Sous la direction du Dr Samir V. Kamat, président de l’Organisation indienne pour la recherche et le développement en défense (DRDO), l’Inde franchit une nouvelle étape majeure dans le renforcement de ses capacités de défense aérienne grâce aux essais utilisateurs en cours du système de missile sol-air Akash Next Generation (Akash-NG). Parallèlement, la DRDO développe une version à plus longue portée du missile Akash, visant à accroître les capacités d’interception de manière significative.
Si la portée officielle de l’Akash-NG est annoncée à 30 km, plusieurs sources spécialisées et rapports indiquent que le missile a démontré sa capacité à engager des cibles jusqu’à 80 km dans des conditions optimales, suscitant des interrogations sur la portée réelle de cette nouvelle variante. Ce développement illustre l’engagement de l’Inde à construire un écosystème de défense aérienne robuste et autonome, capable de faire face aux menaces aériennes en constante évolution.
L’Akash-NG est un système de missiles sol-air mobile à moyenne portée, développé conjointement par la DRDO, Bharat Dynamics Limited (BDL) et Bharat Electronics Limited (BEL). Il est conçu pour intercepter des menaces aériennes rapides et maniables telles que les avions de chasse, hélicoptères, drones et missiles de croisière. Le système intègre un lanceur en conteneur, un détecteur radar actif en bande Ku développé localement, un radar multifonction et un système de commandement, contrôle et communication, optimisés pour un déploiement rapide et une grande manœuvrabilité. Avec une vitesse atteignant Mach 2,5 et une altitude opérationnelle comprise entre 30 mètres et 14 km, l’Akash-NG peut engager jusqu’à dix cibles simultanément, avec un cadence de tir d’un missile toutes les dix secondes, ou des salves de trois missiles en 20 secondes.
Les essais en vol réussis, menés sur le site d’essais intégré (Integrated Test Range) de Chandipur, dans l’État d’Odisha, ont validé ses performances contre des cibles aériennes sans pilote rapides et à basse altitude. Le plus récent test, réalisé le 12 janvier 2024, a démontré la capacité du missile à intercepter et détruire une cible grâce à son chercheur à radiofréquence indigène, ouvrant la voie aux essais utilisateurs avec l’Armée de l’air et l’Armée de Terre indiennes. Dr Kamat, accompagné du ministre de la Défense Rajnath Singh, a salué le travail collaboratif mené par la DRDO, la IAF, BDL, BEL ainsi que les partenaires industriels privés comme Electropneumatics and Hydraulics India, soulignant le rôle de multiplicateur de force que représente ce système pour la défense aérienne indienne.
La portée revendiquée officiellement à 30 km a toutefois alimenté un débat. Des sources non officielles évoquent la capacité d’engagement de cibles jusqu’à 80 km dans certaines conditions. Ces estimations corroborent les analyses de Janes Information Services qui avancent une portée d’interception comprise entre 50 et 60 km, voire jusqu’à 70-80 km selon d’autres experts. Ces écarts s’expliqueraient par les paramètres opérationnels tels que l’altitude, la vitesse des cibles, leur section radar, ou la configuration du missile lors des essais. Le moteur à propergol solide à double impulsion de l’Akash-NG, progrès majeur par rapport au moteur à impulsion unique des systèmes comme le Vertical Launch Short Range Surface-to-Air Missile (VLSRSAM), permet une variation de la pousée et une économie de carburant grâce à une seconde phase d’accélération destinée à l’approche finale des cibles. Cette conception favorise une portée étendue par rapport aux moteurs classiques.
Comparativement, le VLSRSAM, conçu pour la Marine indienne, est officiellement porté à 50 km, ce qui suscite des questions sur la portée officielle plus réduite de l’Akash-NG malgré son système de propulsion plus avancé. Selon certaines sources, le chiffre de 30 km correspondrait à une estimation prudente, prenant en compte des engagements contre des cibles à basse altitude et très manœuvrables, tandis que la portée de 80 km serait atteignable dans des scénarios optimaux, par exemple contre des cibles évoluant à plus haute altitude ou à faible manœuvrabilité. La dynamique d’ajustement de la poussée conférée par le moteur à double impulsion améliorerait l’efficacité contre des menaces rapides et agiles, ce qui justifierait la portée étendue selon certaines conditions.
Enfin, l’annonce d’une variante Akash à portée encore supérieure confirme l’ambition de la DRDO d’étendre les performances du système au-delà de l’Akash-NG. Les détails restent limités quant à la plateforme retenue, qui pourrait soit s’appuyer sur l’Akash-NG, soit représenter une nouvelle configuration. Au vu des capacités démontrées de 80 km, la nouvelle version viserait vraisemblablement des portées supérieures, potentiellement proches ou au-delà de 100 km, pour faire face à des menaces avancées telles que les avions furtifs, les missiles hypersoniques ou les missiles de croisière longue portée. Cette évolution s’inscrit dans la stratégie plus large de défense aérienne indienne, déjà dotée du système russe S-400 Triumf (portée de 400 km) et du projet national Kusha (portée estimée entre 200 et 300 km).
Le développement de cette version longue portée repose également sur les enseignements tirés d’opérations récentes, comme l’Opération Sindoor en mai 2025, durant laquelle les systèmes indiens, incluant le S-400 et l’Akash, ont efficacement neutralisé des menaces aériennes pakistanaises. L’intégration de l’Akash-NG au réseau de commandement et de contrôle Akashteer, qui reliait capteurs et systèmes anti-drones durant cette opération, illustre le rôle clé du système dans l’architecture de défense aérienne en couches de l’Inde. Une variante à plus longue portée pourrait renforcer davantage cette intégration, offrant une meilleure couverture et une flexibilité accrue face aux menaces multiples.