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Après plus de vingt ans de controverses, de dépassements budgétaires et de mises à la retraite anticipées, le Littoral Combat Ship (LCS) de la Marine américaine commence enfin à remplir l’une de ses missions initiales : la chasse aux mines.

Plusieurs bâtiments de la classe Independence sont désormais déployés à partir de Bahreïn, ou s’apprêtent à y arriver, équipés d’un ensemble complet de systèmes de contre-mesures contre les mines (MCM). Ces navires, autrefois affectés par des fissures structurelles, incarnent la dernière tentative de la Marine pour moderniser l’un des volets les plus anciens de la guerre maritime.

La menace des mines navales reste une préoccupation majeure. En 1988, l’USS Samuel B. Roberts a failli sombrer après avoir heurté une mine iranienne dans le Golfe Persique, ce qui a conduit au lancement de l’Opération Praying Mantis. En 1991, durant la guerre du Golfe, les USS Tripoli et USS Princeton ont été endommagés par des mines irakiennes. Ces engins, peu sophistiqués et datant parfois de plusieurs décennies, ont infligé d’importants dégâts à des bâtiments de guerre puissants.

Menace grandissante et nouvelle ère de la guerre des mines

De nos jours, la menace des mines s’est intensifiée. La Chine possèderait plusieurs dizaines de milliers de mines navales, incluant des mines de fond, des mines ascendantes et des mines-torpilles à propulsion par fusée. L’Iran conserve des stocks soviétiques tout en développant des modèles plus modernes et fabriqués localement. La Russie, héritière de plus de 300 modèles soviétiques, continue d’améliorer ses mines à influence dotées de capteurs avancés. Même la Corée du Nord dispose de ses propres conceptions nationales.

Cette menace est désormais dynamique : des véhicules sous-marins sans équipage (UUV) et des navires de surface sans équipage (USV) sont déployés en nombre croissant par des pays comme l’Iran et la Russie. Ces systèmes mobiles peuvent patrouiller, détecter des cibles et exploser comme des mines intelligentes. Bien que le module MCM du LCS ne soit pas spécifiquement conçu pour contrer ces drones navals, sa combinaison de sonars haute résolution, de systèmes autonomes et de capteurs aériens lui offre une capacité de combat réelle.

Un héritage renouvelé

Pendant des décennies, la Marine américaine s’est appuyée sur les dragueurs de mines de classe Avenger pour la guerre des mines. Construits dans les années 1980 avec une coque en bois recouverte de fibre de verre pour réduire leur signature magnétique, ces navires peuvent traîner des équipements mécaniques et à influence, déployer des plongeurs et opérer en eaux peu profondes. Mais ils sont lents, dépassés, dépourvus de véritables systèmes d’autodéfense et incapables de lancer des systèmes sans pilote ou des hélicoptères. Seuls huit Avenger restent en service.

La Marine utilise aussi des hélicoptères pour les contre-mesures aériennes : le MH-60S Seahawk embarque un pod de détection laser (ALMDS) et le système de neutralisation aérienne des mines (AMNS). Plus ancien, le MH-53E Sea Dragon peut tracter du matériel mécanique et sonar, mais il est très gourmand en entretien et vieillit rapidement, avec seulement 28 exemplaires encore actifs.

Un nouveau rôle pour le Littoral Combat Ship

Conçu à l’origine pour la guerre de surface, la lutte anti-sous-marine et les opérations contre les mines, le LCS n’a longtemps pas répondu aux attentes dans les deux premiers domaines. Toutefois, après des années de retard, son module de contre-mesures anti-mines a atteint sa capacité opérationnelle initiale en 2023.

Ce système regroupe plusieurs véhicules autonomes sous-marins et de surface, un sonar remorqué et un équipement de dragage à distance. Le véhicule sous-marin sans pilote Knifefish détecte les mines enfouies ou en surface grâce à un sonar large bande basse fréquence. Le système sonar AN/AQS-20C, tracté par un navire de surface sans équipage, analyse plusieurs profondeurs. Le système de dragage à influence sans pilote (UISS) simule la signature magnétique et acoustique d’un navire pour déclencher les mines en toute sécurité.

Un MH-60S Seahawk embarqué apporte des capacités complémentaires de détection et de neutralisation aérienne. Tous ces éléments sont modulaires, permettant des mises à jour ou des échanges en fonction des besoins.

En matière de survie, le LCS surpasse un dragueur classique. Il dispose d’un canon de 57 mm, de missiles Rolling Airframe, d’un lanceur SeaRAM, et il a même été testé avec des systèmes de missiles containerisés. Cela lui confère une meilleure aptitude à se défendre dans des environnements contestés.

Les premières missions opérationnelles complètes du module MCM ont commencé en 2024 avec des essais du USS Cincinnati à Bahreïn. Début 2025, les USS Canberra et USS Santa Barbara sont devenus les premiers LCS déployés avec la suite complète de chasse aux mines dans un rôle actif. D’autres suivront prochainement.

Le recours à des systèmes distants et la forte capacité défensive du LCS améliorent la sécurité des marins. La guerre des mines reste une mission dangereuse, ce qui renforce l’attrait du LCS dans ce rôle.

Un enjeu stratégique en pleine tension

La nécessité d’une capacité de déminage déployable est cruciale, notamment avec les menaces iraniennes dans le détroit d’Hormuz et l’apparition de drones maritimes hostiles. Le recours à de vieux dragueurs en bois ne suffit plus. Pour l’instant, le LCS offre une solution moderne, efficace et adaptée.

La classe Independence équipée de modules de chasse aux mines semble ainsi avoir trouvé un avenir, au moins pour cette mission précise. Aucune solution officielle de remplacement de la classe Avenger ou des capacités globales de guerre des mines n’est encore en préparation, mais les systèmes autonomes embarqués sur le LCS pourraient constituer le modèle à venir. Par ailleurs, la flotte de navires-drones appelée Ghost Fleet, développée par la Marine, paraît tout indiquée pour le déminage futur.