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Alors que le conflit en Ukraine se poursuit, les alliés européens dépassent le cadre de l’aide militaire d’urgence pour s’orienter vers des partenariats industriels de défense durables. Cette évolution coïncide avec une volonté accrue de diversifier les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment en limitant la dépendance à la Chine, avec l’Inde désormais intégrée au débat stratégique, selon des experts et responsables rencontrés récemment.

Lors d’une audition devant la Commission américaine sur la sécurité et la coopération en Europe, plusieurs intervenants ont mis en avant le « modèle danois », une approche initiée par le Danemark qui consiste à injecter directement des fonds étrangers dans l’industrie de défense ukrainienne, au lieu de s’appuyer principalement sur des dons de stocks ou des achats via des pays tiers.

Le général-major Karsten F. Jensen, attaché de défense danois aux États-Unis, a expliqué : « Renforcer notre propre défense et soutenir l’Ukraine ne s’excluent pas mutuellement ; c’est une double stratégie pour renforcer la sécurité européenne ». Selon lui, ce modèle permet aux donateurs de financer les fabricants ukrainiens en fonction des besoins réels sur le terrain. « Le Danemark donne directement à l’industrie de défense ukrainienne plutôt que d’acheter uniquement du matériel militaire auprès de pays tiers ou de puiser dans ses propres réserves », a-t-il précisé.

Un projet pilote a permis la livraison de 18 systèmes d’artillerie commandés en juillet 2024, avec une mise en service opérationnelle complète dès septembre. En 2024, le Danemark a ainsi consacré environ 627 millions de dollars à ce dispositif, avec un soutien attendu proche de 2 milliards de dollars pour 2025.

L’experte en politique de défense européenne Sophia Besch a souligné une transition majeure : « Ce qui a commencé en 2022 comme une réponse d’urgence évolue vers une stratégie à long terme ». Elle rappelle qu’une Ukraine capable et rééquipée constitue aujourd’hui la première ligne de défense de l’Europe et renforce la dissuasion face à la Russie.

Kateryna Bondar, chercheuse au Wadhwani AI Center du Center for Strategic and International Studies et ancienne conseillère du gouvernement ukrainien, a quant à elle mis en lumière l’essor rapide de l’industrie de défense ukrainienne malgré un financement insuffisant. « La capacité de production annuelle de défense de l’Ukraine est passée d’environ un milliard de dollars en 2022 à plus de 35 milliards à la mi-2025 », a-t-elle indiqué, ajoutant que début 2024, Kiev ne pouvait toutefois acquérir que pour 6 milliards de dollars d’équipements.

Bondar a également révélé les fragilités des chaînes d’approvisionnement, notamment la dépendance critique à la Chine. « Russes et Ukrainiens utilisent les mêmes composants, surtout pour les drones. C’est un véritable problème », a-t-elle expliqué, soulignant que des efforts sont déployés pour diversifier les sources, incluant désormais l’Inde.

Elle a par ailleurs alerté sur le fait que les rivaux étudient de près ce conflit. « La Chine apprend de la Russie », a-t-elle ajouté, précisant que « Poutine s’est récemment rendu en Inde pour établir une coopération militaire bilatérale ».

Les témoins ont insisté sur l’importance centrale de la coopération industrielle pour assurer la résilience ukrainienne et préparer un éventuel processus de paix. Sophia Besch a affirmé : « La coopération industrielle est le socle de toute paix durable », soulignant que la dissuasion crédible repose sur une production fiable et scalable.

L’invasion russe de février 2022 a profondément poussé les alliés de l’OTAN à repenser leurs dépenses militaires, capacités industrielles et la robustesse de leurs chaînes d’approvisionnement. Désormais, l’Ukraine est de plus en plus perçue comme un avant-poste stratégique de la défense européenne.