L’US Air Force fait face à un adversaire à la fois redoutable et performant avec la force aérienne chinoise. Il est désormais clair que l’achat massif d’avions de combat pilotés ne suffira pas à compenser l’avantage numérique et la portée des moyens chinois. Pour répondre à ce défi, l’US Air Force explore le concept de « masse abordable », incarné par des avions de combat autonomes.

Le programme majeur dans cette stratégie est celui des Collaborative Combat Aircraft (CCA), dont la première génération d’appareils entrera en phase de tests en vol cette année. Cependant, ces premiers prototypes sont encore trop peu matures technologiquement, coûteux et difficiles à intégrer aux forces existantes pour transformer véritablement la capacité de projection de puissance américaine d’ici la fin de la décennie.

Il est donc nécessaire de considérer d’autres options.

Le programme LongShot de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), qui développe des engins lancés depuis l’air capables de tirer des missiles air-air, semble offrir une solution crédible et efficace contre les défis posés par la portée et les effectifs adverses. Il serait pertinent de retenir une version du LongShot comme seconde phase du programme CCA et d’en accélérer son adoption opérationnelle au sein de l’US Air Force.

La masse abordable face à la menace chinoise

La Chine dispose d’un nombre supérieur d’avions de combat, équipés de missiles d’une portée nettement plus importante que ceux des chasseurs américains. En cas d’intervention pour défendre Taïwan, que la stratégie américaine classe comme une priorité majeure, l’US Air Force ferait ainsi face à un adversaire capable d’engager le combat à plus longue distance, mettant ses pilotes en position de tirer en dernier.

Pour pallier ce désavantage, l’US Air Force mise sur la « masse abordable » : déployer un grand nombre d’avions autonomes qui précéderaient les appareils pilotés et tireraient leurs propres missiles air-air, élargissant ainsi la zone de frappe de la force de combat. Cette masse engendrerait aussi un dilemme tactique pour l’adversaire submergé par le nombre de cibles potentielles, et permettrait à l’US Air Force d’absorber des pertes insoutenables avec les seules plateformes pilotées.

Porté initialement par l’ancien secrétaire à l’Armée de l’Air Frank Kendall, le programme CCA bénéficie du soutien ferme du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, qui le place parmi ses priorités budgétaires protégées des coupes. L’an dernier, deux entreprises ont été sélectionnées pour développer les prototypes de la première phase. Ces avions autonomes se rapprochent davantage du comportement des chasseurs pilotés, ce qui augmente leur survie tactique et complique leur ciblage par l’adversaire, tandis que leur capacité à porter des missiles contraint l’ennemi à dépenser des munitions précieuses pour les neutraliser.

Cependant, la complexité et les coûts de ces appareils, dont le prix estimé oscille entre 20 et 30 millions de dollars chacun, limitent leur production en série à un niveau insuffisant pour répondre rapidement à la menace chinoise à l’horizon 2030.

Par ailleurs, les défis techniques liés à l’autonomie tactique restent considérables : perception des cibles, fiabilité des données d’entraînement, résistance aux attaques électroniques constituent autant d’obstacles majeurs. Les essais en vol ne font que commencer, et la mise au point complète prendra du temps.

Le programme LongShot, une alternative stratégique

Le système LongShot, développé par General Atomics sous la houlette de la DARPA, est un véhicule aéroporté lancé depuis un aéronef porteur capable de tirer des missiles air-air. Ce concept plus simple d’autonomie — opérationnel uniquement après lancement — correspond mieux aux capacités actuelles et peut être déployé plus rapidement et à moindre coût que les premiers Cougar CCA.

Les avantages de LongShot sont multiples :

  • Sa simplicité permise par une autonomie limitée à l’après-lancement réduit les risques techniques et les difficultés d’intégration.
  • Son coût beaucoup plus faible permettrait de multiplier par cinq à dix le nombre d’unités déployables, renforçant ainsi la masse de combat accessible.
  • Fonctionnant comme un missile à deux étages mais sur une plateforme réutilisable, LongShot génère un dilemme tactique double pour l’ennemi, qui doit dépenser à la fois des missiles pour le détruire et des contre-mesures contre ses propres missiles.
  • Sa compatibilité avec divers types d’aéronefs lanceurs, chasseurs, bombardiers ou avions de transport, augmente considérablement la capacité de déploiement de systèmes de défense avancés sans besoin d’infrastructures au sol supplémentaires.

Contrairement à une critique fréquente arguant que LongShot violerait le concept d’Agile Combat Employment (ACE), il s’appuie sur des modes d’emploi éprouvés des systèmes lancé-air depuis des décennies, et limite considérablement les exigences logistiques complexes associées au déploiement d’appareils autonomes basés au sol dans le Pacifique.

De plus, le fait que LongShot soit non récupérable en fin de mission ne le rend pas gaspilleur. Sa valeur opérationnelle immédiate et son coût réduit rendent son emploi comparable à celui d’un missile air-air classique à longue portée.

Enfin, sa motorisation plus modeste facilite la production, particulièrement dans un contexte où les chaînes d’approvisionnement des moteurs militaires connaissent des difficultés croissantes.

Capacités, volume et défis

L’adoption d’une masse abordable implique de bien mesurer le compromis entre capacité et quantité. Un avion très performant, tel que la première génération des CCA, implique des coûts et des délais significatifs qui limitent sa production et repoussent son déploiement opérationnel à un horizon lointain.

LongShot représente au contraire une solution technologique plus simple, plus économique et plus rapide à intégrer, venant renforcer dès cette décennie la capacité de combat aérien à fournir un volume indispensable face à la pression chinoise.

Si l’US Air Force veut assurer une supériorité aérienne durable avant 2030, elle gagnerait à faire de LongShot la base de la deuxième étape du programme CCA, en s’appuyant sur des systèmes éprouvés, un coût réduit, et une facilité de déploiement sur un large spectre de plateformes existantes.

Ben McNally est analyste chez JAB Innovative Solutions. Il a également œuvré dans le secteur de la technologie de défense et contribué au Center for Defense Innovation à Austin, Texas. Diplômé de l’Université du Texas à Austin, il a été fellow au Clements Center for National Security.

Image : DARPA – Defense Advanced Research Projects Agency