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Le commandement des systèmes aériens navals des États-Unis a publié vendredi dernier un appel à manifestations d’intérêt afin d’évaluer les propositions industrielles pour une arme antiradar de nouvelle génération destinée aux opérations dans des zones contestées.

Au lieu d’annoncer directement une attribution, cet appel vise à définir les exigences d’un missile capable de traiter à la fois les émetteurs terrestres et les nœuds radar embarqués. Cette approche souligne l’importance croissante, dans les campagnes aériennes modernes, de perturber la chaîne capteur-tireur adverse plutôt que de cibler uniquement les lanceurs isolés.

Le document décrit un missile avancé de suppression des émissions (SEAD) conçu pour élargir le spectre des missions SEAD au-delà des affrontements classiques contre les radars au sol. Concrètement, le concept de double vocation désigne une arme capable d’engager des émetteurs dans plusieurs domaines, y compris ceux embarqués sur des plateformes aériennes qui contribuent à la gestion de l’espace aérien et au commandement de l’engagement.

Attaquer ces nœuds perturberait le maillon de soutien d’un système intégré de défense aérienne, ce qui pourrait dégrader la qualité du suivi, de la transmission des informations et de la coordination des opérations à distance opérative.

Sur le plan capacitaire, cette exigence insiste sur la couverture du chercheur dans les bandes de fréquences pertinentes, la résistance aux contre-mesures électroniques et les améliorations de performances par rapport aux systèmes actuellement déployés. La référence à des missiles comme l’AGM-88G AARGM-ER est significative, car cette famille est conçue pour contrer les tactiques de coupure d’émetteurs et les contre-mesures sophistiquées, illustrant ainsi la tendance actuelle des armes antiradiations. La compatibilité avec les plateformes existantes est également essentielle, avec une intégration prévue pour les avions de la famille Super Hornet et EA-18G Growler ainsi que pour les avions d’attaque concernés, alignant ainsi le missile avec les concepts d’emploi de la composante aérienne embarquée en environnement contesté.

Depuis longtemps, l’aéronavale américaine considère les armes antiradiations comme un outil clé pour neutraliser les éléments des systèmes intégrés de défense aérienne (IADS), permettant ainsi aux unités d’attaque de pénétrer ou d’évoluer à distance de sécurité. Toutefois, l’environnement tactique a évolué, les défenses modernes reposant désormais sur la mobilité, la diversification des fréquences, la détection passive et des architectures de capteurs en couches, complexifiant les confrontations traditionnelles basées sur le principe « radar actif, missile désactivé ».

L’intégration des objectifs embarqués avec émetteurs représente une extension logique de cette réalité : elle reconnaît que les défenses modernes sont de plus en plus interconnectées, combinant capteurs aériens et fonctions de gestion du combat pour bâtir un tableau opérationnel élargi.

Sur le plan tactique, une capacité équivalente au missile AESM (Air-to-Air Extended Suppression of Enemy Air Defenses Missile) modifierait considérablement la manière dont les planificateurs ouvrent des corridors au travers d’un IADS. Plutôt que de s’appuyer uniquement sur des brouillages d’escorte ou des tirs répétés d’armes antiradar contre des radars terrestres de surveillance et de conduite de tir, un missile à double capacité pourrait menacer la couche de détection et de coordination qui sous-tend les délais d’engagement.

En pratique, la neutralisation d’émetteurs AEW&C (alerte avancée et contrôle) peut diminuer la conscience situationnelle adverse, perturber la transmission de données vers les missiles sol-air (SAM) et les chasseurs de longue portée, et imposer des restrictions d’émission qui détériorent l’efficacité défensive.

Cette exigence s’inscrit dans un effort plus large visant à contrer les architectures anti-accès / déni de zone (A2/AD), en ciblant les « yeux et oreilles » du réseau de destruction. Dans une perspective stratégique, empêcher un adversaire de générer et de maintenir une image cohérente du champ aérien et maritime peut s’avérer aussi décisif que la destruction de ses lanceurs. En explorant une arme capable d’interagir aussi bien avec des émetteurs terrestres qu’avec des nœuds radar embarqués, la Marine américaine cherche à étendre ses options de disruption électromagnétique et cinétique, tout en préservant la survivabilité et la portée opérationnelle de sa puissance aérienne embarquée.

Rudis007