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La frustration grandissante en Israël face au conflit à Gaza a déclenché dimanche une série de manifestations nationales marquées par des blocages routiers et la fermeture d’entreprises, dans le cadre d’une grève d’une journée organisée par des groupes représentant les familles des otages détenus par le Hamas.

Face à l’imminence d’une nouvelle offensive militaire israélienne dans les zones densément peuplées de Gaza, l’inquiétude grandit quant à la sécurité des 50 otages encore captifs, dont une vingtaine sont présumés vivants. Cette tension a donné lieu à l’une des manifestations les plus importantes et vigoureuses depuis le début des hostilités il y a 22 mois.

« On ne gagne pas une guerre sur le dos des corps des otages », scandaient les manifestants. Plusieurs anciens chefs des forces armées et du renseignement israéliens appellent désormais à une négociation pour mettre fin au conflit. Les protestataires ont investi des lieux symboliques tels que les domiciles de responsables politiques, les quartiers généraux militaires et des axes routiers majeurs, où ils ont allumé des feux de joie et bloqué la circulation. La police a procédé à 38 arrestations.

Parmi les témoins, Arbel Yehoud, ancienne otage, a déclaré lors d’un rassemblement à Tel Aviv : « La seule façon de ramener les otages est par un accord, tous ensemble, sans faux-semblants ». Son compagnon Ariel Cunio est toujours retenu par le Hamas. Certains manifestants portaient également la photo d’un enfant palestinien émacié, soulignant la montée de l’indignation face à la situation humanitaire à Gaza, où plus de 250 décès liés à la malnutrition ont été recensés.

Benjamin Netanyahu ferme la porte à un accord laissant le Hamas au pouvoir

Malgré les appels au dialogue, la fin du conflit paraît éloignée. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait face à des pressions internes importantes, notamment le risque de dissensions au sein de sa coalition. Il a averti : « Ceux qui réclament aujourd’hui la fin de la guerre sans vaincre le Hamas renforcent la position du Hamas, retardent la libération des otages et garantissent que les horreurs du 7 octobre se répèteront », rappelant l’attaque menée par le Hamas en 2023 qui avait fait environ 1 200 morts.

Une précédente tentative de cessez-le-feu assortie d’une libération d’otages avait provoqué des tensions au sein du gouvernement, avec des membres d’extrême droite menaçant de renverser Netanyahu. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a qualifié les manifestations de « campagne nuisible servant les intérêts du Hamas », dénonçant un « enterrement des otages dans les tunnels » et un risque de « capitulation » d’Israël mettant en péril sa sécurité.

Par ailleurs, le lancement de la nouvelle offensive nécessitera la mobilisation de plusieurs milliers de réservistes, suscitant des inquiétudes supplémentaires dans la population israélienne.

Autres pertes civiles dans la bande de Gaza

Les hôpitaux et témoins sur place ont rapporté qu’au moins 17 civils cherchant de l’aide humanitaire ont été tués dimanche par les forces israéliennes, dont neuf près du corridor de Morag en attente de convois de la mission des Nations unies. Des snipers israéliens ont ouvert le feu pour disperser les foules, suivis d’attaques à l’artillerie lourde, selon plusieurs témoignages.

Hamza Asfour a expliqué : « Il faut prendre ce risque ou rester et voir ma famille mourir de faim ». La Gaza Humanitarian Foundation, opérant les centres de distribution d’aide en territoire sous contrôle militaire, a affirmé qu’aucun tir n’a été signalé à proximité de ses sites. L’armée israélienne n’a pas pour l’heure commenté ces allégations.

La guerre aérienne et terrestre israélienne a déplacé la majorité de la population de Gaza et fait plus de 61 900 morts selon le ministère de la Santé local, rattaché à l’administration du Hamas. Environ la moitié des victimes seraient des femmes et des enfants. Ce ministère a dénombré dimanche sept décès liés à la malnutrition, dont deux enfants. Ces chiffres sont contestés par Israël, qui ne communique pas ses propres données.

Les Nations unies alertent sur un niveau de famine et de malnutrition inédit depuis le déclenchement des hostilités. Depuis mars, Israël a imposé un blocus total sur Gaza après la fin d’un cessez-le-feu. Les livraisons d’aide humanitaire, bien que partiellement reprises, restent largement insuffisantes au regard des besoins.

Enjeux et craintes autour de la prochaine offensive

Le calendrier de l’offensive israélienne dans Gaza, notamment dans la ville et les camps densément peuplés, reste inconnu. L’organisme militaire israélien en charge de la coordination humanitaire, COGAT, a annoncé prévoir d’évacuer de force les populations des zones de combat vers le sud pour leur protection. Or, ces « zones sûres » ont aussi été bombardées à plusieurs reprises durant le conflit.

Fuyant les combats, les Palestiniens, épuisés par la guerre, refusent massivement de se déplacer, dénonçant l’absence de lieu sûr dans la bande de Gaza. Ainsi, Raghda Abu Dhaher raconte avoir été déplacée dix fois et se trouver désormais dans une école de l’ouest de Gaza, tandis que Mohamed Ahmed affirme : « Ici, il y a des bombardements et là aussi ».

Attaques israéliennes au Yémen

En parallèle, des frappes aériennes israéliennes ont visé dimanche la capitale yéménite, intensifiant les attaques contre les rebelles houthis soutenus par l’Iran, qui ont lancé missiles et drones en direction d’Israël et ciblé des navires en mer Rouge depuis le début du conflit à Gaza.

Selon la télévision Al-Masirah des Houthis, ces frappes ont visé une centrale électrique dans le district sud de Sanhan, provoquant un incendie et une coupure de courant. L’armée israélienne a indiqué que ces opérations répondaient aux tirs de missiles et drones dirigés contre son territoire.

Malgré quelques ruptures de ses défenses antimissiles, notamment lors d’un conflit de 12 jours avec l’Iran en juin, Israël a intercepté la majorité des projectiles provenant du Yémen. Dans la soirée de dimanche, le système de défense israélien a intercepté un nouveau missile.