La Marine indienne anticipe une modernisation majeure en envisageant de remplacer les systèmes de défense rapprochée classiques, tels que le canon rotatif AK-630, par des armes à énergie dirigée. Parmi les projets en développement, le laser « Surya » de 300 kW, conçu par l’Organisation indienne de recherche et développement pour la défense (DRDO), apparaît comme un candidat prometteur pour contrer les menaces aériennes à grande vitesse comme les missiles de croisière, les drones et les roquettes.
Bien que cette orientation marque une avancée significative dans la modernisation des capacités navales, le déploiement opérationnel de ces systèmes d’armes à énergie dirigée (DEW) ne se fera pas à court terme. Les estimations actuelles prévoient un délai d’au moins une décennie avant que ces technologies puissent véritablement remplacer des plateformes éprouvées telles que l’AK-630 sur les nouveaux navires de guerre indiens.
L’intérêt de la Marine indienne pour les DEW s’inscrit dans une tendance mondiale vers des armements de nouvelle génération, capables de faire face à l’évolution rapide des menaces. Contrairement aux systèmes traditionnels de défense rapprochée basés sur des munitions cinétiques et limités par leur portée effective, généralement autour de 4 à 5 km, les armes à énergie dirigée présentent plusieurs avantages majeurs :
- Munitions illimitées : Alimentés par l’énergie électrique des navires, ces systèmes évitent la contrainte logistique liée à la gestion et au stockage des munitions physiques.
- Coût réduit : Intercepter des cibles telles que des drones ou des missiles avec un laser revient bien moins cher que d’utiliser des missiles ou des tirs de gros calibre.
- Précision et rapidité : Fonctionnant à la vitesse de la lumière, ces armes permettent des frappes quasi instantanées contre des menaces à haute vitesse, y compris des missiles supersoniques et des essaims de drones.
- Moindre risque collatéral : Contrairement aux munitions explosives, les lasers minimisent les dommages collatéraux, particulièrement utiles dans des environnements maritimes densément fréquentés.
Si l’AK-630 reste un système fiable et éprouvé, son efficacité est mise à mal face aux menaces modernes. Son cadence de tir très élevée (4 000 à 5 000 coups par minute) suffit contre les avions classiques ou les missiles de première génération, mais il peine à neutraliser les drones furtifs de dernière génération, les missiles hypersoniques ou les attaques saturantes par essaims. Les frégates du Projet 17A (classe Nilgiri) ainsi que les futures Vedettes à Missile de Nouvelle Génération (NGMV) intègrent un design modulaire, ce qui facilitera l’installation d’armes à énergie dirigée, complétant l’architecture de défense incluant notamment les systèmes Barak-8 et VL-SRSAM.
Les travaux du DRDO sur les DEW, particulièrement le laser « Surya » de 300 kW, placent l’Inde dans un cercle restreint de nations développant des technologies laser à haute énergie pour des usages militaires. Selon des responsables du DRDO, le système « Surya » a été conçu pour neutraliser efficacement plusieurs types de menaces aériennes, dont :
- Missiles de croisière : Atteignant fréquemment des vitesses supérieures à Mach 2, ces missiles nécessitent des solutions de défense à réaction rapide hors de portée de l’AK-630.
- Drones : Faciles d’accès et peu coûteux, ces drones utilisés dans les conflits asymétriques, comme en Ukraine, représentent une menace croissante pour les navires.
- Rockets et artillerie : La défense côtière demande également une protection contre les roquettes et munitions à courte portée.
La puissance de 300 kW du laser est un seuil important qui correspond aux standards internationaux capables de neutraliser des menaces « hard kill ». À titre de comparaison, le système HELIOS de la Marine américaine, évalué entre 60 et 150 kW, s’est montré efficace contre drones et petites embarcations, tandis que des lasers à 300 kW sont requis pour traiter des missiles. Le DRDO progresse actuellement de prototypes 100 kW vers l’implémentation complète du système « Surya », avec des démonstrations en cours pour valider les capacités de suivi et d’engagement des cibles.
Caractéristiques principales du système « Surya » :
- Forte puissance laser : Avec ses 300 kW, le système peut infliger des dégâts critiques en détruisant les composants clés ou en déclenchant la détonation des ogives.
- Technologie de ciblage avancée : Il combine des capteurs électro-optiques/infrarouges (EO/IR) et des radars pour détecter et suivre précisément des menaces rapides et difficiles à repérer.
- Conception modulaire : Adaptable à une large gamme de navires, des destroyers aux corvettes plus petites.
- Écosystème indigène : Son développement implique la collaboration étroite avec l’industrie indienne, soutenant l’initiative « Aatmanirbhar Bharat » (Inde auto-suffisante).
Compte tenu de ces éléments, la Marine indienne devrait conserver l’AK-630 et d’autres systèmes similaires, tels que le Phalanx CIWS sur certaines plateformes, pour une période d’au moins dix ans. Les navires plus récents, notamment les destroyers du Projet 18, pourraient intégrer les DEW comme systèmes principaux ou secondaires de défense rapprochée d’ici le milieu des années 2030, en maintenant l’AK-630 en complément durant la période de transition.
L’intérêt de l’Inde pour les armes à énergie dirigée s’inscrit dans un contexte mondial où les grandes puissances navales, telles que les États-Unis, la Chine et la Russie, investissent massivement dans ces technologies. Le développement chinois de lasers embarqués et le déploiement du système HELIOS par la Marine américaine illustrent l’importance stratégique croissante de ces armes pour contrer les menaces asymétriques et assurer la supériorité en mer. Pour l’Inde, l’adoption du « Surya » renforcerait la dissuasion dans la Région de l’Océan Indien (IOR), face à des risques variés, allant des missiles balistiques anti-navires chinois aux drones pakistanais ou aux batteries de missiles côtiers.