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En 2025, Nurlan Aliyev publiait un article où il soulignait l’urgence pour l’OTAN d’agir fermement afin de protéger les infrastructures sous-marines critiques des tentatives de sabotage russes. Un an plus tard, il revient sur ses analyses pour faire le point sur les évolutions et les défis persistants.

Navire de recherche russe Yantar

Navire de recherche russe Yantar – Crédit : Andrey Luzik / Wikimedia Commons

Depuis votre article de 2025, où en est l’OTAN dans le renforcement de la dissuasion et de la défense des infrastructures sous-marines critiques dans les régions de la mer Baltique, de la mer de Barents et de l’Arctique ? Quels restent les points faibles ?

Depuis 2025, les membres de l’OTAN et de l’Union européenne ont renforcé leur coordination pour protéger ces infrastructures via une planification plus étroite et des actions conjointes, avec des initiatives telles que l’opération Baltic Sentry de l’OTAN et l’accord Lunna House entre le Royaume-Uni et la Norvège. Néanmoins, la configuration géographique complexe de ces zones, combinée à la présence russe permanente, interdit d’éliminer totalement la menace. Il demeure donc essentiel de poursuivre l’amélioration des capacités de surveillance, de coordination et d’intervention rapide.

Parmi les progrès notables, les alliés de la mer Baltique et l’Union européenne ont signé un protocole d’entente visant à protéger les infrastructures critiques sous-marines. En mai 2025, l’UE a renforcé sa résilience, complétant les efforts de l’OTAN et du Centre européen de cyberdéfense. En juin, la Pologne et la Suède ont établi le Pacte de la mer Baltique, visant à approfondir leur coopération bilatérale en matière de sécurité et de défense.

Ces débuts prometteurs annoncent un approfondissement attendu de la coopération européenne face aux activités asymétriques russes dans ces régions sensibles. Par ailleurs, le rôle actif des États-Unis au sein de l’OTAN, particulièrement sur le théâtre arctique, reste crucial. L’Alliance doit désormais accorder une attention renforcée aux capacités sous-marines russes, alors que ses navires de recherche servent de plateformes pour déployer et soutenir des systèmes robotiques. Malgré leurs contraintes financières et technologiques, les Russes développent continuellement ces équipements, tirant des enseignements du conflit ukrainien, ce qui fait de la dissuasion une priorité croissante.

Étant donné la frontière très floue entre navires civils de recherche et bateaux à visée militaire, quels indicateurs ou comportements l’OTAN et ses marines alliées doivent-ils surveiller en temps réel pour distinguer l’activité scientifique légitime de l’espionnage ou des préparatifs de sabotage ?

Les alliés doivent coordonner leurs activités et assurer une surveillance constante des mouvements des navires civils et militaires dans les zones sensibles, avec la capacité de dissuasion et de protection adaptée en cas d’attaque. Mais le défi principal réside dans la nature duale de ces navires de recherche, notamment des technologies robotiques sous-marines.

Ces systèmes, initialement destinés à des activités civiles telles que le suivi environnemental, l’inspection de pipelines, l’élimination de débris ou l’entretien des infrastructures offshore, peuvent être rapidement détournés à des fins d’espionnage, de reconnaissance ou même de sabotage. La principale direction russe en charge des recherches en profondeur (GUGI) intègre d’ailleurs ces technologies robotiques, conscientes que la majorité des opérations sous-marines modernes seront bientôt impossibles sans elles.

La Russie développe ces capacités pour des raisons sécuritaires mais aussi économiques. Les robots marins assistent dans l’évaluation des fonds marins pour l’extraction des ressources, facilitent l’ouverture de voies maritimes, et interviennent dans la construction et la maintenance des câbles de communication sous-marins. Ils peuvent aussi être utilisés pour des navires de transport autonomes.

Les conditions climatiques extrêmes et la navigation difficile dans les mers arctiques et les grands fleuves obligent Moscou à innover pour assurer le transport maritime et fluvial dans la zone arctique, essentiel pour l’acheminement des ressources extraites, mais aussi pour maintenir l’accès aux populations riveraines.

