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Le ministère de la Défense britannique a annoncé son intention de transformer ses véhicules de combat d’infanterie Warrior excédentaires en plateformes de déminage télécommandées ou autonomes dans le cadre du Projet ATILLA.

Selon un avis d’information préalable publié le 21 août, « dans le cadre du Projet ATTILA, l’Autorité cherche à réduire les risques et accélérer les acquisitions futures d’un véhicule terrestre sans équipage (UGV) modulaire, autonome et capable de transporter une lourde charge utile, en exploitant des véhicules actuellement en service, dans le cadre d’un contrat à limites de temps et de coûts. Ce contrat vise à acquérir et à développer progressivement un système d’ouverture de brèche dans les champs de mines, optionnellement piloté par un équipage, basé sur le WARRIOR, utilisable au Royaume-Uni et à l’étranger par les Royal Engineers ».

Le ministère précise également que « l’Autorité requiert une capacité d’ouverture de brèche dans les champs de mines, optionnellement pilotée, conçue pour être déployable (attritable), pouvant être développée progressivement afin de réduire les risques et accélérer les acquisitions futures d’un véhicule terrestre sans équipage, modulaire, autonome et à forte charge utile. »

Le projet est organisé en deux phases simultanées dans le cadre d’un même contrat :

  • « Phase 1 : acquisition d’une capacité déployable minimale (Minimum Deployable Capability, MDC) comprenant jusqu’à six systèmes optionnellement pilotés, basés sur un véhicule en service (WARRIOR) équipé d’un matériel d’ouverture de brèche frontal (Front End Equipment, FEE) pour servir de capacité d’ouverture de brèche au niveau du groupe tactique (Battlegroup, BG). »
  • « Phase 2 : développement et itérations de la MDC pour évoluer d’un fonctionnement en télécommande vers l’autonomie complète, et affiner les spécifications pour les futures acquisitions de véhicules terrestres sans équipage. »

Les fournisseurs seront soumis à un test d’entrée rigoureux. L’avis précise que « les candidats devront confirmer, dans le cadre de leur réponse à la présélection (PSQ), leur capacité à fournir six systèmes d’ouverture de brèche optionnellement pilotés, capables de créer un passage sécurisé équivalent à ceux des plateformes actuellement en service (détails fournis dans la PSQ). Cette étape est éliminatoire : les fournisseurs incapables de fournir cette capacité dans les délais demandés seront exclus de la compétition ».

Le contrat, d’une valeur de 12 millions de livres sterling, s’étendra de janvier 2026 à mars 2028, avec une option d’extension d’un an à la discrétion du ministère de la Défense.

Pourquoi choisir le Warrior ?

L’analyse à l’origine du Projet ATILLA est simple. Le Warrior, autrefois pilier de l’infanterie blindée britannique, est en cours de retrait du service de première ligne. Cela laisse au ministère de la Défense un stock de châssis lourds chenillés possédant encore une mobilité, une protection et une capacité de charge importantes. Plutôt que de les mettre à la casse, le plan consiste à convertir ces Warriors en véhicules terrestres sans équipage (UGV), avec option d’équipage.

Le concept est d’équiper les Warriors d’outils frontaux d’ouverture de brèche tels que des herses, des rouleaux ou des charges explosives linéaires. Ces équipements leur permettraient de créer des passages dans les champs de mines, en franchissant les obstacles, tout en pouvant être conduits de manière classique avec un équipage ou à distance. À mesure que la technologie d’autonomie progresse, ces systèmes évolueront vers une conduite totalement autonome.

Cette approche présente plusieurs avantages :

  • Elle évite les délais longs et les coûts élevés liés au développement d’un UGV conçu spécifiquement.
  • Le poids et la protection du Warrior en font une plateforme résistante aux explosions de mines.
  • Le châssis chenillé offre la mobilité nécessaire pour franchir les obstacles et terrains difficiles.
  • Le maintien de l’option équipage permet une mise en service rapide et des tests avant la maturité complète des systèmes autonomes.

Un développement en spirale

Le Projet ATILLA est conçu selon un principe de « développement en spirale » : partir d’une plateforme existante, l’adapter aux besoins actuels, déployer une capacité minimale, puis améliorer progressivement. Les six véhicules de la phase 1 constitueraient une capacité déployable minimale, fournissant aux Royal Engineers un outil lourd et attritable pour le déminage. Simultanément, ces véhicules serviraient de bancs d’essai pour la doctrine, la technologie et les opérations, contribuant à affiner les besoins futurs pour une flotte d’UGV dédiée.

La phase 2 serait centrée sur le « développement et itération de la MDC pour passer du télépilotage à l’autonomie et affiner les besoins pour l’acquisition future d’UGV ». Les enseignements tirés des Warriors convertis pourraient alors orienter la conception d’une nouvelle génération d’UGV lourds, modulaires et spécifiquement développés.

Un contexte opérationnel plus large

Le ministère de la Défense souligne que ce projet répond à une lacune opérationnelle importante : le besoin d’un véhicule d’ouverture de brèche attritable. Cette notion implique que ces véhicules seront employés dans des environnements très dangereux, où des pertes sont anticipées. Leur caractère optionnellement piloté permet de prendre des risques sans exposer directement les soldats.

Cette démarche illustre une tendance plus large dans les armées occidentales, qui s’orientent vers des systèmes terrestres sans équipage capables d’assumer certaines des missions les plus périlleuses du champ de bataille. Ainsi, les Warriors convertis dans le cadre du Projet ATILLA joueraient un rôle de transition entre les véhicules blindés d’appui au génie traditionnels et les UGV lourds entièrement autonomes que l’Armée britannique pourrait déployer dans les années 2030.

Pour être clair, l’expression « drones Warrior » n’est pas exagérée. Six véhicules de combat d’infanterie retirés du service pourraient prochainement être équipés de herses et de rouleaux, dépourvus de tourelles, puis envoyer dans des champs de mines sous contrôle à distance ou autonome. Ce qui débute comme une solution transitoire pourrait amorcer une transformation plus profonde de la manière dont l’Armée britannique envisage le génie combattant et les missions à très haut risque sur le terrain.