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La Marine indienne prépare une demande d’autorisation unique pour la construction simultanée de 12 sous-marins conventionnels du Projet-76 (P-76), dans le but de combler son déficit historique en capacité sous-marine et d’atteindre enfin son objectif de disposer d’une flotte de 24 unités d’ici 2040.

Des hauts responsables de la Marine ont confirmé que, en partenariat avec le groupe industriel Larsen & Toubro (L&T), la conception du premier sous-marin entièrement indigène de l’Inde est en cours d’accélération. Avec un déplacement en surface d’environ 2 500 tonnes, le Projet-76 sera plus grand que la classe Scorpène (P-75) et spécifiquement adapté à l’environnement de l’océan Indien. Il offrira une autonomie prolongée, une capacité d’emport d’armes augmentée ainsi que des marges technologiques pour l’intégration future de batteries lithium-ion et d’un système de propulsion indépendant de l’air (AIP) limité.

« Le design sera finalisé et soumis à l’approbation dans les 18 à 24 prochains mois », a indiqué un responsable du Projet-76. « Une fois validé, nous souhaitons que le gouvernement donne son feu vert pour l’ensemble des 12 sous-marins en une seule phase, permettant ainsi aux deux chantiers navals — L&T à Kattupalli, près de Chennai, et Mazagon Dock Shipbuilders Ltd à Mumbai — de lancer la production en série parallèlement à partir de 2031. »

Ce plan accéléré prévoit que chaque chantier livre un sous-marin tous les six mois après la mise à flot du premier exemplaire, ce qui permettrait de disposer des 12 unités à l’horizon 2041, dans un cycle de construction de dix ans rendu possible par les économies d’échelle, la standardisation des outillages et un rythme de production continu.

Cette urgence découle de contraintes rigoureuses. Entre 2035 et 2042, l’Inde mettra hors service ses sept sous-marins russes de classe Kilo (classe Sindhughosh) et ses quatre unités allemandes Type 209/1500 (classe Shishumar). Ce sont onze coques qui disparaîtront en une période de sept ans.

Même en comptant les six Scorpène du Projet-75 ainsi que les six sous-marins plus grands prévus dans le cadre du Projet-75I (dont le dernier est attendu seulement vers 2037–2038), la Marine atteindra difficilement 18 sous-marins conventionnels au début des années 2040, largement en dessous du plafond de 24 unités recommandé à plusieurs reprises par le Parlement indien et les chefs d’état-major successifs.

« Seul un contrat unique pour les 12 sous-marins du Projet-76 peut combler cet écart à temps », a déclaré un contre-amiral en poste au quartier général de la Marine. « Fractionner la commande en deux lots de six entraînerait un démarrage du second seulement après 2038-39, et la mise en service du dernier bateau n’aurait pas lieu avant 2048-50, c’est-à-dire au moment où les Scorpène commenceront à être retirés. Nous ne pouvons simplement pas nous permettre un programme étalé. »

Parmi les principales caractéristiques attendues :

  • Propulsion indépendante de l’air (AIP) dès la mise en service (le système AIP à pile à combustible développé par le DRDO est déjà testé à terre)
  • Batteries lithium-ion
  • Tubes lance-torpilles lourds et capacité de lancement vertical pour missiles anti-navires et de frappes terrestres
  • Système de combat entièrement intégré, basé sur une suite indigène de sonar et d’équipements électroniques
  • Propulsion par hélice à jet pour réduire la signature acoustique
  • Effectif réduit à moins de 45 hommes grâce à un haut niveau d’automatisation

La Marine et L&T étudient un modèle de production simultanée sur deux chantiers, inspiré des pratiques réussies au Japon (classes Soryu/Taigei) et en Corée du Sud (KSS-III). En commandant toutes les coques d’un seul coup, les coûts des matériaux pourraient baisser de 18 à 22 %, les effectifs de production resteraient stables, et les effets de courbe d’apprentissage seraient maximisés. Le premier navire nécessitera environ 60 à 66 mois de construction, soit une livraison prévue entre 2036 et 2037, puis chaque chantier produira un sous-marin tous les 12 mois.