La Défense indienne s’apprête à franchir un nouveau cap technologique avec le missile hypersonique indigène « Dhvani ». Prévu pour un essai en vol d’ici fin 2025, ce missile promet d’atteindre la vitesse Mach 6, soit environ 7 400 km/h, dépassant ainsi les performances du célèbre missile supersonique BrahMos. Ce développement place l’Inde parmi les rares nations capables de maîtriser les technologies hypersoniques, renforçant significativement ses capacités de dissuasion stratégique.
Ce test crucial, qui devrait se dérouler depuis un site côtier, s’appuie sur les avancées récentes de la DRDO en matière de moteurs scramjet et de prototypes de véhicules à trajectoire planante. Il marque une étape importante avant l’intégration opérationnelle du système, envisagée entre 2029 et 2030. Dans un contexte régional tendu, notamment le long de la Ligne de contrôle réelle en Himalaya ainsi que dans l’océan Indien, le missile Dhvani répond à la volonté de New Delhi de contrer des menaces technologiques majeures, telles que le DF-17 chinois et le système Avangard russe.
Le Dhvani est un véhicule à trajectoire planante hypersonique (HGV), une catégorie d’armes combinant un propulseur balistique avec une phase de vol plané aérodynamique, ce qui rend sa trajectoire difficile à prévoir. Contrairement aux missiles de croisière classiques qui maintiennent une propulsion active à basse altitude, le Dhvani est propulsé dans les couches supérieures de l’atmosphère, entre 40 et 100 km d’altitude, avant de « rebondir » sur l’atmosphère lors de ses multiples phases de vol plané. Cette technique à plus de Mach 5 permet non seulement une vitesse fulgurante mais aussi des manœuvres brusques, défiant la détection radar et la capacité d’interception.
Conçu par le Centre de Recherche et Développement Aéronautique (ARDC) de la DRDO, en collaboration avec le Laboratoire de Recherche Métallurgique de Défense (DMRL) basé à Hyderabad, le Dhvani devrait avoir une portée de frappe de 1 500 km avec des capacités de lancement depuis la mer, le sol ou l’air. Sa structure composite, intégrant des céramiques résistantes à la chaleur et des revêtements ablatives, supporte les contraintes thermiques extrêmes liées à la rentrée atmosphérique et au vol hypersonique prolongé, assurant la protection des charges militaires conventionnelles ou nucléaires.
Le BrahMos, fruit d’une collaboration indo-russe, est célèbre pour ses vitesses supersoniques de Mach 3 et une portée de 290 à 600 km, équipant un large éventail de plateformes, notamment les chasseurs Su-30MKI et le porte-avions INS Vikrant. Toutefois, le Dhvani dépasse nettement ces performances en franchissant la barre de Mach 5 et en pouvant frapper des cibles intercontinentales en moins de 10 minutes, ce qui rend obsolètes les systèmes de défense actuels. Sa vitesse maximale et sa capacité de manœuvre en vol augmentent considérablement ses chances de pénétrer les dispositifs de défense aérienne sophistiqués, vulnérabilité mise en évidence lors de simulations face à des systèmes équivalents aux S-400.
Par ailleurs, sa conception furtive et son profil de vol erratique réduisent considérablement les fenêtres de détection, contrairement au BrahMos dont le fonctionnement repose sur un statoréacteur au profil plus prévisible. Comme l’a résumé un expert de la DRDO : « Tandis que le BrahMos est un scalpel, le Dhvani est une ombre, invisible jusqu’à l’impact ». Son intégration possible sur des plateformes avancées telles que le chasseur de cinquième génération AMCA ou en complément des missiles balistiques Agni-VI pourrait étendre sa capacité d’attaque à distance, offrant à l’Inde une option de frappe rapide à l’échelle mondiale depuis son territoire.
Le succès des essais prévus en 2025 validera non seulement la structure et les systèmes de guidage du missile, mais ouvrira également la voie à des essais utilisateurs conduits par le Commandement des Forces Stratégiques d’ici 2027. Ce programme s’inscrit pleinement dans la politique d’auto-suffisance (« Atmanirbhar Bharat »), avec une composante indienne estimée à plus de 80 %, incluant des propulseurs à propergol solide du Centre spatial Vikram Sarabhai et des capteurs développés par le Centre de Recherche Imarat. Le financement provient d’un fonds de 25 000 crores rupies dédié à la recherche et au développement hypersoniques, reflétant la priorité accordée par le Conseil des chefs de cabinet dans le cadre d’une hausse de 12 % du budget de la défense.