La marine indienne s’apprête à remplacer dès 2030 ses systèmes de missiles sol-air de défense rapprochée Barak-1 obsolètes, équipant ses principaux navires de combat. Ce renouvellement majeur s’appuie sur la validation des essais de développement du missile VL-SRSAM (Vertically Launched Short-Range Surface-to-Air Missile), conçu en Inde.
Dérivé du missile air-air Astra MkI, le VL-SRSAM offre une capacité d’interception rapide face aux menaces à basse altitude telles que les missiles de croisière et les drones évoluant en mer à faible altitude. Cette modernisation s’inscrit dans la stratégie à long terme de la marine indienne qui prévoit d’intégrer ce système via des lanceurs verticaux (VLS), remplaçant les trois unités VLS de 8 cellules actuellement équipées de missiles Barak-1 sur les destroyers et frégates les plus importants.
Fruit d’une collaboration entre l’Organisation de recherche et développement pour la défense (DRDO) et la marine indienne, le VL-SRSAM adapte la conception légère et maniable de l’Astra MkI pour un usage naval. Ce missile, initialement destiné à l’interception air-air avec un rayon d’action de 110 km, est doté d’un chercheur radar actif, d’une propulsion sans fumée et d’une grande manœuvrabilité, des caractéristiques réorientées pour assurer une défense navale à 360 degrés avec une portée d’engagement de 40 à 50 km. Les essais récents, notamment une interception haute vitesse en mode mer-rasante réalisée en mars 2025, ainsi qu’un test utilisateur complémentaire en septembre 2024, ont confirmé sa fiabilité, sa précision et son intégration avec les radars embarqués comme le MF-STAR.
Le missile utilise un chercheur radiofréquence pour garantir ses performances quelles que soient les conditions météorologiques. Son système de lancement vertical par cold-launch réduit la signature thermique et permet des salves denses depuis des conteneurs compacts. Ce mode de lancement pallie ainsi les limites du Barak-1, dont la portée plafonne à environ 12 km et qui montre une vulnérabilité accrue face aux contre-mesures électroniques. Le VL-SRSAM intègre par ailleurs plus de 80 % de composants indigènes, s’inscrivant dans la démarche « Atmanirbhar Bharat » (Inde autonome). Son architecture modulaire ouvre la voie à des versions terrestres, avec des essais sur camion prévus fin 2025.
Le Barak-1, un système d’origine israélienne entré en service dans les années 2000, équipe depuis plusieurs années la marine indienne comme système de défense rapprochée sur des unités telles que les destroyers de classe Kolkata, les frégates classe Talwar ou encore les bâtiments de la classe Shivalik. Chaque navire est généralement équipé de trois VLS de 8 cellules, totalisant 24 missiles prêts à l’emploi pour protéger la plateforme contre les menaces anti-navires. Toutefois, face au vieillissement du missile et à la raréfaction des pièces détachées aggravée par les tensions géopolitiques, le Conseil d’acquisition de la défense (DAC) a validé en août 2025 une modernisation à mi-vie afin d’assurer la transition jusqu’à l’entrée en service complète du VL-SRSAM.
Le remplacement débutera en priorité sur les navires à haute valeur stratégique, notamment les destroyers des projets 15A/15B, puis s’étendra à des corvettes spécialisées dans la lutte anti-sous-marine comme la classe Kamorta. Le VLS canistré du VL-SRSAM conserve la compatibilité avec les interfaces de lancement à chaud ou à froid existantes, minimisant ainsi la durée des travaux d’adaptation—estimés entre 12 et 18 mois par unité. Cette mise à niveau permettra d’abaisser le délai de réaction à moins de 5 secondes pour le lancement en salve, un atout clé pour contrer des attaques saturantes dans la région de l’océan Indien.
Le calendrier prévoit une montée en cadence progressive : après la certification des essais en 2026, s’enchaîneront des essais utilisateurs limités sur une plateforme d’essai comme l’INS Surat, avant le démarrage de la production initiale par Bharat Dynamics Limited (BDL) qui devrait dépasser 200 missiles par an dès 2028. L’objectif est d’intégrer pleinement ce système d’ici 2035 sur une vingtaine à vingt-cinq navires de surface majeurs, en soutien à la vision d’une marine forte d’environ 175 bâtiments.
Au-delà d’une souveraineté renforcée sur la défense de point, l’arrivée du VL-SRSAM complète l’arsenal indien en s’articulant efficacement avec des systèmes à plus longue portée, tels que le Barak-8 et le missile Akash-NG, pour former un réseau de défense anti-aérienne multi-couches robuste. Dans un contexte où les menaces asymétriques issues de drones et de missiles hypersoniques se multiplient, la performance en basse altitude démontrée lors des essais de 2025 consolide la place de l’Inde comme fournisseur clé de sécurité dans la zone indo-pacifique.