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La Marine indienne intensifie ses efforts pour obtenir l’autorisation de construire un second porte-avions national (IAC-2), soumettant un dossier détaillé au ministère de la Défense pour approbation officielle. Reprenant le déplacement de 45 000 tonnes de l’INS Vikrant, le porte-avions amiral de la Marine indiennement intégré en 2022, l’IAC-2 proposera des modifications de conception majeures ainsi que des avancées technologiques afin de répondre aux menaces maritimes croissantes dans la région indo-pacifique.

Avec un accord de principe déjà validé par le Defence Procurement Board, les planificateurs navals restent confiants quant à l’obtention du feu vert du Cabinet Committee on Security (CCS) d’ici 2026, permettant ainsi le lancement des travaux peu après. Ce projet vise à renforcer les capacités navales indiennes, dans un contexte marqué par une montée en puissance assertive de la marine chinoise.

L’INS Vikrant, construit par le chantier naval Cochin Shipyard Limited (CSL) pour un coût de 20 000 crores de roupies, représente l’entrée de l’Inde dans l’autonomie stratégique des porte-avions avec sa configuration STOBAR (décollage court, appontage assisté par brin d’arrêt). Il peut embarquer jusqu’à 36 appareils, incluant des chasseurs MiG-29K et des hélicoptères MH-60R. L’IAC-2, conçu pour être un proche « jumeau » en taille et en agencement, utilisera des plans éprouvés pour accélérer son développement tout en intégrant des améliorations ciblées offrant plus de polyvalence et d’endurance.

Parmi les innovations majeures, on compte l’adaptation aux opérations de véhicules aériens sans pilote (UAV), permettant une intégration fluide de drones comme le MQ-9B Reaper pour des missions de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR). Cette évolution s’inspire des expériences menées par des marines étrangères, notamment la Marine américaine avec ses essais d’aviation sans pilote embarquée, et s’inscrit dans le développement croissant de l’écosystème dronique en Inde.

D’autres améliorations engloberont une hausse de la part de contenu indigène, ciblant 90 % contre 75 % sur le Vikrant, par l’utilisation de matériaux composites avancés réduisant la signature radar, ainsi que des aménagements modulaires sur le pont destinés à accueillir ultérieurement des armes à énergie dirigée. Le porte-avions conservera sa conception à deux « îles », mais avec un aérodynamisme affiné pour optimiser le flux d’air, ce qui pourrait augmenter de 20 % le nombre de sorties aériennes journalières, jusqu’à 50 appareils en situation de pic.

L’IAC-2 ne sera donc pas un simple clone, mais une plateforme évoluée, adaptée au concept de guerre hybride où la collaboration entre systèmes pilotés et non pilotés est prépondérante. Selon un officier naval, « C’est Vikrant 2.0 – même empreinte, âme plus intelligente ».

La proposition officielle de la Marine, attendue début 2025, s’appuie sur l’approbation de principe accordée par le Defence Procurement Board en septembre 2024 pour une enveloppe estimée entre 40 000 et 50 000 crores de roupies via l’Acceptance of Necessity (AoN). Après l’avis favorable du CCS, prévu au premier semestre 2026, la construction pourra commencer fin 2027 chez CSL, avec une livraison anticipée entre 2032 et 2034. Ce calendrier compressé bénéficie des infrastructures créées pour le Vikrant, réduisant sensiblement les délais initiaux qui avaient atteint 13 ans.

Cette urgence s’explique par la nécessité de maintenir la viabilité de la flotte : l’INS Vikramaditya, ancien porte-avions russe modernisé (Admiral Gorshkov), fêtera 15 ans de service en 2028. L’IAC-2 est destiné à le remplacer directement, garantissant ainsi la présence permanente de deux groupes aéronavals opérationnels, sans pour autant augmenter la flotte au-delà des deux bâtiments, contrairement à certains projets passés qui envisageaient une force à trois porte-avions.

Le développement d’un porte-avions plus imposant de 65 000 tonnes (IAC-3, nommé INS Vishal), doté de catapultes électromagnétiques, reste quant à lui suspendu, la priorité financière étant donnée à d’autres programmes de défense essentiels, notamment la construction de six sous-marins du Projet 75-I.

À une époque où la Marine de l’Armée populaire de libération de Chine (PLAN) déploie trois porte-avions, y compris le nucléaire Fujian, l’IAC-2 est une pièce maîtresse de la stratégie indienne pour assurer son rôle de fournisseur de sécurité régionale.

Il permettra une projection de puissance soutenue dans des zones clés comme la mer d’Andaman et le golfe d’Oman, renforçant l’interopérabilité avec les alliés du Quad (organisation quadrilatérale de sécurité) et la dissuasion face aux risques de blocages dans des passages stratégiques tels que le détroit de Malacca. Le renforcement des capacités UAV étendra la portée sensorielle du porte-avions, en travaillant de concert avec les avions de patrouille maritime P-8I Poseidon pour offrir un espace de bataille réseau intégré.