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La construction des nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de la classe S5 en Inde devrait débuter dans la seconde moitié de l’année 2027. Placé sous la supervision directe du Bureau du Premier ministre (PMO), ce projet stratégique majeur marque une avancée significative dans le renforcement de la triade nucléaire indienne, avec un saut technologique important en matière de dissuasion sous-marine.

Approchant de la fin de sa phase de conception, le programme S5 prévoit des sous-marins d’un déplacement immergé ambitieux de 13 500 tonnes, soit près du double de la classe précédente S4 (7 000 tonnes). Cette nouvelle génération promet une amélioration notable de la furtivité, de l’endurance en mer et de la puissance de feu, des atouts essentiels pour faire face aux enjeux sécuritaires dans l’espace indo-pacifique.

Une priorité nationale sous contrôle direct
Le fait que ce programme relève directement du PMO illustre son importance cruciale pour la sécurité nationale. Cette supervision assurera un financement optimal ainsi qu’une gestion rigoureuse des coûts, estimés à environ 20 000 crores de roupies (environ 2,4 milliards de dollars) par unité.

La conception du S5 arrive à son terme et la phase suivante sera axée sur la construction et l’intégration, en tirant parti des expériences acquises avec les séries Arihant (S2) et S4. Ce pilotage de haut niveau vise à éviter les retards fréquents qui ont affecté par le passé le développement des sous-marins indigènes, afin de faire du S5 un pilier fiable de la posture de dissuasion minimum crédible de l’Inde.

Doté du réacteur à eau pressurisée de 190 MW développé par le Bhabha Atomic Research Centre (BARC), le S5 bénéficiera d’une autonomie étendue, avec des patrouilles potentiellement intercontinentales. Il sera armé des nouveaux missiles balistiques lanceurs depuis sous-marin (SLBM) K-6 équipés de véhicules de rentrée multiples indépendamment ciblables (MIRV), augmentant ainsi considérablement ses capacités de frappe.

La Marine indienne ambitionne initialement une flotte de six SNLE de classe S5 pour garantir une dissuasion continue en mer, mais des contraintes budgétaires ont conduit à revoir ce chiffre à quatre unités, qui seront construites par paires en deux phases. La découpe de la première tôle pour le sous-marin amiral est prévue dès 2027, marquant ainsi un démarrage rapide de la production.

Le second submersible devrait entrer en production entre fin 2028 et début 2029, afin de permettre d’éventuels ajustements à partir des premiers essais sur coque. Cette approche échelonnée traduit un équilibre entre prudence financière et impératifs opérationnels, la flotte évoluant progressivement après l’arrivée des séries S4 et S4* prévue pour 2027. À l’horizon 2030-2035, la flotte S5 pourrait atteindre six unités ou davantage, renforçant la capacité de seconde frappe face à des menaces croissantes, notamment la classe Jin chinoise.

Caractéristiques Classe S4 (actuelle) Classe S5 (à venir)
Déplacement immergé 7 000 tonnes 13 500 tonnes
Puissance du réacteur 83 MW 190 MW
Nombre de tubes lance-missiles 12 (SLBM K-15/K-4) 16 (SLBM K-5/K-6 avec MIRV)
Endurance en patrouille ~25 jours 90+ jours
Construction par phases 3 unités prévues 4 unités (par paires, 2 phases)

La Marine indienne prévoit que le premier SNLE S5 atteigne sa pleine capacité opérationnelle d’ici fin 2036, dans le cadre du programme global de modernisation navale Atmanirbhar Bharat (« Inde auto-suffisante »). Ce calendrier intègre des essais en mer rigoureux, l’intégration des systèmes d’armes et la validation des dispositifs de furtivité, s’appuyant sur les enseignements tirés du récent lancement du S4*.

Les innovations majeures incluent notamment une augmentation du nombre de tubes lance-missiles, passant de 12 à 16, afin de disposer de missiles à plus longue portée et équipés de MIRV pour une capacité de frappe globale et une meilleure survivabilité. Le système de propulsion à jet de pompe amélioré et les revêtements acoustiques avancés permettront au S5 d’opérer à plus grande profondeur en restant plus discret, confirmant son rôle de prédateur furtif dans les eaux stratégiques.