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La demande budgétaire de la Marine américaine pour l’exercice 2026 représente l’effort le plus ambitieux en matière de construction navale depuis plusieurs années. Après une demande de seulement six nouveaux navires lors du dernier exercice, puis neuf l’année précédente, la Marine sollicite désormais la construction de 19 bâtiments supplémentaires, incluant des sous-marins d’attaque, des destroyers, des navires amphibies et des bâtiments de soutien, pour un total d’environ 47,3 milliards de dollars.

Avec un budget proposé de 292,2 milliards de dollars, soit 11 milliards de plus que l’année précédente, la Marine met également l’accent sur le développement de missiles hypersoniques, d’armes à énergie dirigée, de systèmes sans pilote et de capacités sous-marines. Néanmoins, la priorité centrale reste la construction d’un plus grand nombre de navires afin de réduire l’écart face à la marine chinoise, dont la croissance rapide constitue une menace stratégique majeure.

La demande budgétaire 2026 inclut la construction d’un sous-marin lanceur d’engins de la classe Columbia, de deux sous-marins d’attaque de la classe Virginia, de deux destroyers de la classe Arleigh Burke, d’un transport amphibie de la classe San Antonio, d’un navire d’assaut amphibie de la classe America, de neuf navires de débarquement moyen, de deux ravitailleurs en mer de la classe John Lewis et d’un navire de surveillance océanique de la classe Impeccable. Cette commande représente la plus importante demande de nouveaux navires depuis 25 ans.

Ce plan s’inscrit dans la stratégie globale de la Marine visant à porter la flotte à 390 navires d’ici 2054, conformément aux orientations annoncées par l’administration Trump dès 2016. Cependant, transformer les intentions budgétaires et les discours politiques en unités opérationnelles reste un défi majeur.

La Marine fait actuellement face à des retards importants et à des dépassements budgétaires dans plusieurs de ses programmes de construction navale. Selon un rapport récent du Government Accountability Office, la flotte américaine n’a pas réussi à croître malgré un doublement du budget consacré à la construction navale sur les vingt dernières années. La plupart des programmes majeurs, notamment ceux concernant les sous-marins de classe Virginia et les destroyers Arleigh Burke, accusent aujourd’hui plusieurs années de retard. Ces difficultés résultent notamment de la pénurie d’installations adaptées au sein des chantiers navals et d’un manque de main-d’œuvre qualifiée.

Le 9 avril, l’ancien président Donald Trump a signé un décret exécutif intitulé « Restaurer la domination maritime américaine », qui prévoit une révision complète de la base industrielle maritime. Ce plan ambitionne de coordonner un sursaut dans les domaines réglementaire, commercial, des investissements, de la formation des travailleurs et de la capacité industrielle afin d’enrayer des décennies de déclin.

Dans ce cadre, la Marine sollicite pour 2026 près de 989 millions de dollars pour son Programme d’Optimisation des Infrastructures des Chantiers Navals, contre 513 millions demandés l’année précédente. Ce programme vise à moderniser les quatre principaux chantiers navals de la Marine situés à Norfolk (Virginie), Portsmouth (Maine), Puget Sound (Washington) et Pearl Harbor (Hawaï), des installations dont la moyenne d’âge est de 76 ans selon un rapport de 2019 du GAO.

L’Estime des défis à relever reste importante. Malgré ce budget conséquent destiné à la modernisation des infrastructures, la Marine doit faire face à des problèmes structurels majeurs : bassins de radoub vieillissants, agencements obsolètes et pénurie de main-d’œuvre spécialisée. Ce sont des problématiques complexes qui nécessiteront plusieurs années pour être résolues.

La Marine américaine doit donc conjuguer ambition budgétaire et réalités industrielles pour renforcer sa flotte dans un contexte stratégique exigeant. Reste à voir si elle pourra tenir les délais et disposer de ces nouveaux navires à temps pour faire face aux nouvelles menaces émergentes.