La Force aérienne américaine définit un « as » comme tout pilote ayant abattu plus de cinq appareils en combat. Cela fait des décennies qu’aucun pilote américain n’a atteint ce statut, mais la donne pourrait avoir changé ce mois-ci.
Le 13 avril, l’Iran et ses alliés en Syrie et au Yémen ont lancé plus de 300 projectiles — plus de 150 drones ainsi que des dizaines de missiles balistiques et plusieurs missiles de croisière — en direction d’Israël. Des éléments militaires britanniques, français, jordaniens et américains ont aidé Israël à intercepter 99 % de ces munitions. Parmi eux, des F-15E des 494e et 335e escadrons de chasse de l’US Air Force ont abattu plus de 80 drones iraniens avant qu’ils n’atteignent leur cible.
Il est donc fort probable qu’au moins un pilote de ces deux escadrons réponde désormais aux critères pour devenir as. Ni les escadrons, ni le commandement des Forces aériennes américaines en Centrée (AFCENT) n’ont précisé le nombre de F-15E engagés, les armes utilisées, ni le nombre de drones abattus par appareil, mais les calculs suggèrent la présence de nouveaux as. Contactées, ces unités se sont contentées d’indiquer qu’AFCENT étudiait encore l’opération.
Le 335e escadron dispose de 24 F-15E, tandis qu’un porte-parole du 494e n’a pas précisé le nombre d’appareils actuellement en service. Lors d’une mission, toutes les machines ne sont pas toujours déployées simultanément, certaines étant gardées en réserve. Le F-15E est un chasseur-bombardier polyvalent capable d’engager aussi bien des cibles aériennes que terrestres, pouvant embarquer jusqu’à huit missiles en plus de son canon interne. La charge de missiles varie selon les missions, mais elle permet aisément à un F-15E d’accumuler cinq abattages ou plus.
Revenons aux chiffres. Même si tous les avions des deux escadrons avaient été engagés — ce qui reste peu probable et non confirmé — rien n’assure que chaque F-15E ait abattu un drone ni que ces destructions aient été réparties équitablement. Pourtant, avec plus de 80 drones abattus lors de « douzaines d’engagements » selon les autorités américaines, il est vraisemblable qu’au moins un pilote ait dépassé le seuil des cinq victoires, requis pour le statut d’as, au cours du week-end dernier.
Depuis la guerre du Vietnam, la Force aérienne américaine n’a plus officiellement reconnu de nouvel as, notamment parce que les combats aériens rapprochés ont perdu de leur importance dans les conflits modernes. Avec l’essor des drones de combat, cette tendance pourrait désormais évoluer.
Une question demeure toutefois : un drone constitue-t-il un abattage valable pour obtenir le statut d’as ? Ces engins sont dépourvus de pilote et ne permettent pas de véritables duels aériens. De plus, la taille du drone importe : les drones iraniens Shahed-136 et Shahed-131 sont des véhicules manœuvrables et bien plus gros que de simples drones commerciaux utilisés au combat. Ce débat n’est pas nouveau : durant la Seconde Guerre mondiale, la Royal Air Force britannique considérait les V-1, des bombes volantes allemandes, comme des abattages valides au crédit des pilotes. Si ce précédent est appliqué, la Force aérienne américaine pourrait donc reconnaître les drones Shahed comme des cibles légitimes pour les as.
Cette opération récente au Moyen-Orient n’est pas la première du genre. Depuis le début du conflit Israël-Gaza en octobre, les avions américains abattent régulièrement des drones et missiles lancés par le mouvement Houthi au Yémen, soit en vol soit en détruisant les lanceurs en amont. Ils participent également à des frappes aériennes plus larges dans la région. Ces succès s’accumulent. Ce mois-ci, la Marine américaine a publié des photos d’avions F-18 du groupe aéronaval du USS Dwight D. Eisenhower arborant des marques d’abattage, avec au moins deux drones et plusieurs missiles inscrits. Il n’est toutefois pas confirmé que ces pilotes aient atteint le statut d’as.
Sur le terrain, un soldat de l’armée américaine, le Specialist Dylan Green, engagé dans la 2e brigade de la 10e division de montagne, s’est vu attribuer le surnom d’« As de Syrie » après avoir confirmé cinq abattages de drones, sans néanmoins disposer d’un appareil de chasse.
Si un pilote de la Force aérienne est effectivement devenu as lors de cette mission, aucune photo ni annonce officielle n’ont encore été diffusées. Le règlement de l’US Air Force stipule qu’une telle distinction s’exprime par une étoile verte de 15 cm de diamètre, bordée de noir, apposée sous le nom du pilote avec une indication du type d’appareil abattu à l’intérieur. Reste donc à surveiller la présence d’un F-15E arborant ce nouveau marquage.