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La marine pakistanaise fait face à un revers majeur dans la modernisation de ses sous-marins Agosta 90B, dont la mise à niveau menée par la Turquie a entraîné une augmentation significative de leur signature acoustique. Cette faille critique, révélée lors des essais en mer post-modifications, compromet la discrétion des unités et accroît leur vulnérabilité face aux systèmes anti-sous-marins de l’Inde, dans un contexte de tension accrue en mer d’Arabie.

La classe Agosta 90B, composée de trois sous-marins diesel-électriques d’origine française (PNS/M Hamza, Saad et Khalid), constitue l’épine dorsale des capacités sous-marines du Pakistan, essentielles notamment pour le blocus des voies maritimes indiennes en cas de conflit. Le programme de modernisation, confié en 2018 aux entreprises turques STM et Aselsan, visait à doter les bâtiments de capteurs modernes, de systèmes de combat avancés et de contre-mesures torpilles telles que le système Zargana. Or, les premières évaluations indiquent que les modifications ont paradoxalement amplifié leur signature acoustique, transformant des unités discrètes en cibles plus aisément détectables.

Ce programme de remise à niveau, lancé il y a plus de sept ans, devait prolonger la durée de vie opérationnelle des Agosta 90B de 15 ans tout en intégrant des équipements électroniques turcs, des batteries améliorées et des suites de guerre électronique. Le premier sous-marin concerné, le PNS/M Hamza, devait être prêt en 2023. Cependant, des retards imputés aux sanctions occidentales contre la Turquie et à des difficultés d’approvisionnement ont repoussé la finalisation à 2025. Le système Zargana d’Aselsan, testé avec succès en 2022, devait offrir une protection contre les torpilles en émettant des brouilleurs acoustiques à large bande.

Toutefois, l’addition de ces brouilleurs, bien que fournissant un « bruit puissant » destiné à dérouter les menaces, s’est accompagnée de problèmes d’intégration plus vastes qui ont détérioré la discrétion intrinsèque des sous-marins. Des sources anonymes au sein de la marine pakistanaise pointent du doigt la cavitation des hélices et les vibrations des équipements auxiliaires exacerbées par le recours à des composants turcs dont l’optimisation reste insuffisante. Lors des essais dans le nord de la mer d’Arabie, le niveau de bruit rayonné a été mesuré entre 10 et 15 décibels supérieur aux normes pré-upgrade. Cette hausse expose les Agosta aux détections par les avions de patrouille maritime P-8I Poseidon et les chasseurs de sous-marins de classe INS Kalvari de la marine indienne.

Ce constat s’inscrit dans la continuité des déceptions exprimées en juin 2025, lorsqu’un rapport soulignait les vulnérabilités stratégiques générées par les retards, réduisant la flotte à moitié de ses capacités avec deux unités immobilisées. Initialement saluée pour son coût maîtrisé – estimé entre 150 et 200 millions de dollars par sous-marin -, la coopération turque est désormais source de tensions diplomatiques, Islamabad envisageant même des sanctions contractuelles.

En matière de guerre sous-marine, le bruit est l’ennemi principal. Les capacités modernes de lutte anti-sous-marine (ASM) reposent notamment sur des réseaux sonar passifs capables de localiser un sous-marin par les moindres bruits de propulsion ou de pompes. Conçus dans les années 1980, les Agosta 90B présentaient une discrétion relative avec un niveau acoustique autour de 100-110 dB à pleine vitesse. L’augmentation post-modernisation à plus de 120 dB les rapproche de performances équivalentes à des sous-marins des années 1970, détectables à plus de 50 km par les sonars remorqués embarqués sur des frégates telles que l’INS Surat.

Cette dégradation affaiblit l’avantage asymétrique détenu par la marine pakistanaise dans les zones littorales, où les sous-marins doivent impérativement se faufiler face aux défenses multiples de la marine indienne, incluant hélicoptères MH-60R Seahawks, Sea King dédiés à l’ASM, et armements ASM/SOW autochtones. Lors d’exercices militaires, les Agosta plus bruyants auraient du mal à franchir les zones stratégiques contrôlées par l’Inde, exposant les forces de surface pakistanaises aux frappes.

Des analystes de l’Observer Research Foundation (ORF) anticipent même que ce handicap pourrait contraindre le Pakistan à s’appuyer davantage sur les sous-marins chinois de classe Type 039A Yuan, dont l’acquisition alourdirait sensiblement les dépenses dans un contexte économique difficile.

Le problème de bruit n’est pas un cas isolé, mais le reflet de la dépendance croissante du Pakistan à des fournisseurs non occidentaux, dans un contexte marqué par les restrictions du CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act). Si les corvettes MILGEM turques offrent certains succès, les difficultés rencontrées dans le domaine sous-marin accentuent les lacunes de la dissuasion pakistanaise, surtout après les affrontements de mai 2025 où la marine indienne a démontré une dominance incontestée dans les zones de rivières de la frontière.

Face à cette impasse, Islamabad pourrait retourner vers la France pour des travaux correctifs, un choix ironique compte tenu de l’origine française des sous-marins, ou accélérer les acquisitions de la classe Hangor auprès de la Chine. Pour New Delhi, les résultats confirment la supériorité de ses investissements dans les sous-marins Scorpène : plus silencieux et équipés de propulsion indépendante de l’air (AIP), les Kalvaris surpassent désormais les Agosta modernisés lors des essais de furtivité.