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La France envisage de commander une troisième piste catapulte EMALS pour son futur porte-avions, le PA-Ng, selon le projet de budget pour 2026. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un renforcement ambitieux des capacités navales et d’une montée en puissance de la défense nationale.

Le projet de budget 2026 précise que « le financement pour la troisième piste de catapultes ainsi que la mise à jour axée sur les données du Système de Gestion de Combat (CMS) dans son approche de développement progressif est prévu grâce aux crédits supplémentaires demandés par le Président de la République lors de son discours du 13 juillet 2025 ».

Ce discours présidentiel soulignait la nécessité d’augmenter substantiellement les dépenses de défense françaises face à des menaces jugées imminentes, notamment la Russie. Emmanuel Macron déclarait alors : « Pour être libres dans ce monde, il faut que l’on nous craigne », annonçant ainsi une hausse de 3,5 milliards d’euros en 2026, suivie de 3 milliards en 2027.

Selon des sources informées, la Marine nationale a toujours souhaité équiper le futur porte-avions PA-Ng de trois systèmes EMALS. Cependant, la décision finale concernant le nombre de catapultes à bord du navire relève d’un arbitrage politique de très haut niveau.

Les équipements EMALS et AAG, construits par la société américaine General Atomics pour équiper le PA-Ng, font l’objet d’un processus d’exportation réglementé par les autorités américaines.

Le projet de budget 2026 apporte par ailleurs les précisions suivantes sur le programme PA-Ng :

  • la poursuite de la conception préliminaire détaillée du navire ainsi que des études de réduction des risques associées pour 2025 et 2026 ;
  • la continuité des prévisions de mise en œuvre initiées en 2024, notamment pour l’acquisition à long terme et le développement de l’intégration des catapultes EMALS et des lignes d’arrêt AAG ;
  • la passation du contrat principal pour la construction du porte-avions de nouvelle génération.

Concernant les infrastructures dédiées au PA-Ng, les engagements pour 2025 comprennent la poursuite des diagnostics et études préparatoires pour la conception, la continuité du service, ainsi que les travaux préliminaires nécessaires à la phase de construction de l’infrastructure d’accostage. En 2026, ces travaux se poursuivront avec les études associées sur la construction, le dragage, le génie civil, les structures d’ingénierie et les équipements de manutention afin de lancer la construction du bassin à sec et du quai du PA-Ng.

À propos du futur porte-avions PA-Ng

Conçu pour remplacer à partir de 2038 le porte-avions Charles de Gaulle actuellement en service dans la Marine nationale, le programme PA-Ng a été approuvé en décembre 2020, lançant une phase de conception et de développement en deux étapes.

La Direction générale de l’armement (DGA) et le maître d’œuvre industriel principal MO Porte-Avions — une coentreprise de Naval Group et des Chantiers de l’Atlantique — ont conduit depuis des activités préliminaires de conception pour faire mûrir le design du navire avant le feu vert pour sa construction. Par ailleurs, TechnicAtome est en charge, sous contrat avec le Commissariat à l’énergie atomique, de la conception et de la fourniture de la propulsion nucléaire intégrant deux réacteurs à eau pressurisée K-22.

Le design finalisé présente un bâtiment d’environ 78 000 tonnes de déplacement, mesurant 310 mètres de long et près de 90 mètres de large. Il est dimensionné pour embarquer un groupe aérien composé de 30 avions de chasse, complétés par d’autres aéronefs à voilure fixe et rotative. Parmi les caractéristiques clés, on compte l’électrification des systèmes d’énergie à bord, une superstructure intégrée, un système EMALS à trois pistes, un système avancé de récupération AAG à trois câbles, deux hangars et deux ascenseurs pour aéronefs d’une capacité de 40 tonnes chacun, décalés sur tribord.

Le montage du PA-Ng est prévu à partir de 2032 aux Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire. Le navire sera ensuite transféré à Toulon à la mi-2035 pour finaliser les équipements, être ravitaillé en combustible, avant d’entamer ses essais en mer en 2036.

Avant l’autorisation de construction, la DGA a commandé en avril 2024 pour un montant de 600 millions d’euros des équipements et structures critiques auprès de MO Porte-Avions et de TechnicAtome. Parmi ces commandes figurent des composants des réacteurs, des enceintes de confinement et un générateur de vapeur secondaire, des éléments à délai de livraison long.

Les catapultes EMALS pour le PA-Ng

Lors de l’événement Navy Leaders CNE 2025, organisé à Farnborough le 21 mai 2025, le capitaine Thibault Lavernhe, officier du programme Marine nationale, a déclaré :

« Nous avons récemment lancé une campagne à Lakehurst, aux États-Unis, pour tester la compatibilité entre le Rafale et le système américain de lancement et d’appontage EMALS/AAG. C’est une étape majeure pour nous, et nous attendons un gain significatif notamment sur la masse maximale au décollage des chasseurs. Ce sera plusieurs tonnes de plus qu’avec le Charles de Gaulle ».

La DGA a été contactée en juin et septembre 2025 afin d’obtenir des précisions et des visuels sur ces essais, mais aucune information n’a été communiquée à ce stade.

Par ailleurs, le capitaine Lavernhe a expliqué que la conception initiale prévoyait deux pistes EMALS en avant, afin d’opérer simultanément des drones UCAV et des avions habités, du fait des différences dans les procédures de lancement entre ces deux catégories d’appareils.

Xavier Babasseur