonnes plus lourd que l’Arihant d’origine, bénéficie ainsi de cette anticipation, réduisant les phases de tests redondants et accélérant la certification.

« Nous prévoyons que les sous-marins seront prêts à être remis à la marine indienne d’ici fin 2026 ou début 2027 », précisent les sources, insistant sur l’harmonisation de leurs calendriers induite par les délais du S4. Cette double approche minimise les risques tout en optimisant l’efficacité de la production. Chaque unité pourra embarquer jusqu’à 12 missiles K-15 ou 4 missiles à plus longue portée K-4, étendant la portée de la dissuasion sous-marine indienne jusqu’à 3 500 km.

Pratiquement jumeaux sur le plan structurel, ces deux sous-marins incorporent des améliorations significatives : extension de coque pour accueillir des systèmes de lancement vertical supplémentaires, revêtements anti-acoustiques pour une furtivité accrue et suites sonar indigènes rivalisant avec les meilleures références internationales. Le réacteur REP de 83 MW, perfectionné à partir du cœur de 80 MW de l’Arihant, garantit des patrouilles longues en immersion, un élément crucial pour la doctrine navale indienne qui opère sur deux océans. Par ailleurs, le S4* affiche un taux encore plus élevé d’indigénisation, notamment grâce à des contributions du secteur privé dans les composites et l’électronique, renforçant la résilience du programme face aux aléas des chaînes d’approvisionnement.

Cette synergie reflète la maturation progressive du projet ATV : depuis la mise en service de l’INS Arihant en 2016 jusqu’à l’entrée en service récente de l’INS Arighat en 2024, chaque version a réduit les durées de développement tout en augmentant les performances. Avec S4 et S4* opérationnels, la flotte indienne de SNLE comptera quatre unités, ouvrant la voie au lancement du plus imposant sous-marin de classe S5 (13 500 tonnes) prévu au début des années 2030.

L’arrivée imminente de ces deux sous-marins ne pouvait intervenir à un meilleur moment pour renforcer la dissuasion minimale crédible face aux autres puissances nucléaires de la région. Dans un contexte marqué par l’affirmation croissante de la Chine dans l’océan Indien et la modernisation des sous-marins pakistanais, ces SNLE capables d’effectuer des missions sous-marines de 90 jours garantissent une capacité de seconde frappe survivable, dissuadant toute forme d’aventurisme. Comme l’a résumé un expert naval, « S4 et S4* ne sont pas simplement des bateaux, ils sont les gardiens silencieux de la souveraineté ».