La Marine indienne s’apprête à intégrer son troisième sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE), l’INS Aridhaman (S4), marquant une étape majeure dans ses capacités stratégiques maritimes. Ce bâtiment de 7 000 tonnes, issu de la classe Arihant mais premier d’une série avancée dite classe S4, arrive au terme de ses essais en mer et devrait être opérationnel d’ici fin 2025. Cette progression renforce la dissuasion nucléaire maritime de l’Inde et solidifie sa triade nucléaire.
L’INS Aridhaman, construit dans le cadre du discret programme Advanced Technology Vessel (ATV) au chantier naval de Visakhapatnam, représente une nette évolution par rapport à ses prédécesseurs INS Arihant et INS Arighaat. Alors que les deux premiers SNLE de classe Arihant, entrés en service respectivement en 2016 et 2024, avaient déjà permis à l’Inde de devenir le premier membre non permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU à déployer des SNLE construits localement, l’Aridhaman introduit des avancées technologiques significatives qui en font un sous-marin de seconde génération. Selon des experts du milieu scientifique, il intègre plusieurs améliorations techniques majeures, améliorant sa capacité de dissuasion stratégique.
Avec un déplacement d’environ 7 000 tonnes, soit 1 000 tonnes de plus que l’Arihant et l’Arighaat, et une coque allongée à près de 130 mètres, l’INS Aridhaman est conçu pour embarquer un armement plus important tout en bénéficiant d’une meilleure furtivité et d’une plus grande autonomie. Il est propulsé par un réacteur compact à eau légère (CLWR) de 83 MW amélioré, développé par le Bhabha Atomic Research Centre (BARC). Ce réacteur offre une meilleure efficacité énergétique et un profil acoustique réduit, rendant le sous-marin plus discret face aux moyens de lutte anti-sous-marine adverses. Sa vitesse atteint 12 à 15 nœuds en surface et jusqu’à 24 nœuds en immersion, avec une endurance quasi illimitée, limitée uniquement par les provisions à bord.
Une des améliorations les plus notables réside dans sa capacité de tir. Contrairement à l’INS Arihant et l’INS Arighaat, qui disposent chacun de quatre tubes de lancement vertical (VLS) pouvant embarquer 12 missiles K-15 Sagarika (portée 750 km) ou quatre missiles K-4 (portée 3 500 km), l’INS Aridhaman embarque huit tubes VLS. Il peut ainsi transporter jusqu’à 24 missiles K-15, huit K-4, ou potentiellement des missiles K-5 en développement avec une portée de 6 000 km. Cette puissance de feu accrue permet au sous-marin de frapper des cibles profondes dans les terres depuis les eaux territoriales indiennes, renforçant significativement la capacité de seconde frappe, pierre angulaire de la politique nucléaire indienne de non-emploi en premier.
En plus, le sous-marin intègre des systèmes sonars, de navigation et de conduite de tir perfectionnés, issus du retour d’expérience opérationnel de ses prédécesseurs. Avec environ 70 % de contenu indigène, l’INS Aridhaman illustre la montée en autonomie de l’Inde dans la fabrication de ses équipements de défense, avec la participation de grandes entreprises nationales telles que Larsen & Toubro, Tata Power et Walchandnagar Industries.
Cette mise en service intervient alors que l’Inde cherche à contrebalancer la présence navale grandissante de la Chine dans la région de l’océan Indien. La marine chinoise (PLAN) exploite actuellement six SNLE de classe Jin équipés de missiles JL-3 d’une portée de 10 000 km, et son parc sous-marin total devrait atteindre 65 unités en 2025, puis 80 en 2035. Par ailleurs, le Pakistan, avec l’aide de la Chine, acquiert huit sous-marins d’attaque de classe Yuan Type-39, dotés de la propulsion indépendante de l’air (AIP), modifiant les équilibres navals dans la région. L’INS Aridhaman et la future base de sous-marins nucléaires INS Varsha, prévue pour 2026 dans l’État d’Andhra Pradesh, renforceront les capacités de frappe maritime et offriront une réponse stratégique solide à ces défis régionaux.
Au sein de la triade nucléaire indienne—composée de moyens terrestres, aériens et maritimes—le rôle des SNLE comme l’INS Aridhaman est essentiel pour assurer une dissuasion crédible. Ces sous-marins garantissent une capacité de seconde frappe sécurisée, permettant à l’Inde de riposter efficacement en cas d’attaque nucléaire initiale. Cela revêt une importance particulière face à la présence accrue des navires chinois dans l’océan Indien, avec en moyenne une dizaine de bâtiments de la PLAN déployés chaque mois, ainsi que la projection de patrouilles aériennes très longue portée à partir de 2025–26.