La Marine indienne s’apprête à lancer un appel d’offres majeur pour la construction de quatre navires de débarquement amphibie de dernière génération (Landing Platform Docks, LPD), évalué à environ 80 000 crores de roupies. Ce projet ambitieux, l’un des plus importants de l’histoire de la construction navale de guerre en Inde, témoigne de la volonté de la Marine de moderniser ses capacités d’intervention amphibie face à l’évolution des enjeux de sécurité régionaux.
Selon un rapport récent, le ministère de la Défense devrait examiner cette proposition lors d’une réunion de haut niveau prochaine, ouvrant la voie à la publication de l’appel d’offres dans les semaines à venir. Les responsables de la Défense ont souligné que cette initiative mettra l’accent sur la construction indigène, en plaçant les grandes entreprises indiennes au cœur du contrat.
Les principaux candidats en lice incluent des acteurs majeurs tels que Larsen & Toubro (L&T), Mazagon Dock Shipbuilders Limited (MDL), Cochin Shipyard Limited (CSL) et Hindustan Shipyard Limited (HSL). Ces entreprises nationales devraient collaborer avec des partenaires étrangers de conception, parmi lesquels le groupe espagnol Navantia, le français Naval Group et l’italien Fincantieri. Cette coopération vise à intégrer une expertise mondiale à la pointe tout en assurant un assemblage complet en Inde, en cohérence avec l’initiative gouvernementale Make in India, qui favorise le transfert de technologies et renforce les chaînes locales de fabrication.
Les LPD constituent une classe polyvalente de navires d’assaut amphibies, souvent qualifiés de « bases flottantes » en raison de leurs fonctions multiples. Au-delà du déploiement classique de troupes et du transport de véhicules, ces bâtiments seront conçus pour répondre à des exigences opérationnelles avancées. Parmi leurs caractéristiques clés figurera l’intégration de drones navals à voilure fixe pour des missions de reconnaissance et de frappe, transformant ainsi ces navires en porte-drones aéroportés. En outre, ils assureront un rôle de centres robustes de commandement et de contrôle (C2), capables de soutenir des opérations continues depuis la mer sur de longues périodes, sans dépendance aux infrastructures terrestres.
Les sources de la Défense ont insisté sur l’armement défensif et offensif des bâtiments : systèmes complets de défense aérienne pour contrer les menaces aériennes, couplés à des missiles anti-navires à longue portée et à des essaims de drones pour des frappes de précision. Cette double capacité permettra aux LPD de soutenir des missions hors zone, de projection rapide de forces, ainsi que des opérations d’aide humanitaire et de secours en cas de catastrophe (HADR) dans des théâtres éloignés.
La Marine mène cette quête de capacités amphibies renforcées depuis plusieurs années, avec un premier appel à information (Request for Information, RFI) lancé en 2021 afin d’évaluer l’intérêt industriel. Ce processus long traduit une planification méticuleuse destinée à combler les lacunes en matière de guerre expéditionnaire, notamment dans la région de l’océan Indien où la présence navale croissante de la Chine soulève des défis stratégiques. Par l’acquisition de ces LPD, la Marine espère accroître sa capacité à mener des opérations conjointes avec l’Armée de terre et l’Armée de l’air, assurant ainsi des réactions rapides face aux crises, qu’il s’agisse d’affrontements frontaliers ou de catastrophes naturelles.
Les analystes du secteur considèrent ce programme comme un tournant majeur pour l’industrie de défense indienne. « Il ne s’agit pas seulement de construire des navires ; il s’agit de créer un écosystème autonome capable de rivaliser avec les standards mondiaux », a déclaré, sous couvert d’anonymat, un cadre supérieur d’une entreprise candidate. Cet investissement de 80 000 crores de roupies devrait générer des milliers d’emplois, stimuler la recherche et développement dans l’intégration des drones, et renforcer la position de l’Inde dans les collaborations navales internationales.