Le président Emmanuel Macron a annoncé lundi que la France allait renforcer son arsenal nucléaire et envisageait pour la première fois de déployer des avions armés de l’arme atomique dans des pays alliés, dévoilant un plan inédit visant à renforcer la sécurité sur le continent européen.
Depuis la base des sous-marins nucléaires stratégiques de l’Île Longue, à l’approche de la fin de son mandat, Emmanuel Macron a indiqué que huit pays européens, parmi lesquels l’Allemagne, la Pologne, la Suède et le Royaume-Uni, avaient accepté de participer à ce qu’il a qualifié de dispositif de « dissuasion nucléaire avancée ».
« Aujourd’hui plus que jamais, l’indépendance ne peut signifier l’isolement », a souligné le chef de l’État au cours de son allocution de 50 minutes, avec en arrière-plan l’un des quatre sous-marins lanceurs d’engins français.
« Nous traversons actuellement une période de bouleversements géopolitiques lourde de menaces », a-t-il ajouté, faisant référence notamment aux récentes frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, susceptibles de déstabiliser le Moyen-Orient.
Emmanuel Macron a précisé que les huit pays européens engagés dans ce projet allaient contribuer à renforcer la sécurité du continent en s’appuyant sur le stock nucléaire français.
« L’Allemagne sera un partenaire clé dans cette démarche », a-t-il affirmé.
Dans une déclaration commune publiée après le discours, la France, seule puissance nucléaire de l’Union européenne, et l’Allemagne ont confirmé la création d’un « groupe de pilotage nucléaire », précisant que cette initiative complète la dissuasion nucléaire de l’OTAN sans la remplacer.
Ces pays, incluant également les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce et le Danemark, pourront accueillir temporairement les forces aériennes stratégiques françaises, lesquelles se déploieront à travers l’Europe afin de « complexifier le calcul de nos adversaires », a expliqué Emmanuel Macron.
Ce dispositif pourrait également intégrer « la participation conventionnelle des forces alliées à nos activités nucléaires », à l’image des récents exercices militaires auxquels les forces britanniques ont pris part, a-t-il ajouté, en insistant sur le maintien d’un strict contrôle français sur la décision nucléaire.
La France et l’Allemagne ont indiqué qu’elles entameraient cette année même des premières mesures concrètes, notamment la participation conventionnelle allemande aux exercices nucléaires français.
« S’armer avec nos alliés »
Emmanuel Macron met à jour la doctrine nucléaire française alors que la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine entre dans sa cinquième année et que les partenaires de l’OTAN s’inquiètent du flou stratégique américain vis-à-vis de l’Europe.
Les assurances des responsables américains sur la continuité de la protection nucléaire des États européens dans le cadre de l’alliance atlantique ne suffisent pas à apaiser les craintes suscitées par l’instabilité politique sous la présidence de Donald Trump.
Le président français a insisté sur le fait que cette initiative s’ajoute à la mission nucléaire de l’OTAN.
Actuellement, les États-Unis stationnent des armes nucléaires dans cinq pays européens : l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et la Turquie.
Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé avoir ordonné une augmentation du nombre de têtes nucléaires, tout en précisant que la France ne divulguera désormais plus aucun détail sur son stock.
Ces mesures interviennent dans un contexte d’inquiétude de la part des alliés, qui redoutent que le possible succès de l’extrême droite eurosceptique incarnée par Marine Le Pen aux élections présidentielles de 2027 fragilise la coopération européenne.
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a déclaré que la Pologne était en discussion avec la France et d’autres alliés européens au sujet de mesures supplémentaires. « Nous nous armons avec nos amis pour que nos ennemis n’osent jamais nous attaquer », a-t-il affirmé sur X.
De son côté, le Premier ministre suédois Ulf Kristersson a également qualifié l’initiative de Macron de « positive ».
« Disperser nos forces »
La France dispose du quatrième plus grand arsenal nucléaire mondial, avec environ 290 têtes nucléaires. La Grande-Bretagne, désormais hors Union européenne, est la seule autre puissance nucléaire européenne.
À titre de comparaison, les États-Unis et la Russie, principales puissances nucléaires mondiales, disposent chacun de plusieurs milliers de têtes.
Jean-Marie Collin, de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN), estime que la France pourrait accroître son stock d’environ 50 à 100 têtes nucléaires d’ici une dizaine d’années.
Il critique également la décision de cesser la transparence sur le portefeuille nucléaire français, la jugeant « contraire à l’esprit » du Traité de non-prolifération.
Pour Rafael Loss, du Conseil européen des relations internationales, une victoire de l’extrême droite aux prochaines élections « pourrait remettre en cause beaucoup, voire la plupart, de ces avancées ».
« Les aléas politiques électoraux influent grandement sur la crédibilité de la dissuasion nucléaire perçue par alliés et adversaires — comme l’ont montré les événements depuis la réélection de Trump », a-t-il souligné.
Les leaders du Rassemblement National, Marine Le Pen et Jordan Bardella, ont vivement critiqué le plan de « dissuasion avancée » de Macron.
« Ce nouveau concept revient en réalité à disperser nos forces nucléaires sur le territoire européen », ont-ils déclaré dans un communiqué commun.
« D’ici la prochaine élection présidentielle, le Rassemblement National défendra avec la plus grande vigueur la souveraineté et l’efficacité de notre force nucléaire. »