La Marine indienne franchit une nouvelle étape majeure dans sa capacité de combat en réseau avec l’entrée en service de dix navires équipés du système d’engagement coopératif (CEC). Cette avancée la place au deuxième rang mondial derrière la marine américaine, renforçant significativement sa posture de défense maritime face aux menaces régionales croissantes.
La capacité d’engagement coopératif (Cooperative Engagement Capability – CEC) permet le partage en temps réel des données des capteurs entre plusieurs plateformes, pour un contrôle de tir intégré. En Inde, ce système a été déployé sur quatre destroyers de classe Visakhapatnam, trois destroyers de classe Kolkata et trois frégates de classe Nilgiri. Ce réseau sophistiqué, opérationnel depuis mi-2025, illustre l’insistance indienne sur le développement de technologies de défense souveraines, notamment grâce à la collaboration entre Israel Aerospace Industries (IAI) et la Defence Research and Development Organisation (DRDO).
Dans un contexte géostratégique tendu en Indo-Pacifique, marqué par l’expansion navale chinoise et les menaces asymétriques pakistanaises, le CEC accroît la capacité de la marine indienne à contrer collectivement les menaces aériennes et balistiques. L’intégration du système s’appuie notamment sur le radar multifonction à balayage électronique MF-STAR et le système de missiles Barak-8. Depuis un premier test réussi en 2019 lors d’un tir coordonné de missiles Barak-8 par les destroyers INS Kochi et INS Chennai, la technologie a été étendue aux principales unités de surface majeures.
Au total, dix bâtiments constituent aujourd’hui l’épine dorsale de cette flotte interconnectée, avec une standardisation du CEC sur les nouvelles constructions et des programmes de rétrofit prévus pour les plates-formes plus anciennes comme la classe Delhi. La communication sécurisée et résistante au brouillage garantit un échange fiable des données radar et crée une image composite de la situation aérienne, essentielle dans des zones stratégiques telles que la mer d’Arabie ou le golfe du Bengale. Cette avancée s’inscrit dans la vision stratégique de la Marine qui vise une flotte de 175 navires d’ici 2035, où le CEC sera intégré aux nouveaux porte-avions comme l’INS Vishal et aux futurs sous-marins du Projet 75I.
Les principaux avantages du système CEC en guerre navale :
- Une conscience situationnelle améliorée : Le CEC connecte les capteurs de multiples plateformes — navires, aéronefs, stations au sol — pour offrir aux commandants une vision en temps réel à 360° de l’espace de bataille, réduisant ainsi les angles morts et permettant la détection précoce des menaces.
- Une défense antimissile et antiaérienne renforcée : Le partage des données permet à un navire de tirer sur une menace détectée par un autre, allongeant ainsi la portée d’interception et multipliant les couches de défense. Par exemple, le radar d’une frégate peut guider un missile Barak-8 lancé par un destroyer pour neutraliser une menace au-delà de l’horizon propre.
- Une efficacité de combat et une force multipliée : Le système répartit de manière optimale les ressources défensives au sein d’un groupe naval, compliquant la saturation des défenses adverses par des attaques simultanées. Cette « coopération de tir » a été confirmée comme efficace lors des essais indiens, transformant une flotte en une unité de combat unifiée et redoutable.
- Une résistance accrue au brouillage électronique : Les liens de données sécurisés et à large bande passante du CEC sont conçus pour résister aux tentatives de perturbation, garantissant un fonctionnement continu dans un environnement électromagnétique contesté, ce qui est crucial face aux capacités d’attaque électronique chinoises.
- Des prises de décision et des réactions plus rapides : La fusion automatisée des données réduit les délais liés à l’intervention humaine, permettant des décisions d’engagement rapides, vitales notamment pour la protection des groupes aéronavals.
- Interopérabilité et évolutivité : Le CEC facilite l’intégration avec les forces alliées, comme lors des exercices QUAD, et permet d’accueillir les futures innovations telles que les systèmes sans pilote ou les armes hypersoniques. Il s’intègre aussi aux capacités aériennes comme l’avion de patrouille maritime P-8I Poseidon.
- Un rapport coût-efficacité intéressant : En maximisant l’utilisation des capteurs et armes existantes, le CEC réduit le besoin de plates-formes redondantes, abaissant ainsi les coûts sur le cycle de vie et renforçant la dissuasion sur deux fronts contre Pakistan et Chine.
Ces bénéfices ont été confirmés lors d’exercices majeurs tels que Tropex 2025 où les navires équipés de CEC ont simulé avec succès des défenses contre des attaques multiformes, atteignant un taux d’engagement supérieur à 90 %.
Avec dix bâtiments armés de ce système, la marine indienne se place désormais au rang des forces navales mondiales les plus avancées dans la défense aérienne intégrée, juste derrière la puissance américaine qui déploie ce dispositif sur plus de 100 unités. Cette capacité est essentielle pour protéger des axes maritimes vitaux, faire face à la stratégie chinoise dite « String of Pearls » et soutenir des opérations telles que la lutte antipiraterie dans le golfe d’Aden. Les extensions prévues, notamment le déploiement du CEC sur les futures frégates Nilgiri et les nouveaux bâtiments lance-missiles de la prochaine génération, participeront à affirmer les ambitions de la Marine indienne en haute mer.