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La Force aérienne américaine (USAF) a confié à Boeing la modernisation du cockpit de sa flotte de transport stratégique C-17A Globemaster III, assurant ainsi la pérennité de cet avion jusqu’aux années 2070.

Boeing, constructeur d’origine de l’appareil, vient d’être sélectionné pour réaliser une refonte complète de la cabine de pilotage du C-17A, principal avion de transport lourd de l’USAF. Annoncé le 10 février, ce contrat inclut la conception, la fabrication, l’intégration, la qualification et la certification militaire d’une nouvelle cabine modernisée pour l’ensemble de la flotte actuelle.

Cette mise à jour majeure prévoit notamment le remplacement du système d’avionique obsolète par une nouvelle architecture modulaire dite MOSA (Modular Open Systems Approach), qui facilite l’intégration rapide et économique d’améliorations technologiques tout au long de la vie opérationnelle. Cette modernisation garantit que le C-17A restera à la pointe des performances et de la fiabilité dans les décennies à venir.

Un contrat significatif pour la durabilité du C-17A

Le nouveau contrat repose sur un accord initial octroyé par le Département de la Défense américain le 19 décembre 2025, d’un montant de 266,6 millions de dollars en coût plus honoraires fixes. Selon Aviation Week, la valeur estimée du programme sur toute sa durée de vie dépasserait les 400 millions de dollars. Travis Williams, vice-président des services Mobilité et Formation chez Boeing, explique :

« Le C-17A constitue la colonne vertébrale de la mobilité aérienne globale depuis plus de 30 ans. Avec la demande de l’USAF de maintenir la viabilité du C-17A jusqu’en 2075, nous disposons désormais d’une feuille de route claire pour répondre aux besoins de l’USAF et de nos partenaires internationaux. »

Il ajoute que la résolution de l’obsolescence de l’avionique et l’adoption de MOSA permettront de préserver un avion de transport lourd fiable et éprouvé en le maintenant à la pointe de la technologie.

Boeing n’a pas communiqué de calendrier précis pour la livraison des nouveaux cockpits, mais a sous-traité à Curtiss-Wright la fourniture des ordinateurs de mission nécessaires à cette mise à niveau.

L’USAF projette d’opérer ses C-17A jusqu’en 2075

Cette modernisation intervient alors que la Force aérienne américaine planifie l’avenir de sa flotte de transport stratégique, composée d’environ 200 C-17A et plus de 50 C-5M Super Galaxy. Le C-17A est entré en service en 1995, tandis que le C-5, dont la première version date de 1970, reste un autre pilier du transport aérien lourd.

En novembre 2025, le Commandement de la mobilité aérienne (Air Mobility Command) a publié une nouvelle stratégie de recapitalisation, confirmant le maintien opérationnel des C-5M jusqu’en 2045 au plus tard, et celui des C-17A jusqu’en 2075.

Le successeur de ces deux types sera développé dans le cadre du programme Next-Generation Airlift (NGAL), dont la production devrait débuter à la fin des années 2030, avec une entrée en service prévue dans les années 2040. L’USAF prévoit de lancer une étude approfondie sur les solutions NGAL dès 2027.

La future plateforme NGAL remplacera en premier lieu les 52 C-5M restants, qui ont récemment bénéficié de deux améliorations majeures en milieu de vie : le programme de fiabilisation et reengineering (RERP) et la modernisation de l’avionique (AMP), qui ont permis de rallonger leur durée de vie jusqu’aux années 2040. À ce moment-là, certains C-5M auront plus de 70 ans d’âge.

Le rôle du NGAL et la fin de carrière du C-17A

Selon les plans actuels, le NGAL opérera en parallèle avec la flotte restante de Globemaster III jusqu’à son retrait prévu en 2075, moment où les plus anciens C-17A approcheront de leurs 80 ans.

Malgré plus de trois décennies de service, le C-17A n’a pas encore bénéficié d’une mise à jour majeure du milieu de sa carrière. L’USAF examine plusieurs options pour prolonger l’efficacité et la disponibilité de cette flotte à long terme.

Parmi ces options, un programme de rééquipement moteur pourrait être envisagé, sur le modèle du succès rencontré pour le Super Galaxy et le bombardier lourd B-52H Stratofortress, via leur programme CERP (Commercial Engine Replacement Program).

Une autre perspective serait le lancement d’une nouvelle production de Globemaster III dans une usine modernisée, offrant potentiellement des opportunités supplémentaires de ventes à l’export. Boeing a en effet produit et livré 275 C-17A depuis 1993 avant d’arrêter la production en 2015 à Long Beach, Californie.

Une possible reprise de la production du C-17A

Opérant actuellement plus de 200 C-17A, l’USAF utilise un appareil dérivé du YC-15 de McDonnell Douglas, qui avait pour but initial de remplacer le C-130 dans le rôle de transport tactique STOL. Le premier vol du C-17 a eu lieu le 15 septembre 1991, avec une mise en service en janvier 1995.

Boeing a livré au total 222 exemplaires à l’USAF et 53 appareils à des partenaires internationaux, parmi lesquels l’Australie (8), le Canada (5), l’Inde (11), le Koweït (2), le Qatar (8), les Émirats arabes unis (8) et le Royaume-Uni (8). Trois C-17A sont également en service au sein du Strategic Airlift Capability (SAC) de l’OTAN, basés en Hongrie.

En juin 2025, Boeing a laissé entendre la possibilité de relancer la production du C-17, évoquant des discussions avec un client international non divulgué, et l’intérêt potentiel d’autres pays pour cette initiative.

Malgré cette demande croissante, tant nationale qu’internationale, la décision finale de relancer ou non la fabrication du Globemaster III reste en suspens.

Plusieurs opérateurs actuels ainsi que de nouveaux clients potentiels, parmi lesquels le Japon, se sont déclarés intéressés par l’achat de nouveaux C-17 si la production était relancée.

Khalem Chapman