La marine chinoise se rapproche progressivement d’un niveau équivalent à celui des forces navales américaines dans la région du Pacifique, comme le témoignent le nombre croissant de porte-avions modernes et de navires d’assaut amphibies conçus et mis en service par Pékin.
La montée en puissance qualitative de ces navires à pont plat menace également d’effacer les avantages technologiques détenus jusqu’à présent par les bâtiments américains.
La Marine de l’Armée populaire de libération (PLAN) a su développer son programme de porte-avions bien au-delà de ses débuts modestes. Elle a récemment mis en service son porte-avions de classe Type 003 Fujian, construit sur le sol national, premier porte-avions hors des États-Unis équipé de catapultes électromagnétiques, une technologie déjà utilisée sur les porte-avions de classe Gerald R. Ford.
Les renseignements accessibles au public laissent également entendre que la Chine pourrait être en train de construire un superporte-avions à propulsion nucléaire — terme non officiel désignant les plus grands porte-avions. Avec cette évolution, la Chine pourrait rejoindre les États-Unis et la France parmi les rares nations exploitant des porte-avions nucléaires.
En novembre, le tout nouveau et ultra-moderne navire d’assaut amphibie Type 076, Sichuan, a quitté le port pour ses essais en mer. À l’instar du Fujian, ce navire est doté d’une catapulte électromagnétique capable de lancer aussi bien des avions pilotés que des drones. Ce type de bâtiment jouerait un rôle clé dans une hypothétique opération contre Taïwan, en permettant de lancer des drones pour frapper des cibles navales tout en maintenant pilotes et appareils précieux à distance, sous la protection de la puissance aérienne terrestre.
Ces navires à pont plat répondent à plusieurs objectifs dans la stratégie actuelle de Pékin : projeter la puissance maritime, acquérir une expérience opérationnelle en aviation navale, et étendre la zone défensive chinoise au-delà de la Première chaîne d’îles, qui comprend notamment le Japon, Okinawa, Taïwan, les Philippines et l’Indonésie.
Le programme porte-avions chinois a considérablement évolué depuis l’achat dans les années 1990 d’un porte-avions soviétique inachevé en provenance d’Ukraine, rebaptisé Liaoning. Bien que ses capacités fussent limitées, ce navire a servi de plateforme d’entraînement essentielle pour maîtriser les exigences de l’aviation embarquée.
Lancé en 2017, le premier porte-avions chinois construit entièrement localement, le Type 002 Shandong, avait laissé certains experts occidentaux sur leur faim. Pourtant, la Chine jouait la montre.
Avec la mise en service récente du Fujian, le PLAN a réalisé un saut technologique impressionnant. Ce porte-avions diffère fondamentalement de ses prédécesseurs par sa taille, proche de celle des superporte-avions américains, et par ses trois catapultes électromagnétiques — le Gerald R. Ford en possède quatre.
Ces catapultes augmentent la cadence de lancement d’appareils, notamment le chasseur à décollage court J-15 « Flying Shark », le chasseur furtif J-35, l’aéronef de combat sans pilote furtif GJ-11 Sharp Sword, ainsi que le KJ-600, un avion de surveillance et d’alerte avancée similaire au E-2 Hawkeye américain.
Par ailleurs, des images satellites du chantier naval Jiangnan à Shanghai révèlent que le futur porte-avions Type 004 pourrait être propulsé par énergie nucléaire, lui assurant un rayon d’action pratiquement illimité. Cependant, l’exploitation réussie de porte-avions nucléaires requiert une discipline rigoureuse en matière de maintenance, des équipes d’ingénierie très qualifiées et plusieurs décennies d’expérience.
Ces développements illustrent la montée rapide en puissance de la flotte chinoise, désormais mieux équipée pour affirmer son influence navale et représenter une menace accrue dans le Pacifique.