Cette tendance se confirme dans la Marine russe. Par exemple, l’amiral Aleksandr Moiseev, commandant en chef de la Marine, a récemment confirmé la création de régiments dédiés aux systèmes sans équipage, qualifiant leur présence d’« une réalité d’aujourd’hui » plutôt qu’un simple projet. Ces unités font partie des Forces des Systèmes sans Équipage, avec un premier régiment formé dans la Flotte du Nord depuis le 1er juillet, comprenant deux divisions de navires de surface autonomes et une division de véhicules sous-marins sans équipage. Des formations similaires sont envisagées pour la Flotte du Pacifique l’année prochaine, avec l’objectif de bâtir la première marine autonome russe dans le cadre du Programme d’Armement d’État en cours. Par ailleurs, la Russie cherche à étendre sa coopération avec les pays du BRICS dans ce domaine.

Vous évoquiez que les sanctions imposées après l’invasion de l’Ukraine ont handicapé la modernisation de la flotte de recherche russe, en particulier en interrompant la coopération avec les constructeurs étrangers. Ces sanctions freinent-elles réellement les capacités russes de sabotage sous-marin, ou Moscou trouve-t-elle des palliatifs ?

À l’image des flottes civile et navale russes, la flotte de recherche vieillit, de nombreux navires approchant de la fin de vie opérationnelle. Si la Russie prévoit de construire de nouveaux bâtiments, ce chantier se heurte à des obstacles majeurs : pénurie de main-d’œuvre qualifiée, accès limité aux technologies de pointe, et capacités restreintes du secteur naval national sous la pression des sanctions occidentales.

Avant même la guerre en Ukraine, les spécialistes russes signalaient plusieurs lacunes : absence de cadre réglementaire unifié, faible niveau en intelligence artificielle, difficultés techniques pour concevoir des systèmes adaptés aux conditions maritimes rigoureuses, et demande limitée de la part d’acheteurs hésitant sur la pertinence pratique des plateformes robotiques.

Les projets autonomes maritimes connaissent aussi des contraintes d’accès aux données satellitaires et aux communications, en raison des coûts élevés, ce qui les rend peu attractifs économiquement pour de nombreuses entreprises. Par ailleurs, la concurrence avec les chantiers navals conventionnels, bien connectés aux cercles décisionnels russes, limite les opportunités pour les développeurs spécialisés dans les systèmes sans équipage.

Enfin, un frein supplémentaire est l’absence de dispositif intégré pour coordonner efficacement les véhicules de surface autonomes, sous-marins, télécommandés, ainsi que les drones aériens, dans le cadre d’opérations combinées.

Avec le recul, que modifieriez-vous dans votre argumentation initiale ?

Avec du recul, j’insisterais davantage sur la nature duale de la flotte russe de recherche et des capacités robotiques maritimes, en soulignant leur double potentiel de plateformes scientifiques et d’outils de perturbation sécuritaire. Je mettrais aussi l’accent sur la nécessité d’anticiper et de préparer des contre-mesures adaptées.

Je considère qu’une coopération renforcée entre les institutions gouvernementales, les entreprises, les startups et le monde universitaire est essentielle pour élaborer des systèmes efficaces de surveillance et de protection des infrastructures sous-marines. Des initiatives scientifiques voient déjà le jour, comme le démontrent récemment des chercheurs norvégiens qui ont montré comment suivre les navires depuis le fond de la mer grâce à un câble de télécommunications existant. Ce système acoustique passif intégré au câble permet une surveillance continue et difficile à falsifier, illustrant le potentiel de la détection acoustique distribuée pour une surveillance maritime en temps réel. Ces approches sont cruciales étant donné que les infrastructures sous-marines sont exposées à des dommages accidentels mais aussi à des sabotages délibérés. Les États doivent donc financer ce type de recherches et favoriser la coopération entre académie et startups pour renforcer la sécurité sous-marine.