La Defence Research and Development Organisation (DRDO) s’apprête à lancer un ambitieux programme de recherche et développement sur les technologies des avions de chasse de nouvelle génération, visant des capacités au-delà des standards actuels de la cinquième génération. Un haut responsable de la DRDO a révélé en exclusivité que l’organisme prévoit d’explorer des innovations émergentes telles que le morphing des ailes, les nano-revêtements furtifs et les systèmes fly-by-light, des technologies appelées à transformer l’efficacité, la survie et l’adaptabilité des futurs avions au-delà du programme Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA).
Ces avancées, qualifiées d’« inédites pour les chasseurs actuels », doivent propulser l’Inde à l’avant-garde de l’aviation de sixième génération, où l’intégration fluide de structures adaptatives, de photoniques et de nanomatériaux pourrait permettre à des appareils d’imiter la souplesse de la nature tout en échappant aux détections multi-spectrales. « Il s’agit de garantir à l’avenir notre suprématie aérienne », a déclaré le responsable, soulignant la volonté de la DRDO de concevoir des avions capables d’évoluer dans des environnements hyper-concurrentiels, de l’Himalaya à la région de l’océan Indien (IOR). Toutefois, il a précisé que ces technologies en sont à leurs débuts et ne devraient pas se matérialiser avant 5 à 10 ans, nécessitant un investissement soutenu en vue d’une adoption effective dans les plateformes post-cinquième génération prévues pour les années 2040 et au-delà.
Au cœur de ces développements se trouve le morphing des ailes, une technologie biomimétique qui permet aux ailes d’un avion de modifier leur forme en plein vol pour optimiser leurs performances selon les différents profils de mission. Inspiré du vol des oiseaux — qui modifient la rotation et le cambrure de leurs plumes pour manœuvrer avec aisance — ce système remplace les surfaces de contrôle rigides telles que les volets et ailerons par des structures sans articulations, capables d’ajuster en continu le torsion, le cambrage et l’allongement des ailes. Cela pourrait réduire la consommation de carburant jusqu’à 20 %, diminuer les signatures acoustiques pour des approches furtives et améliorer la maniabilité en combat rapproché ou lors d’évasions.
Les travaux de la DRDO s’appuient sur des recherches antérieures, notamment un projet de 2022 visant à prototyper une aile rectangulaire capable de moduler le cambrage sur toute sa longueur en vol, validé par des tests en soufflerie au sein des National Aerospace Laboratories (NAL). Associées à des matériaux intelligents tels que des alliages à mémoire de forme ou des actionneurs piézoélectriques, ces ailes morphing permettent de minimiser la traînée en mode croisière tout en augmentant la portance lors des phases de décollage sur porte-avions ou des virages à forte accélération (high-G).
Parallèlement à cette innovation structurale, les nano-revêtements furtifs utiliseront des métamatériaux d’une épaisseur atomique pour manipuler les signatures électromagnétiques, acoustiques et visuelles. Ces couches nanostructurées, modulables par champs électriques, pourraient rendre les avions « potentiellement indétectables » en déviant les ondes radar, dispersant les émissions infrarouges et atténuant même le bruit des moteurs. Ce concept, illustré récemment dans des croquis pour l’avion furtif de sixième génération indien à configuration aile volante, s’appuie sur des propriétés d’auto-réparation et une absorption large bande allant du radar bande X aux détecteurs millimétriques, surpassant les matériaux traditionnels absorbants radar (RAM), plus lourds et sujets à la dégradation. Ces nano-revêtements seraient particulièrement efficaces face aux capteurs quantiques avancés chinois.
Enfin, les systèmes fly-by-light (FBL) remplaceront les traditionnels câbles cuivres des commandes fly-by-wire (FBW) par des fibres optiques, transmettant les commandes de vol via des impulsions lumineuses pour des temps de réponse quasi instantanés et une immunité totale aux interférences électromagnétiques. Dans un contexte où les armes à énergie dirigée et les menaces hypersoniques se développent, la bande passante du fly-by-light — jusqu’à 100 fois supérieure à celle des systèmes électriques — permettra une fusion temps réel des capteurs, une autonomie pilotée par intelligence artificielle, et une réduction de poids significative, pouvant économiser environ 500 kg par appareil.
Le responsable a souligné que si l’AMCA, le chasseur furtif de cinquième génération indien, reste la priorité immédiate avec un prototype attendu en 2028, ces technologies s’inscrivent dans une perspective dont la maturité se situera après 2040. « Elles ne seront pas prêtes en 5 à 10 ans, mais nécessitent encore du temps pour se développer pleinement », a-t-il précisé, en ligne avec les tendances mondiales où les programmes de sixième génération comme le Tempest britannique expérimentent déjà le morphing et la photonique.
Alors que la Chine teste des configurations ailes blends « combiners » avec des ailes-drones détachables et que les États-Unis dévoilent des concepts de morphing bionique, cette avancée de la DRDO marque la volonté de l’Inde de s’imposer en leader dans l’aviation adaptative. L’aboutissement de ces recherches ne se contentera pas d’équiper de nouveaux chasseurs : il redéfinira les espaces aériens, garantissant la pérennité de l’avantage stratégique de New Delhi.