La Marine américaine a officiellement baptisé le futur destroyer USS Louis H. Wilson Jr. (DDG 126), un bâtiment de la classe Arleigh Burke Flight III à missiles guidés, lors d’une cérémonie tenue le 27 septembre chez General Dynamics Bath Iron Works à Bath, dans le Maine.
Ce destroyer est équipé des systèmes de combat avancés Aegis et d’un radar amélioré, constituant ainsi un ajout majeur à la flotte américaine, alors que les États-Unis se préparent à relever les défis croissants des zones maritimes stratégiques et disputées.
Le Louis H. Wilson Jr. est le troisième navire de la configuration Flight III de la classe Arleigh Burke, marquant une avancée technologique notable dans ce programme. L’élément clé de cette évolution est l’intégration du radar de défense aérienne et antimissiles (AMDR) AN/SPY-6(V)1, un système de capteurs révolutionnaire conçu pour détecter, suivre et discriminer un large éventail de menaces, allant des missiles de croisière et drones (UAV) aux projectiles balistiques et hypersoniques.
La sensibilité et la polyvalence multimission de ce radar dépassent largement les performances du précédent SPY-1D(V), permettant une défense simultanée contre les missiles balistiques et les menaces aériennes avec un seul ensemble radar.
Pour alimenter en énergie le puissant radar AN/SPY-6, le navire bénéficie de mises à niveau significatives de ses systèmes de production et distribution électrique, incluant des générateurs à turbines à gaz renforcés et une capacité auxiliaire accrue. Ces améliorations s’accompagnent également d’une architecture de refroidissement repensée, utilisant des unités d’eau froide à haute capacité, des zones de gestion thermique optimisées et une redondance accrue des systèmes de climatisation. Ensemble, ces dispositifs transforment la coque du Flight III en une plateforme Aegis capable d’opérer en continu dans des environnements à forte demande énergétique et dans des zones thermiquement exigeantes, comme le théâtre indo-pacifique.
Outre ces avancées sensorielles, le DDG 126 conserve le système de combat Aegis Baseline 10, éprouvé en conditions opérationnelles, avec la Capacité d’Interaction Coopérative (CEC) et une intégration complète au réseau naval de contrôle de tir intégré contre les menaces aériennes (NIFC-CA). Cela positionne le destroyer comme un élément clé des opérations maritimes distribuées, capable d’échanger des données de capteurs et des informations de contrôle de tir avec des groupes aéronavals, des plateformes sans équipage et des architectures antimissiles telles que THAAD et Aegis Ashore.
Le système de lancement vertical Mk 41 du destroyer, doté de 96 cellules, offre une puissance de feu flexible capable de lancer des missiles SM-2, SM-6, Tomahawk, ESSM ainsi que les futurs intercepteurs hypersoniques du programme Glide Phase Interceptor (GPI).
Comparé aux premiers destroyers Arleigh Burke Flight I introduits dans les années 1990, la variante Flight III représente un saut qualitatif en capacités de combat. Les navires originaux, bien que révolutionnaires pour leur époque avec le système Aegis multimission, étaient limités par leur radar SPY-1 et leur faible marge d’évolution pour l’intégration de nouveaux systèmes.
Le Flight III résout ces contraintes par un nouveau design de coque offrant une capacité électrique largement accrue, une infrastructure de refroidissement avancée et un volume utile accru pour accueillir armes, capteurs et architectures informatiques de pointe.
Alors que les premiers Arleigh Burke étaient surtout optimisés pour la défense aérienne et la lutte antisurface, les plateformes Flight III sont conçues dès l’origine pour la défense antimissile balistique, les frappes de précision longue portée, les opérations maritimes distribuées et le commandement et contrôle intégré multisectoriel. Leur système de combat à architecture ouverte autorise des mises à jour rapides des logiciels, une meilleure interopérabilité avec les alliés et une flexibilité renforcée face à de nouvelles menaces.
De plus, les Flight III sont prévus pour accueillir à l’avenir des armes à haute énergie, telles que les systèmes à énergie dirigée et les canons électromagnétiques, ce qui était impossible sur les coques précédentes sans modernisation majeure.
Les analystes navals voient dans la mise à l’eau du DDG 126 un tournant stratégique. Face à l’expansion de la présence navale chinoise en haute mer et à la modernisation de la flotte sous-marine russe, la capacité de la Marine américaine à déployer des destroyers multimissions dotés d’une fusion sensorielle et d’une puissance de feu supérieures devient cruciale.
Les destroyers Flight III sont précisément conçus pour ce défi, avec une puissance embarquée et une marge suffisante pour intégrer ultérieurement armes à énergie dirigée et canons à rail électromagnétiques, pour autant que ces programmes aboutissent.
En construction actuellement chez Bath Iron Works, aux côtés des DDG 124 (USS Harvey C. Barnum Jr.) et DDG 127 (USS Patrick Gallagher) ainsi que d’autres unités de la même série, le Louis H. Wilson Jr. illustre l’engagement de long terme de la Marine envers la classe Arleigh Burke comme fer de lance de la projection navale américaine. Malgré les discussions initiales sur la transition vers le programme DDG(X), la poursuite des investissements dans les coques Flight III traduit une confiance solide dans la pertinence durable du système Aegis jusqu’à au moins la fin des années 2040.
Le design de la coque et la propulsion reposent sur l’architecture éprouvée du DDG 51 : longueur d’environ 155,3 mètres, largeur de 20,3 mètres, déplacement plein charge supérieur à 9 700 tonnes métriques et vitesse maximale dépassant 56 km/h (plus de 30 nœuds), propulsé par quatre turbines à gaz General Electric LM2500. Toutefois, sous les ponts, le DDG 126 est une véritable colonne vertébrale digitale de la guerre navale, avec des environnements informatiques à architecture ouverte, une résilience cyber améliorée et une modularité de mission inédite.
Après son baptême, le USS Louis H. Wilson Jr. entamera la phase finale d’équipement et les essais en mer avant d’entrer en service actif. Une fois opérationnel, il sera probablement affecté à la Flotte du Pacifique ou à un groupe de frappe de haute disponibilité dans l’Atlantique, où ses capteurs et missiles offriront une valeur stratégique immédiate.
Dans un contexte marqué par le retour de la compétition des grandes puissances en mer, l’arrivée de destroyers de classe Flight III comme le DDG 126 procure à la Marine américaine une polyvalence, une capacité de survie et un potentiel de combat sans égal dans tous les scénarios de conflit maritime.
La Marine prévoit d’acquérir entre 24 et 25 destroyers Arleigh Burke Flight III d’ici 2025. Dans le cadre du contrat pluriannuel attribué en 2023, 10 exemplaires ont officiellement été commandés, avec des options supplémentaires pouvant porter ce nombre à 15 unités d’ici 2027.