Malgré leur retrait prévu en septembre, les quatre hélicoptères NH90 de NHIndustries (NHI) de la Belgique pourraient rester en service grâce à un accord bilatéral visant à intégrer ces appareils de transport tactique au sein de la flotte de l’armée française.

Alors que Bruxelles continue d’exploiter et de moderniser ses quatre exemplaires de la variante navale NFH du NH90, le ministre belge de la Défense, Theo Franken, a annoncé le 10 juillet que les NH90 TTH (Tactical Transport Helicopter) utilisés par la composante aérienne belge seraient « démantelés » à partir de septembre.

Dans l’absence d’un remplaçant clairement identifié à court terme, la Belgique explore des options pour pallier la perte de capacité liée à l’arrêt des opérations des TTH.

Axel Aloccio, président de NHI et responsable du programme NH90 chez Airbus Helicopters, indique que la Belgique et la France « ont déjà entamé certaines discussions [au niveau gouvernemental] pour maintenir ces hélicoptères en vol ».

Les scénarios envisagés incluent une forme d’exploitation commune ou bien que l’armée française pilote les appareils pour le compte de la Belgique.

Il est à noter que la branche aviation légère de l’armée de terre française (ALAT) dispose d’un régiment équipé de NH90 basé à Étain, près de la frontière belge dans le nord-est de la France.

« Si la Belgique a besoin de cette capacité dans les 18 à 24 prochains mois, elle saura que ces quatre TTH sont toujours disponibles et que la France les a maintenus en état de vol », précise Aloccio. « Nous espérons parvenir à un accord avant la fin de l’année, ce qui serait positif ».

Sans critiquer la décision belge, Aloccio exprime une certaine « frustration » face à la présentation par Franken des TTH comme des hélicoptères « extrêmement coûteux à entretenir ».

Selon lui, la vraie raison de ce retrait réside dans le manque de ressources : essentiellement un déficit d’espace de maintenance, combiné à une pénurie de personnels navigants et de techniciens. « Ce n’est pas un problème lié au NH90 lui-même, sinon la Belgique aurait aussi pris une décision sur le NFH », souligne-t-il.

La Belgique est en effet satisfaite de ses NH90 NFH, largement utilisés, notamment lors de missions de recherche et sauvetage. À l’avenir, ces appareils seront également engagés dans des missions de guerre anti-sous-marine (ASW).

De leur côté, les autorités belges ont confirmé des discussions parallèles en vue de l’acquisition de huit hélicoptères lourds, sans préciser pour l’heure le modèle retenu. Maintenir l’accès aux capacités du NH90 demeure une priorité.

Ce projet de coopération s’appuie sur un contrat récent de maintien en conditions opérationnelles (MCO) signé entre NHIndustries et NAHEMA (Agence de gestion des hélicoptères de l’OTAN), assurant un support technique à long terme pour jusqu’à 239 NH90 en service en France, Allemagne et Belgique. Si la Belgique entend conserver sa variante navale NH90 NFH pour les opérations SAR et ASW, la décision de retirer les TTH semblait initialement contradictoire avec ce cadre de soutien. La coopération franco-belge apporte désormais une cohérence stratégique à ce plan d’appui.

En 2023, la Belgique a commandé 15 Airbus Helicopters H145M, attendus à partir de 2026. Ces bimoteurs légers de 3,8 tonnes sont parfois considérés comme un substitut partiel au NH90 TTH, de plus grande taille.

Aloccio minimise toutefois cette substitution en précisant : « Le H145M ne remplace pas ce que fait un NH90 : on ne peut pas embarquer 18 soldats entièrement équipés dans un H145M, ni disposer du même rayon d’action ». Il conclut : « Une coupure capacitaire est à prévoir si le TTH cesse ses missions ».

NHI est un consortium industriel regroupant Airbus Helicopters, Leonardo et GKN-Fokker. Conçu selon les normes OTAN pour les opérations navales et terrestres, le NH90 présente une structure avancée en matériaux composites, des portes latérales coulissantes et une rampe arrière hydraulique. Dans sa version TTH, il est optimisé pour le transport tactique, pouvant embarquer jusqu’à 20 soldats équipés ou 2 500 kg de charge interne. Il est motorisé par des Rolls-Royce/Turbomeca RTM322 ou General Electric T700, offrant une vitesse de croisière de 300 km/h et une autonomie d’environ 1 000 km.

Malgré ses qualités technologiques, le NH90 TTH a souffert d’une faible disponibilité et de contraintes logistiques complexes. La Belgique a invoqué des taux de disponibilité inférieurs à 40 % ces dernières années ainsi que des coûts élevés en heures de vol pour justifier le retrait des TTH. La France et l’Allemagne ont rencontré des difficultés similaires, mais des efforts récents d’optimisation logistique et de maintenance sur le terrain commencent à porter leurs fruits.

Un rapport de janvier 2025 de la DGA (Direction générale de l’armement) française a reconnu ces progrès tout en soulignant la nécessité d’un investissement accru dans l’écosystème de soutien autour de l’hélicoptère.

Dominic Perry