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La Marine américaine envisage d’utiliser le National Security Cutter (NSC) de la Garde-côtes comme base pour une nouvelle classe de frégates, suite à l’annulation de la majorité des navires du programme de la classe Constellation.

Des déclarations privées attribuées au secrétaire à la Marine, John Phelan, indiquent une préférence pour un design de coque américain et un contrôle plus strict des modifications de conception. Cette démarche vise à maîtriser l’accroissement des exigences, réduire les délais de développement, et permettre le déploiement du premier navire de cette nouvelle classe dès 2028.

Un porte-parole de la Marine a refusé de commenter davantage ces propos issus d’une réunion privée, se contentant de rappeler les déclarations publiques de John Phelan, qui a souligné la nécessité d’un navire au design national et la volonté d’imposer une surveillance rigoureuse des futures demandes de modifications, requérant pour toute évolution majeure une approbation directe des plus hauts niveaux.

L’équipe des acquisitions navales relie cette approche à un effort plus large visant à réduire les délais en stabilisant les conceptions avant le début de la construction, avec pour objectif affiché la mise à flot du premier bâtiment en 2028. Ce choix traduit une insatisfaction face aux pratiques antérieures, où la prise en compte de nouvelles exigences en cours de construction a contribué à des retards importants et à une hausse des coûts.

Dans son ensemble, cette volonté de s’appuyer sur le NSC pour réorienter la stratégie relative aux frégates témoigne désormais d’une priorité donnée à la rapidité, à la prévisibilité et à la stabilité industrielle.

Origines et évolutions du programme Constellation

La classe Constellation, initialement appelée programme FFG(X), visait à fournir à la Marine américaine une nouvelle génération de frégates capables d’assurer des missions d’escorte, de défense aérienne et de guerre anti-sous-marine, tout en réduisant la charge opérationnelle pesant sur les destroyers plus lourds. En avril 2020, la Marine a attribué à Fincantieri Marinette Marine un contrat de 795 millions de dollars pour la conception détaillée et la construction du navire de tête, avec des options permettant l’acquisition d’une série initiale de plusieurs unités.

Le design retenu était dérivé du FREMM franco-italien, la planification initiale insistant sur la limitation des modifications afin de maintenir maîtrise des délais et des coûts. Progressivement, le programme a été étendu à six unités contractées, tandis que la planification à long terme envisageait un premier lot d’au moins dix navires. L’objectif principal était d’introduire rapidement une frégate moderne en s’appuyant sur un design éprouvé, plutôt que de partir d’une conception entièrement nouvelle.

Au fil du temps, le niveau de modifications apportées au design initial a fortement augmenté, réduisant les bénéfices attendus d’un recours à une base éprouvée et provoquant des difficultés techniques. En 2025, il était estimé que le navire ne conservait qu’environ 15 % de similitude avec le modèle FREMM original, devenant ainsi une plateforme quasi unique.

En avril, la construction du premier navire était rapportée à environ 10 % d’avancement, avec une date de livraison repoussée à 2029, bien au-delà du calendrier initial. Les coûts ont également grimpé, passant d’une estimation initiale proche de 1 milliard de dollars par unité à environ 1,4 milliard.

Ces évolutions ont renforcé la crainte chez les responsables de la Marine que la structure du programme, permise des modifications récurrentes en cours de construction, génère retards et surcoûts difficiles à compenser une fois la production lancée.

Conséquences de l’annulation partielle de la classe Constellation

La décision d’annuler la plupart des unités de la classe Constellation, ne conservant que deux fragates, a des répercussions immédiates sur la structure des forces et la planification opérationnelle de la Marine. Les quatre derniers navires, dont la construction n’a pas encore débuté, seront radiés, tandis que les deux premiers bâtiments continueront d’être développés, leur sort n’étant pas encore définitivement tranché.

Ce choix prive la Marine d’une classe de frégates évolutive initialement prévue pour le déploiement, augmentant la dépendance envers les combattants de surface existants pour assurer les missions d’escorte et de présence. Avec la réduction du programme Constellation et l’absence d’une nouvelle classe déjà en production, cette dépendance s’étendra plus longtemps que prévu. Cela pèse notamment sur les destroyers, dont l’exploitation est coûteuse, et simultanément sur les National Security Cutters, dont la production n’était pas conçue pour une montée en cadence progressive, comme en témoigne l’annulation du 11e cutter prévue pour juin 2025.

Les défis de l’adaptation du NSC en fragate

Transformer un cutter NSC en frégate implique des décisions délicates liées à l’intégration des systèmes de combat, chaque ajout impactant le déplacement, les marges de puissance et l’équilibre général du bâtiment. Les concepts proposés par l’industrie pour des frégates de patrouille basées sur le NSC montrent un éventail de modifications possibles, allant d’adaptations modestes à des transformations plus approfondies.

Parmi ces concepts, la « Fragata de Patrulla 4921 » prévoyait notamment l’ajout d’un lanceur Mk 56 à 12 cellules pour missiles ESSM, la modernisation du canon principal en un modèle Super Rapid de 76 mm, l’intégration de lanceurs Harpoon et d’un lance-torpilles, ainsi que l’installation d’un sonar tracté. Ces améliorations s’accompagnaient d’une réduction significative de l’autonomie, passant de 12 000 à environ 8 000 milles nautiques, soulignant le compromis entre capacités de combat et rayon d’action.

Le principal défi pour la Marine sera de définir à l’avance une configuration stable, afin d’éviter la répétition des difficultés rencontrées sur le programme Constellation liées à des décisions de conception prises en cours de construction.

Jérôme Brahy