La France et le Royaume-Uni renforcent leur partenariat de défense en annonçant la relance de la production du missile SCALP/Storm Shadow, le lancement d’un programme pour développer sa prochaine génération, ainsi qu’une coopération accrue dans le domaine nucléaire.
Ces annonces ont été faites à l’occasion de la visite du ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, sur le site de MBDA à Stevenage, en Angleterre, où une partie du missile est produite, en présence du secrétaire à la Défense britannique, John Healey. Cette rencontre coïncide avec la visite d’État du président Emmanuel Macron au Royaume-Uni et une réunion bilatérale avec le Premier ministre Keir Starmer.
Relance de la production du SCALP-EG/Storm Shadow
Depuis le site MBDA au Royaume-Uni, Sébastien Lecornu a confirmé que la France allait redémarrer la production du missile SCALP – nom français du Storm Shadow – pour la première fois depuis 15 ans. Les deux pays passeront de nouvelles commandes afin de reconstituer leurs stocks, sans toutefois préciser le nombre exact de missiles commandés.
« La production de missiles SCALP pour équiper nos forces reprendra cette année, 15 ans après notre dernière commande », a déclaré le ministre.
Le missile de croisière SCALP-EG/Storm Shadow est une arme franco-britannique développée dans les années 1990 par Matra et British Aerospace, actuellement fabriquée par l’industriel européen MBDA. Sa portée maximale atteint environ 560 kilomètres.
Ces missiles de croisière ont été fournis à l’Ukraine par la France et le Royaume-Uni durant l’été 2023 et ont depuis été employés contre plusieurs cibles stratégiques, notamment le pont de Chonhar reliant la Crimée aux territoires russes du sud de la région de Kherson, ainsi que le port de Sébastopol, où plusieurs navires de guerre ont été endommagés.
Développement d’une nouvelle génération de missiles de frappe profonde
Les deux pays ont également annoncé le lancement de la phase suivante du programme Future Cruise/Anti-Ship Weapon (FC/ASW), qui vise à remplacer le Storm Shadow/SCALP par un missile plus avancé à double capacité : frappes profondes terrestres et attaques maritimes.
Ce programme, lancé en 2017 et piloté par MBDA, devrait préserver environ 1 300 emplois hautement qualifiés au Royaume-Uni. Il s’inscrit dans la stratégie britannique plus large visant à faire de la défense un moteur de croissance économique dans le cadre du « Plan for Change », tout en renforçant la résilience nationale et les capacités de dissuasion.
Vers une coopération industrielle renforcée et l’intégration des nouvelles technologies
Les accords renouvelés dits « Lancaster House 2.0 » instaurent un nouveau cadre de coopération industrielle, qualifié par le Royaume-Uni d’Entente Industrielle. Ces partenariats vont s’étendre au développement conjoint de plusieurs technologies clés :
- Armes avancées à radiofréquence et énergie dirigée
- Nouveaux missiles air-air à longue portée au-delà de la portée visuelle
- Intégration de l’intelligence artificielle dans les futurs missiles et drones pour des attaques coordonnées
Plus largement, la collaboration sera approfondie dans des domaines comme la cybersécurité, le spatial et le renseignement tactique basé sur les données.
Coordination de la dissuasion nucléaire
Pour la première fois, la France et le Royaume-Uni ont publié une déclaration conjointe soulignant que, bien que leurs systèmes de dissuasion nucléaire demeurent indépendants, ils peuvent être coordonnés. Ils affirment qu’aucune menace extrême pesant sur l’Europe ne manquerait de susciter une réaction commune.
« Le Royaume-Uni et la France sont les seules puissances nucléaires européennes, avec des moyens de dissuasion contribuant significativement à la sécurité globale de l’OTAN », a déclaré le gouvernement britannique.
Cette initiative intervient alors que l’administration américaine encourage les membres européens de l’OTAN à prendre une plus grande part de responsabilité dans la sécurité du continent.
Clément Charpentreau