Si le passage GIUK (Groenland, Islande, Royaume-Uni) est stratégique pour les liaisons maritimes entre l’Amérique du Nord et l’Europe, le « Passage de l’Ours », situé entre l’archipel de Svalbard et le nord de la Norvège, revêt une importance équivalente. Ces deux passages sont en effet les seuls accès possibles pour les sous-marins russes en patrouille dans l’Atlantique Nord.
Ces sous-marins représentent une menace directe pour la capacité des États-Unis et du Canada à soutenir leurs alliés européens en cas de conflit sur le continent.
C’est dans ce contexte que la Norvège déploie d’importants efforts pour moderniser et renforcer ses capacités de lutte anti-sous-marine (ASM), avec notamment l’acquisition de cinq avions de patrouille maritime américains P-8A Poseidon et la commande d’au moins cinq frégates Type 26 au Royaume-Uni.
Par ailleurs, la possession de matériels communs doit permettre aux forces norvégiennes et britanniques de renforcer leur coopération en ASM dans le cadre de l’accord de Lunna House, signé le 4 décembre entre Londres et Oslo.
Selon le ministère britannique de la Défense, cet accord permettra à la Royal Navy et à la Marine royale norvégienne d’opérer une flotte interchangeable de frégates Type 26 (classe City). Il fait également suite à une augmentation de 30 % du nombre de navires russes menaçant les eaux britanniques observée ces deux dernières années.
Parmi ses dispositions, l’accord prévoit la participation britannique au programme norvégien pour développer un navire mère dédié à la guerre des mines et aux systèmes de drones sous-marins, l’achat par la Royal Navy de missiles de croisière anti-navires (NSM), ainsi qu’une collaboration dans le développement de torpilles Sting Ray afin d’accroître les stocks d’armement.
« En cette période de profonde instabilité mondiale, marquée par la montée en puissance des navires russes dans nos eaux, nous devons collaborer avec nos partenaires internationaux pour protéger notre sécurité nationale. Cet accord historique avec la Norvège renforce notre capacité à défendre nos frontières et les infrastructures critiques dont dépendent nos nations », a déclaré le Premier ministre britannique Keir Starmer.
La lutte anti-sous-marine se déroule aussi évidemment sous la surface. Dans ce domaine, la Norvège s’est associée à l’Allemagne en 2021 avec une commande conjointe de six sous-marins U212CD auprès de TKMS, dont quatre pour la Marine royale norvégienne.
Depuis, le ministère allemand de la Défense a commandé quatre U212CD supplémentaires pour 5 milliards d’euros. La Norvège devait suivre cet exemple, conformément à une recommandation formulée en 2023 par le général Eirik Kristoffersen, chef d’état-major des forces armées norvégiennes.
Ce dernier avait préconisé l’acquisition de deux sous-marins supplémentaires afin de « doubler la disponibilité opérationnelle » et de « renforcer la capacité à contrer la liberté de mouvement d’un adversaire ». Il avait souligné : « Les intérêts économiques majeurs de la Norvège dans le domaine maritime et énergétique nécessitent de renforcer les capacités des forces pour opérer sous l’eau, en surface et dans les airs ».
Ce souhait du général Kristoffersen est désormais exaucé. Le 5 décembre, le ministère norvégien de la Défense a annoncé un investissement de 3,9 milliards d’euros pour la commande de deux sous-marins U212CD supplémentaires.
Comparé au contrat initial signé il y a quatre ans, le prix unitaire des U212CD a considérablement augmenté. Selon le ministère, cette hausse est liée à l’augmentation des coûts des matières premières et des équipements de défense essentiels.
La Norvège participe aussi au financement de l’ouverture d’une seconde ligne de production en Allemagne, indispensable pour accélérer la construction des nouveaux sous-marins (le premier devant être livré à la Marine norvégienne en 2029). Par ailleurs, les besoins en systèmes d’armes et la modernisation des six sous-marins existants contribuent à l’augmentation des coûts.
Enfin, le coût total du programme grimpe également du fait de la nécessité d’ajuster significativement les coûts des quatre premières unités aux taux de change actuels, a précisé le ministère.
Pour le ministre norvégien de la Défense, Tore O. Sandvik, « il s’agit d’un investissement majeur, mais essentiel pour garantir la sécurité de la Norvège en ces temps turbulents ».
« La Norvège est une nation maritime et côtière, et les sous-marins sont absolument indispensables à sa défense. Nous observons une intensification des activités des forces russes dans l’Atlantique Nord et la mer de Barents », a-t-il souligné.
Il a également insisté sur le fait que, « en tant que sentinelle de l’OTAN dans l’hémisphère nord, notre capacité à assurer présence, surveillance et dissuasion dans notre zone d’influence immédiate est plus cruciale que jamais. Dans ce contexte, les sous-marins sont absolument indispensables ».
Dans un domaine nettement différent, le ministère norvégien de la Défense a confirmé son intention de doter ses forces terrestres d’une capacité d’attaque à longue portée, via un investissement de 1,6 milliard d’euros.
« Les frappes de précision longue portée constitueront une nouvelle capacité pour les Forces armées norvégiennes, leur permettant d’atteindre des objectifs jusqu’à 500 kilomètres avec une grande précision. Cette initiative stratégique majeure renforcera nos capacités de défense », a déclaré le ministère.
À ce jour, Oslo n’a pas encore choisi le modèle de lance-roquettes multiple qui équipera ses forces terrestres. Deux systèmes sont en compétition : le sud-coréen K239 Chunmoo et le M142 HIMARS américain. Ce dernier semble favori en raison de sa capacité à tirer le missile de précision (PrSM), avec une portée de 499 km.
« La Norvège et l’OTAN ne constituent une menace pour personne, mais il est indispensable de disposer de capacités de défense capables de dissuader un éventuel adversaire de nous porter atteinte. Les armes de précision longue portée ont un effet dissuasif car elles peuvent atteindre des objectifs situés loin à l’intérieur du territoire ennemi si nécessaire. C’est pourquoi le gouvernement juge prudent de prioriser cette acquisition », a expliqué Tore O. Sandvik.